Polluants environnementaux : quels effets sur le testicule fœtal ?

Le développement de l’appareil génital masculin et son fonctionnement peuvent être altérés durant la vie intra-utérine. Ces perturbations, regroupées sous le terme de syndrome de dysgénésie testiculaire, sont des malformations identifiables à la naissance telles que la cryptorchidie et l’hypospadias, ou des pathologies survenant à l’âge adulte, telles que l’infertilité et le cancer du testicule.

On a montré chez le rat que le syndrome de dysgénésie testiculaire se développait sous l’effet d’une réduction de la production des androgènes ou de la survenue d’un évènement perturbant durant la période spécifique qu’est la fenêtre de programmation de la masculinisation.

L’augmentation de l’incidence des pathologies liées au syndrome de dysgénésie testiculaire, durant ces dernières décennies, a conduit à mettre en avant le rôle de facteurs environnementaux.

L’homme n’est pas un rongeur

La majorité des études expérimentales ont été faites chez les rongeurs et avec des doses d’exposition parfois sans commune mesure avec celles auxquelles sont exposés les humains. Ces études ont apporté un grand nombre d’informations importantes, montrant le potentiel que de nombreux produits ont sur le développement de l’appareil génital masculin. Mais, il y a des différences importantes dans le développement du testicule fœtal du rat et celui de l’homme, tant en ce qui concerne le développement des cellules germinales que la stéroïdogénèse.

Des études épidémiologiques ont mis en évidence des liens entre l’exposition prénatale à certains facteurs environnementaux et des troubles de la fertilité humaine.

Mais bien que l’épidémiologie humaine et l'expérimentation animale apportent de nombreuses informations, il persiste des zones d’ombre dans la compréhension du lien physiopathologique entre l’exposition aux polluants environnementaux et le syndrome de dysgénésie testiculaire.

Le développement de modèles expérimentaux utilisant des cellules humaines (culture in vitro) ou des tissus humains (xénogreffes), soumis à des polluants aux doses équivalentes à celles de l’exposition humaine, pourrait permettre de relier les données expérimentales et épidémiologiques.

Une revue systématique des études expérimentales menées sur des cellules et des tissus foetaux humains, publiées entre 2007 et 2018, a permis de colliger les données de 25 d’entre elles et de les comparer à celles de méta-analyses récentes issues de 44 études épidémiologiques.

Effets des polluants chimiques environnementaux

Les phtalates

Chez le rat, l’exposition aux phtalates (DBP/DEHP) a provoqué, de manière constante, une réduction de la production fœtale de testostérone et une augmentation de la fréquence du syndrome de dysgénésie testiculaire.
Les études épidémiologiques n’ont retrouvé qu’une association inconstante entre l’exposition des mères et la production de testostérone fœtale ; aucune n’a montré de lien entre l’exposition aux phtalates et la cryptorchidie ou l’hypospadias.
Les études expérimentales faites sur des cellules et des tissus testiculaires foetaux humains n’ont montré aucun effet des phtalates.
En ce qui concerne les cellules germinales, les études faites tant chez le rat que chez l’homme ont montré que les phtalates diminuaient le nombre des gonocytes et augmentait celui des gonocytes multinucléées.

Les bisphénols

Les études chez l’animal ont montré des effets discordants du BPA sur le développement des cellules germinales et la production de testostérone.
De même, les études épidémiologiques n’ont pas retrouvé de lien constant entre le BPA et les indicateurs d’une diminution de la testostérone fœtale que sont la cryptorchidie et l’hypospadias.
Parmi les études expérimentales faites sur les cellules et les tissus testiculaires fœtaux humains, les cultures cellulaires ont montré le potentiel qu’a le BPA de réduire la production de testostérone, mais les études sur tissus n’ont pas retrouvé d’effet similaire.
Une seule petite étude a montré un effet du BPA sur les cellules germinales.
Ces données restent à confirmer.

Les pesticides et les fongicides

La preuve de l’impact de plusieurs pesticides n’a été rapportée que dans un nombre limité d’études expérimentales sur des tissus testiculaires fœtaux humains. La majorité des agents étudiés jusqu’ici ont montré une réduction de la production de testostérone après des cultures cellulaires de courte durée. Cependant, les équivalences entre les concentrations utilisées pour chacun des produits et les niveaux de l’exposition humaine restent à préciser.
La possibilité de corréler les résultats des études épidémiologiques et des études expérimentales est gênée par la diversité des produits étudiés.
Pour le chlordécone, comme pour un certain nombre d’autres pesticides, une étude a montré une diminution dose-dépendante de la production de testostérone, jusqu’à 50 % pour les doses les plus élevées. En ce qui concerne le glyphosate, il n’y avait pas de diminution nette de la production de testostérone.

Effets des médicaments

Les antalgiques

L’exposition aux antalgiques est associée à des anomalies de la fonction testiculaire et du développement reproductif masculin dans de nombreuses études, qu’il s’agisse d’études épidémiologiques ou d’études expérimentales sur tissus animaux ou humains.
Il y a de plus en plus de preuves, avec les études sur tissus humains, que le paracétamol et l’ibuprofène peuvent diminuer le nombre des cellules germinales tant dans le testicule humain que dans l’ovaire.
Néanmoins, même si cet effet semble indiscutable, aucune exploration n’a été menée afin de savoir si la fonction reproductrice et fertilité ultérieures étaient altérées. Peut-être existe-t-il des phénomènes de compensation ?

Le diéthylstilbestrol (DES)

Alors que les études sur les rongeurs avaient montré un effet négatif profond de l’exposition au DES sur la production de testostérone par le testicule fœtal, les études expérimentales faites sur le tissus fœtal humain n’ont pas montré d’effet semblable.
Les études épidémiologiques montrent que l’effet de l’exposition au DES sur le développement reproductif masculin est probablement de faible amplitude, contrairement à ce qui avait été dit initialement. Le DES ne doit pas être (et n’est plus) utilisé chez la femme enceinte, mais ces données peuvent être rassurantes vis à vis d’une exposition de faible niveau à d’autres produits possédant une activité œstrogénique.

Les études de l’impact des polluants environnementaux ou des médicaments sur le développement testiculaire fœtal des animaux sont nombreuses, mais parfois trompeuses. La confrontation de leurs résultats avec ceux des études faites sur des tissus fœtaux humains confirme qu’il existe des différences trop importantes entre le fonctionnement testiculaire fœtal humain et celui d’autres espèces pour extrapoler les résultats obtenus chez l’animal à l’homme.

Dr Catherine Vicariot

Référence
Kilcoyne KR et Mitchell RT. : Effect of environmental and pharmaceutical exposures on fetal testis development and function: a systematic review of human experimental data. Human Reproduction Update, 2019 ; 25 : 397-421,.

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Vos réactions (1)

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    Le 12 septembre 2019

    Vous avez raison: il faut attendre qu'il y ait d'avantage de preuves, absolument irréfutables à 100% pour commencer à réagir. Nous ne sommes pas des rats!
    En attendant, laissons la jeune génération à petit "zizi" (ils sont de plus en plus petits chez les nourrissons, vous avez remarqué?) se consoler de la disparition de leur libido en s'immergeant dans la 3D de la 5G tandis que les adolescentes à gros "nénés" se consoleront avec des sextoys (un marché en pleine expansion).
    Nous vivons une époque formidable.

    Dr Jean-Jacques Perret

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