Mortalité et régime, l’ALA donne le la !

Une alimentation saine est susceptible d’avoir un effet favorable dans la prévention des maladies cardiovasculaires et de certains cancers. Les « guidelines » internationaux recommandent une faible consommation de graisses saturées et d’acides gras trans et la consommation d’huiles végétales riches en acides gras polyinsaturés, particulièrement les omega-3, plutôt que des graisses animales. Depuis plusieurs décennies, les bénéfices des omega-3 font toutefois l’objet de nombreux travaux et d’avis contradictoires.

L’acide alphalinolénique (ALA, oméga-3) et l’acide linoléique (oméga-6) sont les acides gras polyinsaturés présents dans les aliments d’origine végétale.
Le premier, que l’on trouve dans le soja, les fruits à coques, l’huile de colza, les graines de lin, etc., a des propriétés anti-inflammatoires qui lui confèrent un effet préventif contre les maladies cardiovasculaires et certains cancers. Des travaux suggèrent toutefois qu’une forte consommation d’ALA favorise le stress oxydatif, et mettent en doute son caractère bénéfique.

Si plusieurs méta-analyse ont examiné le lien entre la consommation d’ALA et le risque de pathologie chronique, aucune n’a pour le moment étudié le lien avec la mortalité toutes causes. De plus, les travaux sont basés plus souvent sur les apports alimentaires, négligeant les marqueurs tissulaires. Pour combler cette lacune, une méta-analyse a été réalisée récemment à partir de 41 études prospectives de cohorte mentionnant le risque de décès toutes causes, par maladie cardiovasculaire ou par cancer, en prenant en compte à la fois les apports alimentaires en ALA et les marqueurs tissulaires. L’étude porte au total sur 1,2 millions de participants, suivis pendant 2 à 32 ans, durée pendant laquelle sont survenus 198 000 décès toutes causes, 63 000 décès de causes cardiovasculaires et 66 000 par cancer.

Association linéaire avec la mortalité cardiovasculaire

L’analyse des données montre qu’une consommation élevée d’ALA est associée à une baisse significative de 10 % du risque de mortalité toutes causes, de 8 % de celui de mortalité de cause cardiovasculaire et de 11 % de celui de mortalité par cancer. Les consommations les plus fortes d’ALA sont toutefois corrélées à un risque légèrement supérieur (6 %) de la mortalité par cancer. Les associations ne sont pas linéaires, sauf pour le lien entre la consommation d’ALA et la mortalité cardiovasculaire, qui révèle un effet dose : une augmentation de 1g/j de la consommation d’ALA (équivalent à 1 cuiller à café d’huile de colza) est associée à une réduction de 5 % du risque de mortalité cardiovasculaire.

En ce qui concerne les concentrations tissulaires, l’analyse retrouve une association inverse entre les taux sanguins d’ALA et la mortalité toute cause et la mortalité par coronaropathie et chaque augmentation de 1 déviation standard du taux sanguin d’ALA est associé à une réduction de 8 % du risque de mortalité par pathologie coronaire.

Les auteurs suggèrent que de futurs travaux examinent l’impact spécifique de certains aliments, riches en ALA, sur la mortalité.

Dr Roseline Péluchon

Références
Naghshi S et coll.: Dietary intake and biomarkers of alpha linolenic acid and risk of all cause, cardiovascular, and cancer mortality: systematic review and dose-response meta-analysis of cohort studies. BMJ 2021; 375: n2213

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (2)

  • Validité de ce type d'étude pour des éléments nutritionnels?

    Le 19 octobre 2021

    Il y a une coquille dans cet article.
    L'erreur porte sur l'huile de Colza. Cette huile comporte 9% d'Acide linolénique (w3) et 22% d'acide linoléique (w6) de sorte qu'une cuillère à café (2.5 ml) n'apportera pas 1 gr d'ALA mais moins. C'est une cuillère à soupe large (10ml) qui apporterait 1 gr d'ALA, me semble-t-il.
    Par ailleurs, il n'y a aucune information, trop souvent, dans ces études sur l'apport concomitant en acide linoléique, ce qui surprenant du fait des voies métaboliques entremêlées de ces deux AG essentiels. Vouloir juger un facteur nutritionnel isolé, en oubliant les interactions physiologiques entre les éléments nutritionnels, est-ce la bonne méthode?

    Dr Christian Trape

  • Relire la Lyon Heart Study

    Le 27 octobre 2021

    Pour les effets bénéfiques de l'acide alpha linolénique relire les résultats de la Lyon heart study qui date des années 1990.
    Trop ancienne sans doute...et française...mais pourtant excellente.

    Dr Jean Pierre Sapin

Réagir à cet article