Ne plus se contenter de parler de la détresse des soignants…

Dans de nombreux pays, la pandémie de la Covid-19 a révélé les difficultés conjoncturelles et structurelles des travailleurs de santé (médecins, infirmiers, aides-soignants...). Cependant, malgré divers travaux confirmant le niveau élevé de détresse chez ces professionnels, peu d’études ont évoqué des programmes en vue d’améliorer leur bien-être mental, rappelle une équipe de Toronto (au Canada), dans un article au titre en forme d’injonction explicite (“Ne vous contentez pas d’étudier notre détresse, faites quelque chose”) où les auteurs présentent un programme pour soutenir la santé mentale des professionnels de santé. 

Grâce à une « approche d’amélioration de la qualité », les auteurs ont évalué les besoins et proposé des ressources en ligne sur la psychoéducation et l’autogestion, l’accès au soutien en ligne et aux groupes thérapeutiques, et l’auto-orientation vers des soins individuels d’un psychologue ou d’un psychiatre. Présentant les résultats obtenus jusqu’au 30/11/2021, ils constatent une fréquentation importante de la page Web (plus de 12 000 visites) et de l’intranet de santé mentale lors de la Covid-19 relatif au Réseau Universitaire de Santé (RUS)[1], le plus vaste réseau de santé du Canada (comportant notamment des ressources d’autogestion et de l’information sur le soutien des groupes).

Un programme de soutien réalisable

Grâce à ces ressources en ligne, 166 travailleurs de santé « se sont auto-orientés vers des soins psychologiques ou psychiatriques individuels », avec un temps d’attente moyen de 5,4 jours pour un premier rendez-vous et une moyenne de 7 rendez-vous pour chaque utilisateur du service. Les auteurs de cette étude observent que la majorité des soignants utilisant leur programme de soutien présentent des symptômes modérés à graves de dépression et d’anxiété. Autre constat encore plus inquiétant (et confirmant celui d’une étude réalisée en Australie que nous avons déjà évoquée [2]) : « plus de 20 % expriment des idées d’autodestruction ou de suicide. »

Les auteurs estiment que cette élaboration d’un programme interne de soutien à la santé mentale comme celui du RUS à Toronto (ajusté pour répondre aux besoins de santé mentale en fonction de la progression de l’épidémie) est donc une initiative réalisable, efficace et hautement valorisée. 

[1] https://www.uhn.ca/

[2] Des idées suicidaires pour les professionnels de santé pendant la pandémie

de Covid-19 https://www.jim.fr/medecin/pratique/recherche/e-docs/_des_idees_suicidaires_pour_les_professionnels_de_sante_pendant_la_pandemie_de_covid_19__195235/document_actu_med.phtml

Dr Alain Cohen

Référence
Sheehan KA et coll. : “Don’t just study our distress, do something”: Implementing and evaluating a modified stepped-care model for health care worker mental health during the COVID-19 pandemic. Canadian J. Psy 2023, vol. 68(01); 43-53.

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Vos réactions (2)

  • Réflexion intéressante mais...

    Le 20 janvier 2023

    Article intéressant croisant d'ailleurs des réflexions et recherches aux résultats concordants. Mais pour ce qu'il se passe en France et s'aggrave depuis des années nous sommes très loin de ces problématiques et des pistes indiquées...

    J-M Lancien

  • L’Etat et le soignant

    Le 24 janvier 2023

    Le système de santé français est gravement malade du fait des orientations et choix politiques.
    Ceux subissent au quotidien les managements toxiques ce sont les soignants et ce sont eux qui doivent se soigner ?

    A Cannavacciuolo, IDE

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