Le sexe de votre chirurgien pourrait vous sauver la vie

Ottawa, le samedi 15 janvier 2022 – Selon une étude canadienne, les femmes ont plus de risque de décéder lorsqu’elles sont opérées par un chirurgien plutôt que par une chirurgienne.

La question de l’égalité homme-femme et de la place des femmes dans notre société est une source inépuisable de polémiques et le monde médical n’est pas épargné par les interminables débats sur les questions de genre. Bien que la profession se soit heureusement fortement féminisée ces dernières années (44 % des médecins sont des femmes contre 24 % en 1984), les médecins sont régulièrement accusés de tolérer des pratiques sexistes et de continuer de conforter un certain patriarcat. Une récente étude canadienne publiée dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) le 8 décembre dernier illustre cette guerre des sexes à l’hôpital.

Les auteurs de l’étude s’étaient donnés pour objectif d’évaluer les effets de la discordance entre le sexe du chirurgien et celui du patient (un chirurgien homme qui opère une femme ou inversement) sur la réussite de ces opérations. Pour cela, ils ont recensé plus d’1,3 millions d’interventions réalisées sur des patients adultes par 2 937 chirurgiens différents entre 2007 et 2019.

Dans 15 % des cas, l’opération a été suivie de complications graves, de la réadmission du patient à l’hôpital ou de son décès.

Quid de la chirurgie de changement de sexe ?

Les conclusions de l’étude sont sans appel : l’issue de l’opération est bien meilleure pour une femme lorsqu’elle est opérée par une autre femme que lorsqu’elle l’est par un homme. Une patiente présenterait ainsi un risque accru de 32 % de décéder et de 15 % de faire des complications lorsqu’elle est opérée par un chirurgien plutôt que par une chirurgienne. A l’inverse, le pronostic ne change pas pour les hommes selon qu’ils sont opérés par un homme ou une femme et les chirurgiennes obtiendraient les mêmes résultats selon qu’elles opèrent des hommes ou des femmes. Cette perte de chance pour les femmes opérées par des hommes s’observe pour chacun des 21 types d’interventions analysées par l’étude.

Selon le Docteur Angela Jerath, co-auteur de l’étude, ces différences ne s’expliqueraient pas par une différence de formation, puisque « les deux sexes suivent le même enseignement médical ». Pour elle, ce sont « les différences entre les hommes et les femmes quant à la manière de travailler et de prendre des décisions », ainsi que des « préjugés sexistes implicites et des stéréotypes profondément enracinés » qui expliqueraient que les chirurgiens masculins opèrent moins bien leurs patientes que leurs patients. « Avoir plus de femmes chirurgiens améliorerait la santé de tous les patients » conclut le docteur Jerath. En France, les femmes ne représentent que 30 % des chirurgiens (mais 50 % des chirurgiens de moins de 35 ans).

« Ces résultats sont intéressants et incitent à de recherches plus approfondies sur les relations entre les médecins et les patients » a prudemment commenté le Collège Royal de chirurgie d’Angleterre. S’il semble donc en première analyse, d’après cette étude (qui n’est pas exempte de biais et de facteurs de confusion) préférable qu’une femme soit opérée par une autre femme, une question demeure : que faire en cas d’intervention de changement de sexe ?



Quentin Haroche

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Vos réactions (4)

  • Une conclusion "partisane"?

    Le 15 janvier 2022

    Cet article intéressant est quelque peu effrayant, et impose à l'évidence des compléments d'enquête avant d'en tirer des résultats définitifs et des recommandations.

    En revanche, sa conclusion en forme de boutade sur le risque de changement de sexe selon le sexe du chirurgien peut-elle être considérée comme inappropriée? Et n'est-elle pas liée également... au sexe du rédacteur?

    Dr Corinne Roehrig Saoudi

  • Conclusion surprenante

    Le 15 janvier 2022

    Les données de bases me semblent robustes (1.3 M de gestes op, 2600 intervenants) ,
    Mais il me manque le reste : parité ? en clair les hommes ont ils plus opérés que les femmes, et dans quelles conditions ? (nuit, urgence, environnement dégradé, chir à risques), et sont ils en moyenne plus vieux et dans des centres chirurgicaux moins réputés ?
    Ce genre d'étude doit faire traquer les biais avant d'arriver à des conclusions.
    Et la conclusion du sexisme me laisse rêveur : est ce un fait en médecine, constaté et mesuré dans les études de morbi mortalité ?
    Et allons au bout du raisonnement absurde : interdiction aux homme d'opérer ! Ce n'est pas du sexisme ...mais de la science !
    Le JIM devrait faire analyser ce article par plusieurs comités de lecture, trop de biais, trop de questions sans réponse, trop de conclusions trop évidentes avec par conséquent des explications plus que douteuses.

    Dr F Chassaing

  • Idéologie ?

    Le 15 janvier 2022

    Une conclusion "partisane"?
    C'est le moins qu'on puisse dire. A l'évidence très orientée par une idéologie féministe radicale.

    Dr Claude Salmon

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