Le surpoids, une grosse part dans le risque de Covid-19 grave

Le pronostic de la Covid-19 dépend en partie du poids corporel et l’obésité est un facteur de risque majeur quant à la survenue de ses formes les plus sévères pouvant conduire à l’hospitalisation en unité de soins intensifs (USI). Cette notion qui s’est imposée très tôt dans le déroulement de la pandémie, est confirmée par une vaste étude de cohorte prospective britannique qui a en partie reposé sur la base de données QResearch database alimentée par les médecins généralistes du pays.

Tous les cas de Covid-19 diagnostiqués entre le 24 janvier et le 30 avril 2020 ont été pris en compte et étudiés en se référant à deux autres bases de données nationales, l’une regroupant les tests RT-PCR positifs, l’autre les certificats de décès. Trois critères ont été retenus pour qualifier l’infection de sévère : hospitalisation, admission en USI et décès. Les données ont été traitées au moyen du modèle des risques proportionnels de Cox afin d’estimer le risque de forme sévère de la Covid-19 en fonction de l’indice de masse corporelle (IMC) après ajustement séquentiel en fonction des caractéristiques démographiques, des facteurs comportementaux et des comorbidités.

Près de sept millions de cas de Covid-19

Sur les 6 910 695 patients éligibles, tous atteints d’une infection par le SARS-CoV-2 confirmée par une RT-PCR positive, avec un IMC moyen de 26,78 ± 5,59 kg/m², 13 503 (0,20 %) ont été hospitalisés et 1 601 (0,02 %) admis en USI, le nombre de décès s’élevant à 5 479 (0,08 %).

L’association entre IMC et hospitalisations a revêtu la forme d’une courbe en J, le hazard ratio [HR] ajusté par kg/m² à partir du nadir de 23 kg/m² étant de 1,05 [intervalle de confiance à 95 % IC 95 % 1,05–1,05]. Il en a été de même pour la mortalité, le HR ajusté correspondant étant estimé à 1,04 [IC 95 % 1,04–1,05]. En revanche, pour ce qui est des admissions en USI, la relation s’est avérée linéaire, le HR ajusté (par kg/m2) étant alors de 1,10 [IC 95 % 1,09–1,10].

Une interaction significative avec l’âge et l’ethnie a par ailleurs été mise en évidence : au-delà de 23 kg/m², le risque d’hospitalisation est apparu plus élevé chez les patients jeunes (20-39 ans), soit un HR ajusté par kg/m² de 1,09 [IC 95 % 1,08–1,10] versus 1,01 [IC 95 % 1,00–1,02] dans la tranche d’âge 80-100 ans. Ce risque s’est également avéré plus élevé chez les Noirs que chez les Blancs, les valeurs correspondantes étant respectivement de 1,07 [IC 95 % 1,06–1,08] et 1,04 [IC 95 % 1,04–1,05].

Le risque d’hospitalisation ou d’admission en USI pour cause de Covid-19 est apparu légèrement plus faible en cas de diabète de type 2, d’hypertension artérielle ou de maladie cardiovasculaire (versus absence de ces comorbidités).

Facteur de risque à part entière surtout chez les sujets jeunes

Cette étude de cohorte qui porte sur près de sept millions de patients atteints de la Covid-19 confirme le rôle péjoratif du surpoids et de l’obésité dans le pronostic de l’infection. Par rapport aux autres études toutefois, elle établit une relation étroite entre IMC et risque d’hospitalisation, d’admission en USI ou de décès. Une courbe en J s’applique aux hospitalisations et aux décès à partir du seuil de 23 kg/m2, alors que la relation est linéaire pour les admissions en USI, ce qui ne saurait s’expliquer par l’intervention des comorbidités souvent associées au surpoids et à l’obésité.

L’IMC semble peser plus encore chez les patients jeunes que chez les plus âgés, dès lors qu’il éloigne de plus en plus de l’intervalle de normalité. Le surpoids constituerait de fait un facteur de risque de sévérité à part entière, même quand il n’est pas suffisant pour être qualifié d’obésité telle qu’elle est définie par une valeur de l’IMC ≥ 30 kg/m2. Une notion qui permet de mieux comprendre les données épidémiologiques actuelles tout en méritant d’être confirmée dans d’autres pays.

Dr Philippe Tellier

Référence
Gao M et coll. Associations between body-mass index and COVID-19 severity in 6·9 million people in England: a prospective, community-based, cohort study. Lancet Diabetes Endocrinol 2021: publication avancée en ligne le 28 avril. doi.org/10.1016/ S2213-8587(21)00089-9.

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Vos réactions (5)

  • Carence en vitamine D

    Le 03 mai 2021

    Si les individus à peau sombre sont plus touchés, c'est peut-être parce qu'ils sont plus carencés en vitamine D. Le gouvernement britannique avait promis une large distribution à l'automne 2020. On n'a pas eu de nouvelles.

    JP Moreau, biologiste en retraite

  • Une syndémie

    Le 03 mai 2021

    Ou comment le faire sans le dire, c'est un métier ...

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Synd%C3%A9mie

    Cela fait un moment qu'on le sait :
    https://www.franceculture.fr/emissions/la-suite-dans-les-idees/la-suite-dans-les-idees-emission-du-samedi-09-janvier-2021

    Dr Bertrand Carlier

  • Mortalité de la Covid-19 ?

    Le 03 mai 2021

    Retour à la réalité et à l'optimisme pour la Covid-19 ?

    Commentaire : L'article cité confirme le risque lié au surpoids, mais, incidemment, sur 10 000 patients infectés, on dénombre selon celui-ci 200 hospitalisations dont 2 seraient admis en USI. Par contre, tous les malades graves ne semblent pas être admis puisque le nombre de décès est de 8 pour 10 000...
    La mortalité de la grippe saisonnière serait de 10 pour 10 000. Donc de deux choses l'une :
    1. soit je ne comprends plus très bien toute l'agitation de nos experts sur les chaînes TV;
    2. soit il existe une anomalie dans les données ci-dessus ?

    L'avis de la rédaction, SVP ?

    Mosnier (Anne). "Epidémiologie des maladies à prévention vaccinale chez le sujet âgé : la grippe". Coordination nationale du Réseau des GROG, 14ème CEMI, 14 décembre 2009, Paris. URL: https://www.infectiologie.com/.../CEMI/CEMI09-MOSNIER.pdf

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