Le variant brésilien majoritaire en Guyane

Cayenne, le jeudi 15 avril 2021 – Encore très minoritaire en France métropolitaine, le variant brésilien, plus contagieux, peut-être plus pathogène et semble-t-il plus résistant à certains vaccins, circule activement en Guyane.

Sous la pression de l’opposition et des médecins, le Premier Ministre Jean Castex a annoncé ce mardi la suspension de tous les vols entre la France et le Brésil jusqu’à lundi prochain au moins. Seuls les citoyens français seront autorisés à rentrer au pays. Cette fermeture de nos frontières avec le Brésil s’explique par la circulation active dans ce pays d’un variant dit brésilien particulièrement inquiétant.

A l’heure actuelle, ce variant reste très minoritaire en France métropolitaine. Ainsi, les variants sud-africain et brésilien représenteraient à eux deux, selon Santé Publique France (SPF), seulement 4,2 % des contaminations, contre 81,9 % pour le variant britannique. Cependant, la circulation très active du SARS-Cov-2 en France à l’heure actuelle favorise l’émergence des variants. De plus, l’outre-mer est déjà touchée. En Guyane, région frontalière avec le Brésil, le variant brésilien est en effet déjà majoritaire, puisqu’il correspond à 76 % des contaminations. En revanche, le taux d’incidence en légère augmentation (83 cas pour 100 000 habitants contre 58 la semaine dernière) reste largement inférieur à celui observé en métropole (404).

Le variant brésilien, de son nom scientifique 20J/501Y.V3 (aussi appelé variant P1), est apparu dans la ville brésilienne de Manaus en décembre 2020. Cette ville amazonienne n’avait connu presque aucune restriction sanitaire, ce qui avait provoqué une forte circulation du virus en 2020. On a cru un temps que la ville avait atteint l’immunité collective, mais cette politique de laisser-faire a semble-t-il favorisé l’émergence du variant.

Un variant qui suscite interrogation et inquiétude

Le variant P1 s’est ensuite répandu dans tout le Brésil à la faveur de la politique libérale du président Jair Bolsonaro, farouchement anti-confinement. On assiste désormais à l’émergence de variants de variant. Il existe ainsi un variant P2 à Rio de Janeiro et un variant P4 à Belo Horizonte : on compterait 92 variants dans tout le pays, devenu un « un laboratoire à variants à ciel ouvert » selon les scientifiques brésiliens.

De nombreuses interrogations demeurent sur le variant P1. La seule certitude est qu’il est plus contagieux que la souche « originelle » ce qui lui vaut, tout comme les variants britanniques et sud-africain, d’être placé sur la liste des « variants of concern » (VOC) soumis à une surveillance renforcée. Selon certains scientifiques, dont le virologue français Bruno Lina, membre du conseil scientifique, ce variant pourrait aussi avoir une capacité d’« échappement immunitaire » ce qui signifie qu’il résisterait à l’immunité conférée par une infection ou la vaccination. Cette question reste encore débattue, mais la Haute Autorité de Santé a tout de même recommandé l’utilisation exclusive des vaccins ARN messager (Pfizer et Moderna), réputé plus efficace contre les variants, dans les départements de Guyane, de Mayotte et de la Réunion.

Plus de 100 000 morts en six semaines au Brésil

Enfin, la hausse de la mortalité observée chez les personnes jeunes au Brésil laisserait penser que ce variant serait plus létal que les autres souches de SARS-Cov-2. Là aussi la question est controversée. Selon plusieurs experts, l’augmentation de la mortalité pourrait très bien être liée uniquement à la hausse de la contamination et à la saturation des hôpitaux et non à une virulence particulière du variant. D’ailleurs selon l’agence de santé publique Fiocruz, le taux de mortalité chez les personnes hospitalisées n’aurait pas augmenté par rapport à la première vague.
Quoi qu’il en soit, la situation sanitaire est particulièrement dramatique au Brésil. Le pays compte environ 85 000 nouveaux cas par jour et surtout entre 3 500 et 4 000 décès quotidiens. Plus de 107 000 Brésiliens sont morts du Covid-19 depuis le 1er mars 2021.

Le variant brésilien se répand désormais dans toute l’Amérique du Sud, où il provoque dans chaque pays une hausse des contaminations. « Le Brésil est la plus grande menace du monde » a déclaré le président vénézuélien Nicolas Maduro. Tous les pays de la région ont fermé leurs frontières terrestres et/ou aériennes avec le Brésil ces dernières semaines. La France pourrait prendre dans les prochains jours de nouvelles mesures pour limiter les entrées sur son territoire en provenance des pays concernés. 

PS : Le ministère de l’intérieur a annoncé ce matin que des tests antigéniques seraient pratiqués à tous les voyageurs arrivant de Guyane.

Quentin Haroche

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Vos réactions (2)

  • Importance d'une période d'isolement

    Le 15 avril 2021

    Oui pour le test antigénique COVID pour tous les voyageurs venant de Guyane mais aussi avec une période de confinement comme le font les Allemands notamment avec leurs ressortissants revenant de France....On sait bien que le test peut être négatif initialement.

    Dr Annick Lecointe

  • Les nombres, ces merveilles

    Le 17 avril 2021

    L'épidémie donne du fil à retordre à la planète. Les variants aussi, encore que l'on parle un peu vite : le "variant anglais", qui n'est pas plus anglais que le "patient anglais" ne l'était (c'était un archéologue italien), ne provoque finalement pas plus de létalité que les autres...
    Quant aux nombres, ils sont étonnants : il est très facile de leur faire dire ce qu'on veut.

    Ainsi on démontre dans cet article les ravages que provoque le variant brésilien au Brésil, d'autant plus que le gouvernement est d'extrême-droite ce que l'on ne manque jamais de rappeler sans rappeler le niveau sanitaire moyen dans les favelas...
    Prenons une calculette : 107 000 morts au Brésil sur une population de 209 M d'habitants, cela fait 0,0005% de la population.
    100 000 morts en France sur une population de 67 M d'habitants, cela fait 0,0014%.
    Alors puisqu'il y a plus de morts en France par rapport à la population globale qu'au Brésil, pourquoi continuer à ânnoner avec la presse que les ravages sont plus graves au Brésil?
    Les nombres sont décidément des merveilles : on peut facilement démontrer le contraire de la réalité objective.

    Dr Jean-François Michel

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