Officine : le retour de la dispensation à l’unité agace toujours la profession

Paris, le lundi 10 mai 2021 - Dans le cadre du projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et l’économie circulaire, la dispensation à l’unité a été une nouvelle fois préconisée et adoptée par les députés le 13 décembre 2019, malgré les réserves des représentants des officinaux, des industriels du médicament et des spécialistes de la lutte contre la falsification des médicaments. Le gouvernement s’engageait néanmoins à consulter les syndicats de pharmaciens avant de prendre les décrets d’application. 

Près de 2 ans plus tard et alors que la disposition doit entrer en vigueur le 1er janvier 2022, aucun décret n’est encore paru.

Le décret devra prendre en compte « toutes les limites organisationnelles »

Malgré cette lacune, l’Académie de pharmacie a publié lundi dernier un rapport élaboré après consultation des représentants de la pharmacie d’officine et des industries du médicament.

Les sages de l’Avenue de l’observatoire appellent en préambule les pouvoirs publics à prendre en compte « toutes les limites organisationnelles, financières, environnementales, réglementaires de la DAU et la prise de responsabilités supplémentaires des pharmaciens d’officine ».

Toutefois, l’Académie estime que « la DAU pourrait être envisagée » dans certains cas précis en fonction de l’analyse des critères suivants : coût unitaire élevé, formes pharmaceutiques particulières, catégories d’appartenance (médicaments à marge thérapeutique étroite, traitements à risque de reliquats dans les armoires à pharmacie tels que les antibiotiques, les médicaments à risque d’addiction, les initiations de traitements chroniques, etc.).

Mais, avant toute chose, l’Académie recommande de mener une nouvelle expérimentation se basant sur la méthodologie contrôlée avec groupe témoin intégrant un ou plusieurs types de médicaments : antibiotiques, antalgiques, hypnotiques ou anxiolytiques, corticoïde, anticancéreux par voie orale, antidiabétiques ou antihypertenseurs.

2e expérimentation, 2e flop ?

Rappelons cependant qu’une précédente expérimentation menée en 2014 est loin d’avoir fait l’unanimité.

Ainsi, bien que les auteurs de la loi estiment que ce test a mis en évidence que « la DAU a bénéficié d'une forte acceptabilité, de l'ordre de 80 %, de la part des personnels des pharmacies et des patients » et a permis une amélioration de l'observance des traitements et une diminution de 10 % du nombre de comprimés délivrés, ces résultats, publiés par l’INSERM, ont été largement contestés en leur temps, car trop oublieux des nombreux problèmes mis en évidence.  

Résultats contestés, y compris par l’Académie qui écrit : « si une expérimentation de la dispensation unitaire, réalisée pour certains antibiotiques (a permis d’initier la démarche, le retour d’expérience n’a rien prouvé sur la protection de l’environnement, ni sur la mise en évidence d’économies, ni sur l’amélioration de l’observance. »

F.H.

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Vos réactions (3)

  • Economies de bout de chandelle

    Le 10 mai 2021

    La question est de savoir si les avantages sont très clairement en faveur du déconditionnement de l'emballage du fabricant ; je ne le pense pas sauf peut-être effectivement les quelques cas évoqués par l'Académie de pharmacie : coût unitaire élevé, formes pharmaceutiques très spécifiques mais également quelques catégories d’appartenance qui doivent rester très limitées en regard du risque supposé.

    J'ai connu l'époque où certains industriels ne conditionnaient pas leurs produits selon les seuls critères aujourd'hui fort heureusement établis : posologie et durée du traitement standard ; raison pour laquelle nombre de gaspillages (économiques mais aussi environnementaux)ont malheureusement duré des décennies...
    Les conditionnements industriels sont depuis déjà pas mal d'années totalement sécurisés : protection (y compris vis à vis d'éventuelles malveillances), propreté et hygiène jusqu'au déconditionnement (stérilité...), à l'abri de lumière et humidité....et j'en passe !
    Je ne suis donc pas du tout certain que l'officine, en ayant l'autorisation de déconditionner, puisse s'engager à garantir aussi parfaitement le produit ; il serait par exemple totalement contre productif que l'officinal 's'amuse' à découper un blister...pour quelques économies de bout de chandelle !

    S'agissant donc des éventuelles économies espérées - et sauf évidemment pour les unités à forte valeur ajoutée dont il sera utile de trouver une méthode fiable - je doute que les payeurs, SS et autres caisses contributives (car c'est bien d'elles qu'il s'agit) y trouvent significativement leur compte...

    Alain Cros, ex pharmacien industriel

  • Moins de gaspillage

    Le 14 mai 2021

    Il serait temps que ce système se mette en place...Quelle gabegie de médicaments en France...Ce n'est pas parce que nous sommes un pays" riche" que nous devons faire l'impasse sur la valeur des choses...
    Et quand on voit les armoires à pharmacie des particuliers, c'est hallucinant...et risque d'auto-médication, sur-médication...

    Bref, soyons plus vertueux dans la dispensation des médicaments...Si on arrive à le faire avec MSF, MDM et autres ONG à l'étranger, je pense qu'avec un peu de bonne volonté et d'organisation, on peut y arriver chez nous...même si l'économie sera de bouts de chandelles...

    B.Dumarcher, IPDE

  • Usine à gaz

    Le 16 mai 2021

    Une future usine à gaz en prévision; qu'en sera t-il de la partie 0,50 € par boite non remboursée ? Au prorata du nombre de comprimés délivrés ?

    Dr Daniel Muller

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