Le gouvernement saisit la justice contre l’IHU de Marseille

Marseille, le mardi 6 septembre 2022 – Sur les bases d’un rapport accablant de l’IGAS et de l’IGESR, le gouvernement a saisi le procureur de la République sur les agissements de l’IHU de Marseille.

Jeudi dernier, le Pr Didier Raoult quittait ses fonctions de directeur de l’IHU de Marseille, laissant les rênes de l’établissement à l’un de ses « disciples », le Pr Pierre-Edouard Fournier. Mais le célèbre chercheur marseillais n’a pas fini de rendre des comptes pour ses années à la tête de l’institut marseillais.

Ce lundi, dans un communiqué commun, le ministre de la Santé François Braun et la ministre de l’enseignement supérieur Sylvie Retailleau ont annoncé saisir le procureur de la République pour qu’une enquête soit menée sur certains agissements potentiellement répréhensibles au sein de l’IHU.

Cette saisine se base sur les conclusions d’un rapport accablant rendu ce lundi par l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et l’Inspection générale de l’Éducation, du Sport et de la Recherche (IGESR).

Des conclusions non-définitives de ce rapport avaient déjà fuitées dans la presse en juillet dernier, avant la phase contradictoire. Mais les réponses de l’IHU n’ont visiblement pas fait évoluer le regard très négatif que les inspecteurs portent sur le fonctionnement de l’institution phocéenne. 

Des recherches menées en violation de la réglementation


En premier lieu, le rapport dénonce « des pratiques médicales et scientifiques inappropriées répandues au sein de l’IHU-MI, ne respectant pas la réglementation en vigueur et pouvant générer un risque sanitaire pour les patients, notamment au cours des protocoles de recherche ».

Par ces termes, l’IGAS-IGESR évoque bien sûr le fait que les médecins de l’IHU aient continué à prescrire de l’hydroxychloroquine aux patients atteints de la Covid-19, malgré l’inefficacité démontrée de ce traitement et l’absence d’AMM, mais aussi plusieurs protocoles de recherche menés en dehors des clous de la réglementation sur les « recherches impliquant la personne humaine » (RIPH).

Ces études, qui concernent notamment le traitement de la tuberculose ou les pathologies associées aux voyages, ont déjà fait l’objet d’un rapport au vitriol de l’Agence nationale du médicament (ANSM) en avril dernier, qui a conduit à la quasi-mise sous tutelle de l’IHU en juin et déjà à une saisine du procureur de la République.

Le rapport de l’IGAS-IGESR relève également des « dérives dans la pratique de management, pouvant générer harcèlement et mal-être au travail ». A la fois directeur de l’IHU et membre du conseil d’administration, le Pr Didier Raoult menait l’établissement d’une main de fer, écrasant toute contestation.

« L’omniprésence du directeur dans l’ensemble du fonctionnement de l’IHU combinée à une très faible place laissée à la contradiction et au débat fait peser sur l’IHU une forte censure sur chacun qui porte un préjudice considérable à la qualité de la recherche » résument les auteurs du rapport, qui recommandent de « modifier profondément les pratiques managériales ».

Enfin, le rapport note « la dégradation progressive de la situation financière de l’établissement ».

« Echec et mat »


Outre la saisine du procureur de la république, les ministres de la santé et de l’enseignement supérieur ont convoqué « les dirigeants des établissements fondateurs et le directeur de l’IHU-MI » afin de leur demander de « mettre en œuvre dans les meilleurs délais un plan d’action volontariste tentant compte de l’intégralité des recommandations formulées dans le rapport ».

La mise en place de ce plan d’actions conditionnera « la poursuite de l’activité de l’IHU et de son financement par l’Etat » ont prévenu les ministres.  

Déjà sanctionné d’un blâme par l’Ordre des médecins en décembre dernier, le Pr Raoult pourrait donc un jour devoir rendre des comptes à la justice pénale. « Echec et mat » a-t-il tweeté en juillet dernier au moment où son remplaçant à la tête de l’IHU a été nommée.

Mais la partie n’est peut-être pas encore totalement terminée.

Quentin Haroche

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Vos réactions (12)

  • Repenser la recherche

    Le 07 septembre 2022

    Nous assistons donc à une « reprise en main » réglementaire, d’un auto-proclamé « outsider » qui est pourtant un parfait insider, strictement ajusté à la conception néolibérale de la recherche portée par tous nos gouvernants depuis 20 ans.
    Sur aucun média n’est sérieusement traitée la question du conflit de légitimité sur lequel le Pr Raoult continue de jouer, disqualifiant ses juges français et en appelant à un jury international.
    Tout était pourtant clair lorsque le Pr Raoult s’était mis en scène, montrant les résultats d’une recherche google scholar qui le désignait comme premier expert mondial en infectiologie. La question de l’évaluation de la recherche était ainsi clairement posée par le « trublion » lui-même.
    Pour autant, quel média traite sérieusement ce sujet vital pour nos démocraties se voulant éclairées donc « basées sur des faits », alors même que la communauté des chercheurs ne cesse d’alerter et de dénoncer les dérives de l’idéologie de leur évaluation chiffrée ? Quand va-t'on sérieusement aborder la course au « publier ou mourir », les points SIGAPS, et la concentration de la recherche basée sur le « big is beautiful » dont la création sarkosienne des IHU fût emblématique?
    Pendant que Didier Raoult capitalisait des points et financements publics, Bruno Canard, seul chercheur français travaillant sur le coronavirus depuis le SARS se voyait refuser celui de ses projets. Ne parlons pas de l’industrie pharmaceutique, notre « champion » Sanofi, prétendument issu de la « tradition pasteurienne », ayant réduit de moitié ses effectifs de chercheurs en 10 ans malgré l’explosion des financements publics, CIR comme manne des crédits vaccins COVID.
    Le mal est profond et son traitement ne pourra pas faire l’économie d’une réflexion sur l’organisation de la recherche en France.

    Dr Y. Hatchuel

  • Non solum, sed etiam.....

    Le 07 septembre 2022

    Le crime suprême, pour l'inspection des inspecteurs, c'est de ne pas croire en Elle, gardienne des tables de la loi du grand corps malade des fonctionnaires éternels. Songez qu'on a viré Veran, mais que le Directeur Général de la Santé, est, lui, toujours en place.
    Les ministres qui se sont précipités à balancer au proc' le monstre de Marseille auraient mieux fait de tourner 7 fois leurs idées dans leur cerveau, je n'ose plus parler de leur esprit qui, chacun le sait, n'existe plus.
    Obéir à l'inspection des inspecteurs n'est peut-être pas le meilleur choix pour montrer qui dirige. Mais ces ministres veulent-ils diriger ?
    Penser qu'on peut amadouer l'appareil et ses apparachiks, c'est folie.
    Non seulement ces ministres trop rapidement obéissants se trompent, mais encore ils signent bien trop vite leur capitulation en rase campagne. Politiquement, ils sont déjà morts.

    Dr G. Bouquerel

  • Raoult justiciable

    Le 08 septembre 2022

    30 mois après les élucubrations enivrantes de notre Nostradamus marseillais, l’État (enfin !) commence à comprendre... et à agir. Après la gigantesque imposture chloroquine, cette trouvaille totalement bidon car pharmacologiquement absurde -une idée piquée aux chinois quelques jours après le papier qu'ils venaient de publier https://www.biosciencetrends.com/downloadpdf/1883 et que j'avais dénoncée dans les jours qui suivirent !- notre gourou affirma que cette 'grippette ne passerait pas le printemps' (de quelle année lui avais-je alors demandé ?).
    Après avoir pris pas mal de baffes, notre amoureux des micros et caméras continua de ressasser des chapelets de lieux communs. Le cumul des fautes et manquements qui lui sont désormais reprochés sera donc enfin révélé au grand public, ce 'grand public béat' qui adorait Narcisse en son miroir...

    ACR, pharmacien industriel

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