Les découvertes de PAMELA sur l’HTA masquée

L’hypertension artérielle par effet blouse blanche (HTA-BB) relève d’une réaction cardiovasculaire physiologique déclenchée par un environnement stressant dont l’un des symboles est la blouse blanche du médecin. La mesure de la pression artérielle (PA) à plusieurs reprises ou l’automesure à domicile permettent d’écarter le diagnostic d’HTA permanente. L’HTA masquée est en quelque sorte l’inverse de l’HTA-BB, car les chiffres tensionnels normaux en consultation sont élevés dans d’autres circonstances, notamment au domicile. Sa prévalence positivement associée à l’âge serait comprise entre 10 % et 40 %, selon les sources. 

A la différence de l’HTA-BB, cette HTA masquée expose sur le long terme à une atteinte des organes-cibles, comme le rappellent les résultats d’une étude de cohorte italienne du nom de PAMELA (Pressioni Arteriose Monitorate e Loro Associazioni) dans laquelle ont été inclus 803 participants indemnes de toute hypertrophie ventriculaire gauche à l’état basal (masse ventriculaire gauche indexée <115 g/m2 chez les hommes et <100 g/m2 chez les femmes. Un suivi clinique et échocardiographique a été assuré pendant dix ans, incluant mesures itératives de la PA en consultation et MAPA (mesure automatique de la PA). Les valeurs tensionnelles obtenues à l’état basal ont permis de constituer trois groupes : (1) absence d’HTA : PA systolique en consultation < 140/90 mm Hg et PA moyenne des 24 heures < 130/80 mm Hg) ; (2) HTA masquée : PA en consultation normale et PA moyenne des 24 heures élevée ; (3) HTA permanente : PA consultation et PA des 24 heures toutes deux élevées.

Un risque doublé d’hypertrophie ventriculaire gauche

Lors de l’inclusion dans l’étude, les critères diagnostiques de l’HTA masquée étaient présents chez 57 des 803 participants (7,1 %). Au cours du suivi à long terme, 162 sujets ont développé une HVG. Le risque d’HVG est apparu majoré par l’existence d’une HTA masquée, comme le montre la comparaison des groupes 2 et 1 aboutissant à un odds ratio (OR) estimé à 2,22 (intervalle de confiance à 95 % ; IC 95 %, 1,11-4,46, p =0,0250), ceci après ajustement selon les facteurs de confusion potentiels. La même tendance a été observée avec la masse ventriculaire gauche indexée qui a davantage augmenté en valeur absolue en cas d’HTA masquée.

Cette étude de cohorte prospective au long cours confirme les risques associés à l’HTA masquée. Le risque d’HVG serait environ deux fois plus élevé par rapport à un groupe de personnes non hypertendues. L’importance de la MAPA dans la détection de cette forme d’HTA relativement fréquente est par ailleurs mise en exergue, puisque les chiffres tensionnels mesurés en consultation sont normaux.

Dr Philippe Tellier

Référence
Cuspidi C et coll. : Incident Left Ventricular Hypertrophy in Masked Hypertension. Hypertension. 2019 ;74 : 56-62.

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Vos réactions (1)

  • Confirmation des données de SHEAF

    Le 20 septembre 2019

    L'étude SHEAF publiée en 2001 par l'équipe de Bobrie et Chatellier montrait déjà un surrisque d'événements cardiovasculaires dans un essai prospectif de 3 ans, avec utilisation de l'automesure à domicile. Il y avait 30,6% d'événements CV en cas d'HTA masquée, contre 11 à 12% en cas de TA normale au cabinet et au domicile ou en cas d'HTA BB. En cas d'HTA au cabinet et à domicile, le risque était de 25,6% . L'étude de Cuspidi semble donc confirmer les conclusions de SHEAF.

    Dr Alain Siary

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