Les applications d’émollients pourraient favoriser l’allergie alimentaire

L’application régulière d’émollients est souvent préconisée chez les enfants à risque d’atopie, dans un but de préservation de la qualité de la barrière cutanée. Une étude récente montrait toutefois l’absence d’efficacité de l’application régulière d’émollient sur le risque d’eczéma à 2 ans, et une augmentation (non significative) du risque d’allergie alimentaire, dans un groupe d’enfants à risque atopique.

Pour vérifier cette donnée, une analyse rétrospective a été réalisée à partir des résultats de l’étude EAT (Enquiring About Tolerance). Il s’agit d’un essai randomisé, mené entre 2008 et 2015, qui incluait 1 303 enfants de 3 mois issus de la population générale, allaités. Un questionnaire était rempli par les familles concernant l’application d’émollients chez ces enfants.

Chaque application supplémentaire d’émollient/semaine est associée à une augmentation de 20 % du risque d’allergie alimentaire

Au total 74 cas d’allergie alimentaire sont dénombrés pendant le suivi de 1 à 3 ans. Ils concernent 16,9 % des enfants ayant un eczéma au moment de l’enrôlement et 3 % des enfants sans eczéma. Une relation significative est observée entre la fréquence des applications d’émollients et le développement de l’allergie alimentaire, chez tous les enfants, qu’ils aient ou non un eczéma visible au moment de l’inclusion. Cette relation entre émollients et allergie alimentaire est dose-dépendante : chaque application supplémentaire par semaine étant associée à une augmentation de 20 % du risque d’allergie alimentaire. La fréquence de l’application des soins est aussi associée à une augmentation du risque de sensibilisation aux allergènes alimentaires et au aéroallergènes à 3 ans.

Deux enfants sur 3 de la cohorte EAT sans antécédent d’eczéma ou de peau sèche recevaient un émollient au moins 1 fois par semaine, la raison évoquée étant un massage du nourrisson. Notons qu’au Royaume-Uni (d’où est issue cette étude), la moitié des maternités recommandent des huiles pour les soins des nourrissons.

Deux hypothèses : endommagement de la barrière cutanée ou facilitation du passage transcutané des allergènes ?

Des modèles murins ont montré que l’allergie alimentaire se développait à partir de l’exposition transcutanée aux allergènes. Cette sensibilisation transcutanée est favorisée par des altérations de la barrière cutanée et l’inflammation. Pour les auteurs de l’étude, 2 hypothèses peuvent être envisagées. Soit les applications d’émollients facilitent le passage transcutané des allergènes, soit ils endommagent la barrière cutanée et favorisent ainsi son franchissement par les allergènes alimentaires. Il est établi que les produits émollients peuvent favoriser le passage de certaines substances à travers la peau et l’on ne peut exclure un transfert de protéines allergéniques des mains des parents à travers la peau de leur enfant. Toutefois, l’effet-dose plaide plutôt pour une altération de la barrière cutanée. La nouvelle génération de crèmes trilipidiques, contenant des céramides, du cholestérol et des acides gras libres, pourrait ne pas influencer le développement de la sensibilisation alimentaire de la même façon.

Notons le caractère rétrospectif de cette étude qui nécessiterait une confirmation par des essais randomisés contrôlés. En attendant des compléments d’information, il parait justifié de recommander aux parents de bien se laver les mains avant d’appliquer la crème hydratante et d’être mesurés quant à la fréquence des applications.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Perkin M.R. et coll.: Association of frequent moisturizer use in early infancy with the development of food allergy. J Allergy Clin Immunol. 2021 Mar;147(3):967-976.e1.

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Vos réactions (2)

  • Émollient et allergie alimentaire

    Le 22 juillet 2021

    Peut être c'est le type d'émollient qui est à l'origine du problème.

    Dr Mohamed Benseghier

  • Biais...

    Le 23 juillet 2021

    En pratique courante, appliquer un émollient prend du temps et de l'energie aux parents.

    Plus les enfants ont d'eczema et de problèmes de peau (donc terrain fortement allergique), plus les parents ont de raisons d'appliquer les emollients régulièrement et en quantité... Bref, une étude rétrospective qui ne vaut pas grand chose.

    Dr Aurélien Laurenceau

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