Portables et gliomes, pas de preuve démographique

L'inquiétude du public demeure quant à un effet possible des champs électromagnétiques de radiofréquence du téléphone mobile sur le risque de cancer, particulièrement de gliome. Seules deux grandes études de cohorte ont évalué l'association entre l'utilisation du téléphone mobile et le risque de tumeur cérébrale, et aucun accroissement de risque n'a été constaté. Cependant, quelques études cas-témoins ont rapporté une association entre l’utilisation du portable et le gliome. Les données des registres du cancer offrent d'excellentes opportunités d’analyse des taux d'incidence des tumeurs et de leur modification avec le temps. Dans les pays nordiques, une légère augmentation séculaire des gliomes, débutant avant l'ère du téléphone mobile a été décrite. Cependant, les tendances d'incidence des gliomes n'ont pas jusqu’à présent montré d’augmentation parallèle à la prévalence croissante de l'utilisation du mobile depuis les années 90, particulièrement chez les hommes d’âge moyen. Ainsi, des chercheurs du CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) et scandinaves ont exploré la plausibilité du risque de tumeurs cérébrales liées à l'utilisation du téléphone portable signalé dans certaines études cas-témoins.

Plusieurs scénarios explorés

Les tendances temporelles d’incidence du gliome au Danemark, en Finlande, en Norvège et en Suède chez les hommes âgés de 40 à 69 ans ont été analysées, à l'aide des données des registres nationaux du cancer et des statistiques démographiques de 1979 à 2016. Les informations sur l'utilisation régulière du téléphone mobile et la durée des appels ont été obtenues à partir d'études majeures sur la téléphonie mobile dans ces pays. L'incidence annuelle observée a été comparée avec celle attendue dans divers scénarios de risque, à partir de 6 études cas-témoins, pour déterminer quelles tailles d'effet rapportées sont compatibles avec l'incidence observée. Les nombres attendus de cas ont été calculés en tenant compte de l'impact d'autres facteurs que l'utilisation du téléphone mobile, tels que l'amélioration de l'enregistrement du cancer.

Sur la base de 18 232 cas de gliomes diagnostiqués entre 1979 et 2016, l'incidence a augmenté légèrement mais régulièrement avec une variation de 0,1 % (intervalle de confiance à 95 % IC à 95 % 0,0 % - 0,3 %) / an chez les hommes de 40 à 59 ans et de 0,6 % (IC à 95 % 0,4 - 0,9) / an entre 60 et 69 ans pour atteindre chez les sexagénaires 18,4 / 100 000 personnes / an. Les tendances d’incidences observées chez les hommes âgés de 40 à 59 ans étaient incompatibles avec des risques relatifs (RR) de 1,08 ou plus avec une latence de 10 ans, un RR ≥ 1,2 avec une latence de 15 ans et un RR ≥ 1,5 avec une latence de 20 ans. Pour le groupe d'âge de 60 à 69 ans, les tailles d'effet correspondantes RR ≥ 1,4, ≥ 2 et ≥ 2,5 pourraient être rejetées pour les temps de latence de 10, 15 et 20 ans.

Malgré certaines limites, comme la possibilité d’un modèle d’effet plus complexe que les scénarios appliqués, les auteurs soulignent que l'absence d'impact observable sur les taux d'incidence des gliomes fournit des preuves contre toute contribution significative de l'utilisation du téléphone mobile au risque de gliome. Ainsi, les tendances d'incidence des gliomes chez les hommes entre 40 et 59 ans ne sont pas compatibles avec des risques accrus de taille d'effet modérée (RR > 1,2 à 1,4) en supposant une latence allant jusqu'à 20 ans. Les risques accrus signalés dans certaines études cas-témoins sont probablement attribuables à des biais et des erreurs dans l'auto déclaration de l’utilisation du téléphone mobile. Ces résultats sont cohérents avec les résultats d'études de cohorte prospectives ne montrant pas d’association entre l'utilisation du téléphone mobile et le risque de gliome.

Dr Isabelle Méresse

Référence
Deltour I et coll. : Time trends in mobile phone use and glioma incidence among males in the Nordic Countries, 1979-2016. Environ Int. 2022;168:107487. doi: 10.1016/j.envint.2022.107487.

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  • Portables et gliomes

    Le 22 septembre 2022

    "L’agence Santé Publique France, avec les registres des cancers Francim, des Hospices Civils de Lyon et de l’Institut National du Cancer a publié en juillet 2019 (mise à jour en septembre 2019) les estimations nationales de l’incidence et de la mortalité par cancer en France métropolitaine entre 1990 et 2018. Celles-ci reposent sur la modélisation des données d’incidence observées (nouveaux cas) jusqu’en 2015 par les registres de cancers, complétées par des projections jusqu’en 2018.
    Le volume 1 du rapport est consacré aux tumeurs solides (27 tumeurs et 22 sous-types). Entre 1990 et 2018, le taux d’incidence global des tumeurs solides reste relativement stable chez l’homme et continue d’augmenter chez la femme. Dans le même temps, le nombre annuel de nouveaux cas de glioblastomes avec confirmation histologique (un des types de cancer du cerveau les plus agressifs) a été multiplié par quatre et plus pour les deux sexes."
    1990 correspond à l'arrive des téléphones DECT qui émettent le même type d'ondes EM que les téléphones portables actuels sans parler de la base qui émet en permanence.
    Les études cas-témoins sont devenues impossibles : qui actuellement n'est pas exposé aux OEM ?

    Dr J-J. Perret

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