Particules et mortalité : pas si élémentaire !

Les effets nocifs à court terme de la pollution de l’air sont actuellement bien documentés. Les effets sur la santé des particules de diamètre ≤ 10 μm (PM10) et des particules fines (PM2,5) ont été largement étudiés. Ces particules polluantes proviennent de nombreuses sources de combustion ou sont formées directement par des processus de transformation des gaz. Leur impact au jour le jour sur les décès de toutes causes, ou d’origine cardiovasculaire ou respiratoire, a déjà fait couler beaucoup d’encre.

Une nouvelle étude vient toutefois d’être publiée. Elle présente la particularité d’être de très grande ampleur, puisque menée dans 652 villes réparties dans 24 pays ou régions du monde, entre 1986 et 2015. A noter que la Chine est surreprésentée avec 272 villes étudiées alors qu’il n’y a qu’une ville au Brésil et très peu en Afrique). Les concentrations atmosphériques au jour le jour en PM10 et en PM2,5 ont été confrontées aux relevés de mortalité. L’analyse finale porte sur 59,6 millions de décès toutes causes.

Les données recueillies confirment que l’augmentation de 10 μg par m3 de la concentration en PM10 au cours des 2 jours précédents, s’accompagne d’une augmentation de 0,44 % de la mortalité quotidienne toutes causes, de 0,36 % de la mortalité de cause cardiovasculaire et de 0,47 % de la mortalité d’origine respiratoire. L’impact de particules fines PM2,5 est encore supérieur, puisque, pour la même augmentation de la concentration de PM2,5, la mortalité quotidienne toutes causes augmente de 0,68 %, la mortalité cardiovasculaire de 0,55 % et la mortalité respiratoire de 0,74 %.

Une relation curviligne sans effet seuil

Les auteurs ont procédé à un ajustement pour plusieurs types de gaz polluants (ozone, dioxyde d’azote, dioxyde de soufre et monoxyde de carbone) : l’association entre les PM10 et les PM2,5 et la mortalité se réduit légèrement mais reste significative. L’association entre les concentrations et la mortalité est plus forte dans les zones dont les concentrations annuelles en particules sont les plus basses et les températures annuelles moyennes les plus élevées.

Les courbes concentration-réponse poolées montrent une relation curviligne entre la pollution et la mortalité, déjà notée dans d’autres études, avec une augmentation constante de la mortalité suivant l’augmentation de la concentration en particules, mais une pente plus abrupte pour les faibles concentrations de particules, reflétant l’absence d’un effet seuil. Notons enfin que l’association entre la mortalité et la concentration en particules est présente à des concentrations inférieures aux actuelles recommandations officielles et limites règlementaires concernant la qualité de l’air.

Dr Roseline Péluchon

Références
Liu C et coll. : Ambient Particulate Air Pollution and Daily Mortality in 652 Cities. N Engl J Med ., 381:705-715DOI: 10.1056/NEJMoa1817364

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Vos réactions (3)

  • Pollutions : air, eau, terre, feu, ondes lumineuses, sonores, magnétiques...

    Le 29 août 2019

    C'est décidé j'arrête de respirer, de sortir, de boire, de manger, de regarder mes écrans, d'écouter mon smartphone et les walkyries quand on les baise.
    J'arrête d'espérer un monde sans peurs et sans reproches.

    Dr Isabelle Gautier

  • Et les intox ?

    Le 02 septembre 2019

    Vous oubliez la pollution de l'esprit avec les intox... toxique ça aussi ! :=D))

    Il suffit d'un hibou lugubre dans l'entourage et l'on se pend.

    Charlaine Durand

  • Dilemme

    Le 10 septembre 2019

    Oui, mais :
    - l'espérance de vie la plus grande pour les villes en France est Paris, et pour les régions l'Ile de France, plus polluées .
    - l'espérance de vie la plus grande pour les villes en Espagne est Madrid.

    Tout est compliqué : vaut il mieux mourir plus jeune et moins pollué, que mourir plus tardivement et etre pollué ?

    Dr Jacques Granger

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