Les étudiants et les jeunes médecins se rebiffent à leur tour contre la Cour des Comptes

Paris, le vendredi 8 décembre 2017 - Pierre-Jean Verzelen, premier vice-président du Conseil départemental de l’Aisne, entend proposer un amendement pour « réparer une stupidité administrative ». Ce qu’il qualifie ainsi dans un article de Célia Mascre pour le site de France 3 Hauts-de-France est l’impossibilité pour les étudiants en médecine de la faculté de Reims d’effectuer des stages dans l’Aisne. De fait, il considère logiquement que « si ces étudiants ne peuvent pas venir dans le département, ils ne risquent pas de s'y installer ». La proposition de l’élu devrait être examinée au Parlement en début d’année prochaine.

Comme dans d’autres départements français, l’Aisne commence à souffrir cruellement d’un manque de professionnels de santé à même de couvrir les besoins de sa population. Et ce ne sont pas les exemples qui manquent : dans la commune de Cuffies peuplée de plus de 1 800 âmes, il y a bien une maison médicale, mais plus un seul médecin qui y exerce. Un état de fait qui entraîne des comportements dangereux comme l’explique Philippe Aubert, président de l'association Bien vivre à Cuffies, dans le même article : « Certaines personnes nous ont confié prendre leur traitement à raison d'un jour sur deux de peur de ne pas pouvoir faire renouveler leur ordonnance. »

Sortir de l’option coercitive

Si cette proposition d’ouvrir les terrains de stages des étudiants en médecine à des territoires qui ne dépendent pas de la "juridiction" de leur université devrait normalement susciter l’intérêt des carabins et de leurs tutelles, c’est qu’elle procède d’une démarche en tous points différente de celle de la Cour des comptes. Dans une déclaration commune, cinq collectifs associatifs et syndicaux dont l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF), l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI) ou encore l’Intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale (ISNAR-IMG) sont en effet montés au créneau, comme leurs ainés, pour dénoncer les mesures proposées le 29 novembre par les magistrats de la rue Cambon.

Fustigeant « un chantage au conventionnement sur l’installation », les signataires estiment ainsi que « les mesures coercitives sont inefficaces voire dangereuses pour le maintien d’une médecine libérale offrant un égal accès aux soins à tous les patients ». Pour eux, ce type de propositions « met une nouvelle fois à mal l’attractivité de la médecine de proximité et n’encourage pas l’installation ». Pendant ce temps, à Cuffies, une pétition est en préparation pour aider à l’installation d’un médecin tunisien dans la commune.

Benoît Thelliez

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Vos réactions (1)

  • De la schizophrénie de l'Etat

    Le 11 décembre 2017

    D'un coté l'Etat veut forcer les médecins libéraux à s'installer à des endroits précis, de l'autre l'Etat se garde bien de "fonctionnariser" à un salaire correct des jeunes diplomés dans ces maisons de santé désertées.
    C'est sûr que si on embauche un médecin à un salaire normal, avec congés payés, arrêt maladie, plus secrétaire et voiture de service pour faire les visites, on s'aperçoit bien vite qu'il vaut mieux etre coercitif sur le privé : c'est beaucoup moins dispendieux...

    Et pourtant, si on incluait dans le cursus des medecins généralistes ne serait ce qu'un an dans une maison de santé à un salaire décent, vous ne pensez pas que ce serait jouable ?

    Dr E Orvain

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