L’acide tranexamique après une hémorragie cérébrale, à administrer plus tôt ?

Le pronostic des hémorragies intracrâniennes est grevé par une mortalité élevée (40 % après 1 mois) mais aussi par des séquelles handicapantes (2/3 des patients deviennent dépendants) et une difficulté de les traiter. On pourrait cependant tenter de limiter l’expansion de l’hématome pour en améliorer le pronostic, ce que l’acide tranexamique pourrait réaliser. Cependant, une étude récente n’a pas permis de démontrer que ce bénéfice se traduisait cliniquement lorsque l’acide tranexamique est administré dans les 8 heures après l’accident hémorragique.

C’est dans ce contexte d’incertitude que la présente étude, dirigée par Jingjyi Liu (Pékin) s’est focalisée sur les patients à haut risque déterminé par CT-scan auxquels de l’acide tranexamique a été administré pour prévenir l’expansion de l’hématome.

Pas d’amélioration significative du handicap à 90 jours et un taux de mortalité équivalent entre les deux groupes

Randomisée en double aveugle avec contrôle placebo, cette étude a inclus 171 patients avec hémorragie cérébrale primitive supratentoriale d’un volume < 70ml et avec score de Glasgow > 8. Ces patients ont reçu dans les 8 heures de l’acide tranexamique 1 g en infusion sur 10 minutes puis 1 g en 8 heures (n=89) ou un placebo (n=82) et ont été suivis durant 90 jours. Âgés en moyenne de 55-56 ans, ces patients dont le volume hémorragique de départ était de 22,0 à 25,3 ml ont reçu leur traitement dans les 290 minutes. L’acide tranexamique a permis de réduire de 11 % la proportion de patients présentant une expansion de leur hémorragie > 6 ml ou > 33 % au cours des 24 premières heures (p=0,89) sans amélioration significative du handicap à 90 jours ni augmentation du nombre d’événements thromboemboliques majeurs et avec un taux de mortalité de 8,1 % contre 10 % dans le groupe placebo.

Enfin, les auteurs ont pu constater une tendance (non significative) à un bénéfice supérieur lorsque l’acide tranexamique était administré au cours des 4,5 premières heures, ce qui va dans le sens des études STOP-AUST et TICH-2 déjà publiées.

Ces données qui confirment l’absence de bénéfice clinique malgré une relative limitation de l’expansion volumique sous acide tranexamique devraient nous inciter à mettre sur pied des études plus ciblées portant sur une administration très précoce de cette drogue, concluaient les auteurs. Elles devraient aussi se focaliser sur certains patients, comme ceux qui présentent un trou noir au CT comme signe de l’hémorragie comme le suggère une méta-analyse effectuée par les mêmes auteurs qui montre une réduction de 39 % de l’expansion de l’hémorragie dans ce sous-groupe (p=0,03).

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Références
Liu J, et coll. Tranexamic acid for acute intracerebral hemorrhage growth based on imaging assessment (TRAIGE). 7ème congrès annuel de l’ESO (European Stroke Organisation). Du 1er au 3 septembre 2021 (en virtuel)
(1) Meretoja A, et coll. Tranexamic acid in patients with intracerebral haemorrhage (STOP-AUST): a multicentre, randomised, placebo-controlled, phase 2 trial. Lancet Neurol. 2020 Dec;19(12):980-987. doi: 10.1016/S1474-4422(20)30369-0.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Encore un mésusage !

    Le 14 septembre 2021

    On le sait depuis longtemps : en matière d'AVC il faut agir vite !
    C'est a dire moins de 6 h pour les thrombolyse et thrombectomies. 1 heure c'est 10% de neurones perdus ...
    L'acide tranexamique marche dans la phase initiale ! Pas quand toute la chaine de coagulation a été activée et auto entretenue, CRASH 1 et 2 l'ont bien montré, le bénéfice est net dans les 3 premières heures, tardivement on se demande s'il ne devient pas délétère ...

    L'étude supra montre un bénéfice modeste à 4.5 h de délai.
    Moralité : devant le saignement à l'imagerie l'administration devrait être immédiate !
    Par ailleurs, le bolus de 1g me paraît bien conformiste : chacun reprend ce protocole tiré de CRASH, qui avait été fait pour les paramédics à un moment ou le bénéfice et les effets secondaires étaient loin d'être bien connus. Un bolus de 2 à 3 g est tout à fait licite. Seul bémol : le risque de convulsions par passage de la barrière hémato méningée, à craindre en cas d'hémorragie cérébrale.

    Donc, comme le disent les auteurs, refaisons cette étude avec bolus immédiat et comparaison de 3 dosages, les choses seront beaucoup plus claires.

    Dr F Chassaing

Réagir à cet article