La vaccination des adolescents contre la Covid bientôt évoquée ?

Paris, le lundi 3 mai 2021 – Confirmant l’information révélée la veille par le Parisien, les laboratoires Pfizer/BioNtech ont annoncé vendredi avoir déposé à l’Agence européenne du médicament (EMA) (comme ils l’ont également fait devant la Food and Drug Administration aux Etats-Unis) une demande d’élargissement de l’autorisation de mise sur le marché de leur vaccin contre la Covid, afin qu’il puisse être administré aux adolescents de 12 à 15 ans. Cette demande repose sur les résultats d’une étude clinique de phase 3 ayant inclus 2 260 adolescents, dont les résultats doivent être publiés, et qui montrent une efficacité à 100 % du vaccin dans cette tranche d’âge. « Les réponses d’anticorps sont robustes, dépassant celles enregistrées précédemment chez les patients vaccinés âgés de 16 à 25 ans et le vaccin a été bien toléré », indiquent les deux laboratoires.

Accessible dès 16 ans

Aujourd’hui, l’AMM du vaccin de Pfizer/BioNTech en Europe, aux Etats-Unis et en Israël en permet l’utilisation dès l’âge de 16 ans. Aussi, en Israël, en prévision notamment des examens de fin d’année, les plus de 16 ans ont déjà commencé à être vaccinés et les Etats-Unis vont bientôt suivre cette voie (tandis que les plus de 16 ans atteints de comorbidités majeures ont souvent déjà été protégés). En France, même si l’autorisation européenne permet en théorie, de vacciner dès l’âge de 16 ans, la barre symbolique de 18 ans demeure la règle et alors que l’ouverture à toute la population adulte suscite encore réserves et polémiques, les discussions sur la vaccination des 16-18 ans ne sont pas (encore) à l’ordre du jour.

Préparez les épaules de vos enfants

Pourtant, les épidémiologistes convergent pour la plupart pour considérer que compte tenu de la circulation du virus, de la transmissibilité accrue des variants d’intérêt, pour pouvoir permettre sereinement un relâchement des mesures de distanciation physique et du port du masque, une couverture vaccinale de 90 % de l’ensemble de la population serait nécessaire. C’était notamment il y a quelques semaines la conclusion d’une modélisation de l’Institut Pasteur. Ceci suppose donc une vaccination des plus jeunes, y compris les moins de 16 ans. En Israël et aux Etats-Unis, on s’y prépare, dès le feu vert des autorités sanitaires et notamment de la Food and Drug administration (FDA). « Préparez les épaules de vos enfants » a ainsi lancé récemment le premier ministre israélien. Les responsables de la campagne vaccinale n’ignorent pas que les réticences pourraient être plus importantes que chez les adultes, compte tenu de la rareté des formes graves de Covid chez les plus jeunes. Par ailleurs, en Israël, certaines autorités ont alerté à propos de la perméabilité des adolescents aux théories complotistes associées aux vaccins. A l’inverse, le soutien des associations de pédiatres est quasiment unanime.

Bénéfice indirect

En France, en février, la Société française de pédiatrie avait émis une position de prudence concernant la vaccination contre la Covid des plus jeunes. Mais peu à peu, les avis évoluent. « Il fallait protéger les plus fragiles, maintenant il faut protéger les plus contaminateurs », résume le pédiatre et infectiologue Robert Cohen, en faisant référence aux adolescents (et non aux enfants de moins de 10 ans). « Ne nous leurrons pas, le bénéfice individuel paraît modeste, mais il l’est de façon indirect. Les vacciner est le seul moyen de rouvrir les écoles, de façon plus sûre, et de lutter contre l’isolement, la dépression en nette augmentation », ajoute-t-il encore cité par Le Parisien.

Alors que le gouvernement n’a pas encore pu (et su) répondre à de nombreux défis concernant la campagne de vaccination, pourra-t-il anticiper celui-ci ?

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Fin de l’angélisme pédiatrique ?

    Le 04 mai 2021

    « Il fallait protéger les plus fragiles, maintenant il faut protéger les plus contaminateurs ».
    Une autre version Pr R Cohen ne pourrait t-elle pas être : « Il fallait protéger les plus fragiles, maintenant il faut NOUS protéger DES plus contaminateurs » ?

    L’objectif de la vaccination pédiatrique Covid n’est pas sanitaire et individuel mais EPIDEMIOLOGIQUE et collectif : La question de la TOLERANCE doit être au premier plan en regard d’un bénéfice individuel (Hors Pass) nul ou incertain.
    Cette stratégie est fort différente de celle adoptée en France vis-a-vis de la grippe.
    Les enfants font t-ils parti du « troupeau » dans la quête du l’immunité collective ?

    Les cardiopédiatres français nous indiquaient dés MAI 2020 que l’existence des rares « KAWA-COVID » pédiatrique post-infectieux potentiellement létaux pourrait être un frein à la COMPLIANCE VACCINALE ":

    Belhadjer Z et coll . Acute heart failure in multisystem inflammatory syndrome in children (MIS-C) in the context of global SARS-CoV-2 pandemic . Circulation. 2020 May17 Aug4;142:429 –436 doi:10.1161/CIRCULATIONAHA.120.048360

    Leur remarque devra être gardée en mémoire avec les premières myocardites post-Pfizer, les thromboses veineuses profondes atypiques– Thrombopénies auto-immunes post AZ puis Janssen, nos deux plateformes adénovirales "nationales".
    Ces données ne risquent pas d’apparaitre dans les phases 3 puis vies réelles dont enfants <18ans (<16ans : Pfizer/BioNTech) était légitimement exclus , comme les femmes enceintes.

    Plus le temps et les doses passent , plus l’offre vaccinale s'élargie vers les moins à risque de forme sévère , plus la question des exceptionnels effets indésirables graves passés sous le radar des randomisations pivôts mérite notre attention dans l’exposé objectif de la balance Bénéfice sanitaire personnel (bien évalué et établi terrain par terrain) - Risque (en cours d’évaluation) : Quand le risque devient t-il supérieur au bénéfice individuel ? : Bienfait de la vaccino et biblio-vigilance.

    Pas sûr que « chiffres » et « rareté » emporte la conviction individuelle des plus jeunes ou de leurs parents. Se souvenir de la vaccination HPV nationale des filles et à fortiori garçon.
    La signification du « quoi qu’il en coûte » national a été évolutive , renvoyant en 2020 au filet social et financier envié , renvoyant en 2021 au choix délibéré « du vivre avec »
    Du papy-mamy au papa-maman.

    Faut t’il pour autant abandonner tout rationnel scientifique ?

    • La question du bénéfice SANITAIRE INDIVIDUEL pédiatrique , en l’absence très habituelle de co-morbidité , est réglée : Fort modeste . La vaccino-vigilance doit donc être EXEMPLAIRE , EXHAUSTIVE
    La question du bénéfice SANITAIRE COLLECTIF en terme de dynamique de transmission virale sera mis en avant mais reste incertain , à évaluer plateforme par plateforme , terrain par terrain , et non dans un raccourci global pédagogique mais prématuré.
    Les données les plus complêtes et rassurantes concernent Pfizer chez l’ADULTE.
    Les plus fragmentaires concernent Janssen , chez l’adulte aussi.

    Le bénéfice collectif évoqué doit être confronté aux tergiversations (que le Pr Cohen connait bien) sur la place de l’enfant dans cette dynamique en PRE-vaccinal : maillons forts-faibles-neutres. Et tout son impact TRANSGENERATIONNEL sur la scolarisation . Tergiversations survenue avec la version native de la pandémie qu’il est facile mais devenu caduque d’évoquer.
    Un front d’enfant non vaccinés pas malades face à un bloc d’adultes vaccinés protégés , de manière si variable (plateformes – nature et délais des rappels) peut être propice à l’émergence puis la diffusion de … variants dignes d’attention , peu propices au nirvana de l’ « immunité collective »

    • La question de la TOLERANCE VACCINALE INDIVIDUELLE , en balance des méfaits psycho-sociaux (et pondéraux) maintenant notoires : Ils sont le fait des mesures que l’on sait et non des virus

    La vaccination pédiatrique est en bonne voie d’évaluation AVANT TOUT pour Pfizer – BioNTech (actuellement > 16ans) . Les questions académiques d’éthique voir de … myocardites sauront réfaire surface . L’agilité adaptative des plateformes ARNm semble acquise.

    Le caractère incitatif du PASS SANITAIRE et / ou VACCINAL devrait être bien plus déterminant pour les adolescents concernés … ou leur famille Cf JIM 30/04/2021 : « Plein feux sur le pass sanitaire » . Bien avant son universalité fantasmée

    • Les 12ans – 15ans sont épidémiologiquement fort proches de l’adulte : Demande d’homologation faite (FDA-UE) : Perspective Juin 2021?
    Essai de phase 3* portant sur 2 260 enfants 12-15ans (Placébo : 1129 – Vaccinés : 1131), avec ou sans primo-infection antérieure
    Comparaisons faites avec les 16-25ans des études pivots :
    In vitro : Taux d’anticorps neutralisants DOUBLE, 1mois après la seconde injection (3semaines)
    In VIVO : Aucune infection dans le groupe vacciné , 18 dans le groupe placébo . Les effectifs restent insuffisants pour rentre la comparaison significative
    Bonne tolérance , identique mais le nombre d’adolescents vaccinés (1131) ne risque pas de dégager hypothétiques intolérances rares mais graves
    *https://www.pfizer.com/news/press-release/press-release-detail/pfizer-biontech-announce-positive-topline-results-pivotal (31/3/2021) : La publication attenante est en attente
    • Les 5 -11ans suivront (Perspective Sept 2021?)
    • Les 2 - 5ans : premières doses en cours
    • Les 6mois - 2ans : en attente !
    Les quelques inclusions <18ans pour AZ me semblent avoir été arrêtées , durablement on peut supposer

    Les sociétés savantes se doivent d’apporter des données d’aide à la décision in finé politique : Le choix sociétal ne leur appartient pas : cf JIM 21/01/2021 "Unanime sur l’inéluctabilité d’un confinement, le corps médical divisé sur ses conditions" : 3 points de vue pédiatriques radicalement différents sur le seul axe "PARIS-CRETEIL" ...

    Dr JP Bonnet

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