Péritonite : le décès d’une sexagénaire aux urgences de Brest interroge

Brest, le vendredi 27 juillet 2018 - Dans la nuit du 12 au 13 juillet, une patiente de 61 ans est décédée aux urgences du CHRU de la Cavale Blanche à Brest, en Bretagne. Sa fille Malgwenn Le Mat interpelle les responsables de ce centre dans une lettre ouverte. Elle y raconte le calvaire de sa mère, Ghislaine, 61 ans, qui a passé une nuit entière à attendre qu'on la prenne en charge malgré des signes de gravité évidents (douleur abdominale intense, vomissements très fréquents, diarrhée et altération de l’état général).

Malgwenn Le Mat dénonce tout d’abord l’attitude de l’infirmier de tri qui « a estimé que ce n'était pas urgent, qu'elle avait sûrement un épisode de constipation » ( !) sans en référer à aucun médecin.

La famille aura finalement dû attendre huit heures pour qu’enfin la patiente soit accompagnée dans un box de consultation et examinée par un interne.

Malgwenn Le Mat rapporte également les faits qu’elle a observés dans le couloir des urgences : « nous avons été témoins impuissants de scènes et de comportements inadmissibles. Je parle ici, du sort d'un homme âgé, arrivé sur un brancard la tête bandée et ensanglantée à cause d’une plaie béante, qui a été amené et laissé pour compte au fond du couloir avec quelques autres personnes, et ce, pendant de longues heures. Je parle aussi de cet autre homme, lui aussi laissé pour compte au fond de ce même couloir qui a convulsé et vomi un liquide blanc, dans l'indifférence la plus totale, jusqu'à ce qu’un proche d'un patient déjà installé en box, ne réagisse, alertant les autres quidams de la salle d'attente, mais aussi qui de droit en prévenant les infirmières d'accueil. J'ai vu cet homme qui me semblait être sans vie, me passer devant, tout comme j'ai vu l'infirmière lui prendre le pouls et faire non de la tête à sa collègue. Un homme est-il mort, dans l'indifférence, ce soir-là ? ».

Silence radio

Vers 6 heures du matin, Malgwenn Le Mat prend connaissance des mauvais résultats de la prise de sang de sa mère. Cette dernière, lui explique-t-on, devra passer un scanner quelques heures plus tard, à 9h30, plus de 12 heures après son arrivée aux urgences. En fin de matinée, la famille Le Mat reçoit les résultats : « ils étaient très mauvais. Ma mère est décédée quelques heures plus tard d'un choc septique résultant d'une péritonite aiguë » après avoir été transférée dans un service de réanimation, dont elle salue l’humanité et le professionnalisme.

Pendant dix jours, la jeune femme de 24 ans explique avoir fait face au silence radio de l'hôpital. Ce n'est qu’après la publication de sa lettre ouverte, qu'elle a reçu un courrier de Philippe El-Saïr, directeur général du CHRU de Brest qui lui présente ses condoléances et l'informe de l'ouverture d'une enquête interne. L’agence régionale santé (ARS) de Bretagne, contactée par l’hebdomadaire Marianne reconnaît, quant à elle, un « incident » dont il faut « identifier les causes ».

La situation est d'autant plus délicate que les urgences de cet hôpital ont déjà fait l’objet de plusieurs signalements similaires…

Frédéric Haroche

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Vos réactions (14)

  • On a déresponsabilisé la fonction infirmière

    Le 27 juillet 2018

    On sera de plus en plus confrontés à ces situations à cause de la dérive à laquelle on assiste depuis des années: on a déresponsabilisé la fonction infirmière qui ne peut plus être qu'une exécutante surtout sans aucune initiative. On arrive à une caricature du métier et surtout une "déqualification" de cette fonction. Je suis IDE depuis 1978, ayant pratiqué dans des services de réa et depuis 1985 IADE: je suis effaré par le pauvre niveau de connaissance en pharmacologie, physiopathologie voire anatomie et surtout l'absence de maitrise de gestes techniques: poser une voie veineuse devient une prouesse ...Il y a eu dans les années 90 une volonté de retirer toute autonomie aux infirmières et de transformer cette fonction en l'exécution pure et simple d'une prescription.

    Toute initiative que prenait régulièrement les infirmières a été interdite. Même la prise de paracetamol doit se faire avec une prescription écrite et attendre la disponibilité d'un prescripteur. Il ne fallait pas attendre 8 heures aux urgences quand il y avait une évidence de trauma pour passer une radio, tout le monde jouait le jeu de la prise en charge de l'infirmière au brancardier en passant par les manips radio et les radios indispensables au diagnostic étaient présentées rapidement à un médecin. Il ne faut surtout plus prendre ce genre d'initiative...En conclusion, on a en effet maintenant des infirmiers tellement relégués à leurs tâches administratives et surtout sans initiatives qui ne sont plus aptes au moindre "diagnostic", ne connaissant plus rien des signes cliniques et de l'anamnèse. Ah c'est vrai le fameux diagnostic ne peut être que médical... On arrive à une situation où pour une panne mécanique, le mécanicien devrait attendre l'avis de l'ingénieur automobile avant tout début de dépannage... C'est bien de cela qu'il s'agit.

    Le triage ne peut être fait que par des gens qualifiés, expérimentés et surtout préparés pour cela, les diplômes n'en sont pas la garantie. Cette phrase est valable à tous les niveaux: médecins, internes, infirmiers et régulateurs.

    Pascal Rod
    IDE, IADE 40 ans d'expérience

  • Le leit motiv du manque de personnel !

    Le 29 juillet 2018

    C'est le corps infirmier, en particulier les cadres, qui ont exigé des prescriptions écrites pour couvrir les infirmieres qui en ont profité pour ne prendre aucune inititive c'était plus reposant d'attendre un médecin ! Alors que ce même corps exige des protocoles...
    La derive est installée et le désordre institutionalisé, les 35 h n ayant rien arrangé, médecins et corps infirmiers se reposent de se reposer. Un vrai scandale hospitalier que j'ai subi, sans compter la multiplication des administratifs par 3, alors que les restructurations sans fin et le recrutement de remplaçants hors de prix ont délibérement diminué l'activité des hôpitaux. Sauf que les malades non gérés par la ville qui ne se déplace plus, eux augmentent sans que le tri entre bobologie et gravité ne soit à la portée du personnel desintéressé de l'examen préclinique et obsédé par la paperasse ! Du vrai management voilà ce qui manque et pas le leit motiv du manque de personnel !


    Dr Marie Bredon

  • Poids de l'expérience

    Le 29 juillet 2018

    Beaucoup de vérités, dans votre analyse.
    Un IDE de 40 ans d'expérience en sait beaucoup plus qu'un jeune interne.

    Dr Jackie Durand (Ancien Interne à l'écoute des infirmières et infirmiers)

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