Le gouvernement cède sur le paiement des intérimaires

Paris, le vendredi 22 octobre 2021 – Le ministère de la Santé a annoncé ce jeudi que le plafonnement de la rémunération des médecins intérimaires, qui devait entrer en vigueur mercredi prochain, est repoussé à 2022.

A défaut de constance, on peut reconnaitre à Olivier Véran un certain pragmatisme. Face aux nombreuses difficultés que cela risquait d’entrainer et aux protestations de nombreux directeurs d’hôpitaux, le ministre de la Santé a décidé de repousser l’entrée en vigueur du système d’encadrement de la rémunération des intérimaires hospitaliers. Prévu pour mercredi prochain, la mise en place de cette mesure aura donc lieu « dès que possible en 2022 » assure-t-on désormais au ministère de la Santé, sans plus de précision.

Les hôpitaux ont besoin des intérimaires

Depuis 2016, la rémunération de ceux que Olivier Véran qualifie de « mercenaires » de l’hôpital est déjà encadré par décret, avec un maximum fixé en 2020 à 1170 euros brut (environ 950 euros net) pour une garde de 24 heures. Mais cette règle n’est que très peu appliquée, de nombreux intérimaires menaçant de ne pas exercer dans les établissements hospitaliers qui leur opposeraient ce plafond. Les autorités ont donc décidé de serrer la vis et un nouveau système d’encadrement plus strict a été créé par la loi RIST du 26 avril dernier : désormais, toute rémunération dépassant le plafond doit être rejeté par le comptable public et conduire à une saisine du tribunal administratif. C’est ce mécanisme particulièrement strict qui devait entrer en vigueur le 27 octobre prochain.

Mais la mise en place prochaine de la réforme a provoqué la colère et l’inquiétude des médecins hospitaliers, des directeurs d’hôpitaux et de certains élus, qui craignent que la mesure provoque la désertion des intérimaires, qui sont parfois essentiels pour faire tourner les services en manque d’effectifs. Il faut dire que le moment était particulièrement mal choisi pour cette réforme : entre l’absentéisme en augmentation, les soignants non-vaccinés suspendus, les épidémies hivernales et la crise de la Covid-19 qui n’est pas terminée, de nombreux services hospitaliers sont en sous-effectif. « Sans intérimaires, on va vers une fermeture des urgences, mais aussi du bloc opératoire, de la maternité et des soins continus » explique-t-on par exemple du côté de l’hôpital du Bailleul dans la Sarthe.

Le manque d’attractivité de l’hôpital au cœur du problème

En repoussant l’entrée en vigueur de la réforme, le ministre de la Santé a donc tenté d’apaiser l’inquiétude des directeurs d’hôpitaux et des médecins hospitaliers. Si ces derniers se disent satisfait de la décision du gouvernement, ils regrettent la méthode employée. « C’est un non-sens de s’attaquer au problème de cette manière » explique Jean-François Chibien, membre du syndicat de praticiens hospitaliers Actions Praticiens Hôpital. Selon lui, le gouvernement ferait mieux de s’attaquer au cœur du problème et à la cause de l’intérim, c’est-à-dire « à la question majeure de l’attractivité de l’hôpital pour les praticiens ».

Selon le Centre National de Gestion, environ 32 % des postes temps plein à l’hôpital sont vacants en 2021, un chiffre en augmentation année après année. Tant que ce problème ne sera pas résolu, les hôpitaux seront obligés de faire appel à des intérimaires, pour des sommes importantes. Une situation illustrée par l’hôpital de Laval, dans la Mayenne, où le service des urgences est en grève illimitée depuis le 9 octobre, pour protester contre le manque d’effectifs.

Quentin Haroche

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Vos réactions (5)

  • Les mercenaires ont de l'avenir

    Le 22 octobre 2021

    Notre ministre a peut être du "pragmatisme, mais il a aussi son chef sur le dos - M. Castex
    ayant été saisi directement par de nombreux élus - et le pétard en train d'exploser : le moment est mal choisi de vouloir appliquer de force une directive inepte, certes, mais la situation n'est pas prête à s'arranger même avec des intérimaires ...

    Le bon côté de ce jusqu'au boutisme est la levée des œillères :

    - les intérimaires, même "mercenaires", sont indispensables, et de toute façon coûtent moins cher aux hôpitaux que des services fermés.

    - "le manque d'attractivité" se révèle dans toute son obscénité dans les hôpitaux : cercles vicieux des sous effectifs, administrations inefficaces, ambiance délétère (je n'ai jamais tant vu de cas de harcèlement, de désertion des internes, de mise en cause de praticiens et d'encadrements), esprit de corps aux abonnés absents.

    - le recrutement de praticiens suppose qu'il y ait des étudiants en médecine : le ministère de l'éducation se félicite du PACES nouvelle formule alors que les bons éléments en sont déboutés et dégoûtés, et surtout le nombre de places est toujours aussi dramatiquement faible en 2021 : on va faire faire des études de médecine à des étudiants français en Roumanie et ailleurs , et on espère débaucher leurs médecins une fois formés pour combler nos manques, c'est lamentable.

    - s'il y a des exceptions réglementaires aux Antilles (les soignants non vaccinés peuvent y travailler ...), difficile à interdire en métropole à de vilains mercenaires vaccinés de faire un travail tout aussi honorable pour de basses raisons, aussi dogmatiques que pécuniaires.

    Intérimaires, tenez bon et faites vous payer !

    Dr F Chassaing

  • Les gouvernements ont laissé couler les hôpitaux publics

    Le 22 octobre 2021

    PH retraité depuis plusieurs années, je ne suis plus concerné par ce problème. Toutefois, j'ai entendu dire que ces "mercenaires", aux urgences, seraient les premiers à choisir leurs jours de garde, les trous étant alors bouchés, dans un 2e temps, par les PH en poste (en outre bien moins rémunérés) qui n'auraient aucune possibilité d'un quelconque refus sous peine d'être réquisitionnés...Si tel est le cas, c'est vraiment le monde à l'envers.

    Depuis 25 / 30 ans, tous les gouvernements se sont efforcés de laisser couler les hôpitaux publics. Quelle tristesse !

    Dr Gilbert bouteiller

  • Remuneration des interimaires : combien ?

    Le 24 octobre 2021

    Contrat habituel :
    - 500 euros en moyenne pour 10 heures de travail, incluant 10% de congés payés et 10% d3 précarité. Soit une rémunération effective de 40 euros de l'heure, à comparer avec d'autres corps de metiers de service
    - astreintes de nuit : en moyenne 100 euros pour 12 heures.

    Dr Bernard Hazon

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