Non-observance pour le traitement de l’HTA : trop de comprimés…

Le défaut d’observance thérapeutique reste une préoccupation majeure chez les patients hypertendus. Sa prise en compte est nécessaire pour expliquer certains échecs du traitement avant d’arriver au diagnostic d’HTA réfractaire. Le plus souvent, c’est le patient lui-même qui fait état de son adhésion à ce dernier, mais il existe une autre méthode plus rarement utilisée pour l’évaluer : c’est le dosage des concentrations sériques des antihypertenseurs qui est concevable pour peu qu’on y mette le prix.

Une étude transversale multicentrique étatsunienne a eu recours à la chromatographie liquide à haute performance couplée à la spectrométrie de masse pour atteindre cet objectif, en l’occurrence doser les taux sériques de vingt-trois antihypertenseurs, le défaut d’observance étant par ailleurs estimé de manière indirecte à partir des observations ou des dires des patients et des investigateurs.

Au total, cette étude a inclus 550 patients atteints d’une hypertension artérielle confirmée nécessitant la prise d’au moins deux antihypertenseurs. Le dosage des antihypertenseurs a permis d’identifier 40 participants (7,3 %) non observants chez lesquels la pression artérielle diastolique (PAD) s’est avérée significativement plus élevée que chez les observants, soit en consultation 90 versus 83 mm Hg (p < 0,01). Il en était de même pour la PAD diurne mesurée en ambulatoire, soit 85 versus 80 mm Hg (p < 0,01). En revanche, la PA systolique s’est avérée identique dans les deux groupes.

11 % de non observants selon les patients, 12,9 % selon les dosages

Le défaut d’observance a été significativement associé : (1) à un nombre quotidien de comprimés d’antihypertenseurs prescrits en moyenne plus élevé : 2,5 versus 2,1 (p<0,01) ; (2) à un nombre quotidien total plus important de comprimés toutes pathologies confondues : 5,5 versus 4,4 p=0,03) ; (3) à une moindre exposition aux associations d’antihypertenseurs à doses fixes : 45,0 versus 67,1% (p < 0,01). La prévalence du défaut d’observance a été estimée à 11,0 % selon les dires des patients et à 12,9 % de l’avis des investigateurs.

Le dosage des taux sériques d’antihypertenseurs permet d’estimer directement et objectivement le défaut d’observance thérapeutique, étant entendu que cette approche repose sur des méthodes d’exception qui ne sont pas utilisables en routine. La prévalence du phénomène apparaît faible dans cette cohorte étastunienne au sein de laquelle l’HTA est suffisamment sévère pour exiger au moins une bithérapie. Les associations à doses fixes favorisent l’observance ce qui n’est pas surprenant. Il en va de même pour le désaccord entre les méthodes directes et indirectes d’estimation du défaut d’observance.

Dr Philippe Tellier

Référence
Bergland OA et coll. Detection of Nonadherence to Antihypertensive Treatment by Measurements of Serum Drug Concentrations. Hypertension. 2021;78:617–628.doi.org/10.1161/HYPERTENSIONAHA.121.17514.

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Vos réactions (2)

  • Vive la Polypill

    Le 16 septembre 2021

    Depuis des décennies l'opposition stupide des réglementaristes aux formulations multicombinées est la première fautive dans l'inefficacité de prise en charge des hypertendus.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Plusieurs traitements pour une pathologie

    Le 16 septembre 2021

    Ma thèse en pharmacologie clinique est très ancienne.
    A l'époque en pharmacocinétique je considérais qu'au delà d'un traitement par 2 produits dans une pathologie, personne ne connaissait l'action.
    J'avais faux ou avec l'évolution j'avais juste et je ne suis plus dans l'actualité ou j'ai encore juste ?

    Patrick Hirsch (pharmacien)

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