Né prématuré, cinq ans après

La cohorte EPIPAGE-2 a été constituée en France en mars 2011 pour étudier l’évolution des enfants nés avant le terme de 35 semaines, et établir des comparaisons au fil du temps. Les progrès réalisés en soins intensifs (corticoïdes en fin de grossesse, surfactant, assistance respiratoire non invasive, arrêt de la corticothérapie systématique chez le nouveau-né pour traiter la dysplasie broncho-pulmonaire) ont amélioré la survie des prématurés, particulièrement des très grands prématurés.

Un premier point d’étape avait montré des améliorations dans la survie, le pronostic néonatal et la présence de troubles neurosensoriels à 2 ans entre une première cohorte EPIPAGE constituée en 1997 et EPIPAGE-2. Le British Medical Journal publie les résultats d’un nouveau bilan, réalisé chez les enfants de 5 ans et demi. Les enfants nés à terme constituent la référence. L’analyse porte sur 3 083 enfants.

Les données recueillies montrent que la naissance prématurée demeure à l’origine de difficultés pour les familles. Les troubles du développement neurologique diminuent toutefois quand le terme s’allonge. Les troubles graves ou modérés sont présents chez 28 % des enfants nés entre 24 et 26 semaines, 19 % entre 27 et 31 semaines et 12 % entre 32 et 34 semaines. Les troubles légers sont présents chez 38,5 %, 36 % et 34 % des enfants, respectivement selon le terme. Notons que les troubles du neuro-développement sont plus fréquents dans les milieux socio-économiquement défavorisés.

Inégalités de handicap et de prise en charge du handicap

Cela fait que les parents sont fréquemment inquiets, et d’autant plus que la prématurité est grande. Les principales craintes concernent les troubles du comportement. Un parent sur 4 dont l’enfant n’a pas de handicap est même sujet à ces préoccupations.

Une aide scolaire (soutien scolaire ou classe spécifique) est délivrée à 27 %, 14 % et 7 % des enfants respectivement selon le terme. Une prise en charge complexe (suivi par un psychologue ou un psychiatre, orthoptiste, orthophoniste, ergothérapeute, kinésithérapeute) est mise en place pour 1 enfant sur 2 présentant un déficit peu sévère et 1 enfant sur 3 sans handicap. Mais étrangement, 30 à 40 % des enfants présentant un déficit grave ou modéré ne bénéficient pas de ce type de prise en charge, particulièrement les enfants ayant un déficit cognitif seul ou un problème médical complexe.

Pour les auteurs, ces données soulignent les inégalités de santé persistantes face au handicap. Ils indiquent aussi que les demandes faites auprès des Maisons Départementales des Personnes Handicapées sont finalement faibles par rapport à la fréquence des handicaps, et suggèrent qu’une attention particulière soit accordée au risque plus élevé de troubles neurocognitifs pour les enfants de milieux sociaux défavorisés.

Dr Roseline Péluchon

Références
Pierrat V et coll.: Neurodevelopmental outcomes at age 5 among children born preterm: EPIPAGE-2 cohort study. BMJ 2021;372:n741. doi.org/10.1136/bmj.n741

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Vos réactions (2)

  • Effet de la régionalisations à 5 ans

    Le 05 mai 2021

    L'impact de l'effet de volume de la régionalisations de prises en charge des grossesses à risque puis des grands prématurés (<33SA : 1,4% des naissances vivantes en France en mars 2018 - ARS IDF), sur le devenir (sensori-moteur et cognitif) à 5 ans méritera d'être analysé.

    Il l'avait été à 2ans*, en comparant en France toujours :
    • Centres de faible volume : < 55 admissions annuelles < 33SA : 243 enfants
    • Centres de haut volume : > 110 : 952
    • Les deux étaient comparables pour Termes et Retards de croissance intra-utérin.

    Les centres de grand volume étaient alors associés à une mortalité moindre (OR ajusté 0.55) sans augmentation du risque de séquelles ... à 2 ans : Une évaluation à 5 ANS analysera mieux les composantes sensori-motrices comme cognitives.

    *Desplanches T, Blondel B, Morgan AS et coll . Volume of Neonatal Care and Survival without Disability at 2 Years in Very Preterm Infants: Results of a French National Cohort Study. J Pediatr. 2019 Oct;213:22-29.e4. doi: 10.1016/j.jpeds.2019.06.001

    Dr JP Bonnet

  • La prise en charge des enfants

    Le 07 mai 2021

    Une prise en charge medico psycho sociale est justifié dans ces situations. L'articulation entre l'antenatal et la pediatrie neonatale est nécessaire et le rôle du Centre d'Action Medico Sociale doit être souligné. A plus long terme il conviendra de se souvenir des antécédents neonataux dans la recherche étiologique des troubles neurodeveloppementaux et accompagner ces futurs adultes ...longtemps ...

    Dr Jean-Pierre Chabrolle

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