L’Australie est-elle vraiment un paradis ?

Sydney, le mardi 11 mai 2021 – Le bilan ne peut que faire pâlir d’envie. L’Australie n'a déploré que 910 décès associés à la Covid depuis le début de l’épidémie (pour un pays qui compte un peu plus de 25 millions d’habitants). Surtout, depuis la fin du mois de septembre, le nombre de nouveaux cas recensés chaque jour n’a jamais dépassé 25 et est le plus fréquemment en dessous de la barre des 10. Au total, moins de 30 000 cas ont été identifiés depuis mars dernier.

Après un confinement total et strict au printemps et des fermetures prolongées de différents états jusqu’à la fin novembre (comme l’état du Victoria pendant 112 jours), le pays jouit d’une liberté surveillée qui permet à chacun de poursuivre ses activités. Les Australiens ont appris à vivre avec la possibilité d’un confinement express (de trois à cinq jours) comme ce fut le cas par exemple fin avril à Perth après la découverte d’une personne infectée par le variant dit indien.

La stratégie Zéro Covid permettrait de gagner sur tous les fronts

Pour beaucoup d’observateurs extérieurs, il s’agit d’une « menace » bien plus acceptable que celle d’être confrontée à une nouvelle vague épidémique meurtrière conduisant inévitablement à des restrictions prises dans l’urgence. Ainsi, une étude récemment publiée par des chercheurs de Paris-Sorbonne, conduite notamment par le mathématicien et économiste Miquel Oliu-Barton dont les résultats ont été publiés dans The Lancet, signale une nouvelle fois l’excellence du modèle australien et au-delà des pays qui ont opté pour une stratégie désignée par le terme « Zéro Covid ». Ayant analysé les données de 37 pays de l’OCDE, Miquel Olio-Barton affirme que ceux qui ont fait ce choix ont « gagné sur tous les fronts ». « Quand on regarde en arrière, on voit qu'effectivement, les pays qui ont suivi le zéro Covid ont eu 25 fois moins de morts. Et on ne s'en sort même pas mieux économiquement : on a dix points de moins de PIB » observe-t-il au micro d’Europe 1. Il est même convaincu que c’est également le cas en ce qui concerne les libertés individuelles.

Pas d’ouverture des frontières avant la fin 2022 ?

L’analyse pourrait cependant avoir ses limites. En effet, la méthode employée par l’Australie la coupe un peu plus tous les jours du reste du monde. Alors que la mise en place d’une « bulle d’échange » avec la Nouvelle-Zélande connaît quelques ratés, le ministre australien du tourisme a en effet estimé que le pays pourrait demeurer fermé jusqu’à la fin 2022 (sauf peut-être vis-à-vis de quelques états connaissant la même situation épidémique que lui). « Il est très difficile de déterminer quand les frontières pourront rouvrir. L’estimation la plus optimiste serait au milieu ou au second semestre de l’année prochaine », a-t-il encore indiqué sur Sky News Australia. Même dans un pays dont l’économie n’est pas aussi dépendante du tourisme que certains états européens, la perspective est cependant sombre. En effet, l’Australie ouvre habituellement ses portes à un million de visiteurs chaque mois, contre moins de 7000 aujourd’hui.

Un projet avorté mais édifiant

Ces restrictions (facilitées évidemment par l'éloignement et le caractère insulaire de l'Australie) pourraient être de plus en plus difficiles à vivre pour les Australiens, d’autant plus que, même s’il s’agit d’un pays démocratique, il est tentant d’adopter des mesures privant momentanément de leurs droits les citoyens. Ainsi, le pays a été récemment secoué par une importante polémique, quand le gouvernement projeta d’interdire à ses ressortissants présents en Inde la possibilité de rentrer chez eux, sous peine d’amende voire d’emprisonnement. S’il y renonça finalement face au tollé, l’épisode jette une lumière différente sur le prétendu équilibre entre préservation des libertés et exigence sanitaire que représenterait  l’Australie.

Vaccination à pas prudents

Enfin, victorieuse sur le front épidémique, l’Australie connaît quelques déboires concernant la vaccination. N’ayant débuté sa campagne qu’en février, le pays vient juste de renoncer à son objectif de vacciner la totalité de sa population à la fin de l’année, après avoir choisi à l’instar de la plupart des pays européens de réserver le vaccin AstraZeneca aux plus de 50 ans. Aujourd’hui, 1,16 million de doses ont été administrées dans un pays où compte tenu du bilan favorable, la Covid est bien moins redoutée que dans nos contrées et où existent depuis toujours des militants anti vaccination souvent très actifs.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Parlons aussi de densité de population, et de culture.

    Le 12 mai 2021

    Pour y avoir vécu deux ans, il est évident que l'on peut rappeler le caractère insulaire de l'Australie, mais il faut également regarder son isolement géographique, et surtout sa superficie en rapport au nombre d'habitant.
    Ainsi, la densité de population de l'Australie est de 3.35 habitant au km2, là où en France (bien moins isolée, et au carrefour de l'Europe occidentale = bien plus de circulation) elle est de 105 hab/km2.
    En Europe elle oscille également entre 50 et 500 hab/km2.

    Rappelons également qu'il y a très peu de transport en commun, que beaucoup de personnes travaillent à l'extérieur et que les espaces intérieurs de travail sont plus vastes.
    De plus, il serait peut-être nécessaire de parler d'éléments culturels. Les gens se rencontrent plus à l'extérieur et de façon plus distante (peu ou pas d'embrassades).
    Bref, leurs chiffres sont impressionnants, mais contextualisons!

    Jean M (IDE)

  • Un quasi isolement du pays

    Le 17 mai 2021

    Le problème de la stratégie zéro covid est son application dans le temps. Cette stratégie nécessite un quasi isolement du pays ; quarantaine pour les sujets qui veulent rentrer, confinement local au moindre cas, avec les conséquences sur le tourisme. Combien de temps ces pays pourront-ils tenir ? Pour maintenir cette stratégie, il faudrait une vaccination efficace de toute la population et cela tant que le virus circulera mondialement. Est ce possible ?

    Pr Dominique Baudon

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