Quand les prématurés deviennent adultes

Quel est l’état de santé des prématurés parvenus à l’âge adulte ? On sait que certaines pathologies, comme le syndrome métabolique, l’asthme et les troubles neuropsychiatriques, sont plus fréquentes chez eux. Des chercheurs suédois ont abordé la question d’un point de vue opposé : ils ont voulu déterminer quelle proportion de prématurés vivaient « en bonne santé » à l’âge adulte.

Dans la cohorte des naissances 1973-1997 de la Suède, 5,8 % des naissances (149 000/2 570 000) sont survenues prématurément (avant < 37 sem.), dont 0,2 % de 22 à 27 sem., 1,3 % de 28 à 33 sem., et 4,3 % de 34 à 36 sem.

En 2015, à un âge allant de 18 à 43 ans (moyenne : 30 ± 7 ans), le taux de survie de l’ensemble des prématurés de la cohorte est de 94 % (140 000 / 149 000). Il est passé de 91 % pour l’année 1973 à 95,7 % pour l’année 1997, l’augmentation étant spectaculaire chez les 22-27 sem. (de 30 % à 62,5 %).

Les comorbidités listées dans les index AYA HOPE et de Charlson - axés sur les maladies chroniques - ont été recherchées chez tous les membres de la cohorte toujours vivants en 2015, en consultant des registres hospitaliers (hospitalisations et consultations externes) et pharmaceutiques.

En 2015, le taux de survie sans comorbidités majeures de l’ensemble des prématurés de la cohorte s’élève à 55% après exclusion des maladies listées dans l’index AYA HOPE, et à 73 % après exclusion des maladies listées dans l’index de Charlson. La différence de pourcentage s’explique par le fait que le premier index est plus détaillé que le second index. L’index AYA HOPE cite nommément plusieurs affections associées à la prématurité, telles que l’asthme, l’hypertension artérielle, le diabète sucré, les maladies rénales, les troubles mentaux, la paralysie cérébrale et l’épilepsie.

Plus de la moitié en bonne santé

Ainsi, plus de la moitié des prématurés nés en Suède, de 1973 à 1997, est toujours vivante à 18-43 ans et indemne des maladies chroniques de l’index AYA HOPE (score de « 0 » à l’AYA HOPE). Le taux est inférieur à celui des enfants nés à terme. Il est plus élevé quand le suivi est arrêté à l’âge de 18 ans au lieu de l’année 2015, ce qui indique une dégradation de l’état de santé après 18 ans. Il dépend du degré de prématurité, avec un accroissement de 2 % par semaine d’âge gestationnel en plus, mais pas de la décennie de naissance.

Taux de survie sans comorbidités majeures (index AYA HOPE)
Age au décompte Enfants nés à 39-41 sem.   Prématurés (< 37 sem.)   22-27 sem. 28-33 sem. 34-36 sem.
18 ans   86 %
77 %
31 % 68 % 81 %
18 à 43 ans
  63 % 55 %
22 %
48,5 % 58 %

Par rapport aux enfants nés à 39-41 sem., la probabilité de survie sans comorbidités majeures à la fin du suivi (en 2015), évaluée par des régressions de Poisson, est inférieure de 14 % chez l’ensemble des prématurés, et de 65 % chez les très grands prématurés (Risques Relatifs ajustés : 0,86 à < 37 sem. ; 0,35 à 22-27 sem. ; 0,76 à 28-33 sem. ; 0,91 à 34-36 sem ; p < 0,001 pour tous les RR).

L’asthme est la plus fréquente des maladies chroniques que présentent les anciens prématurés, avec une prévalence de 15 %. L’association entre prématurité et maladies semble renforcée par le sexe masculin mais pas par des facteurs intrafamiliaux - génétiques ou environnementaux -.

Les anciens prématurés ont fait plus rarement des études prolongées (> 12 ans) que leurs pairs nés à terme ; ils ont moins fréquemment un emploi et des revenus supérieurs à la médiane de la cohorte.

En conclusion, plus de la moitié des prématurés nés de 1973 à 1997 en Suède ne présentent pas de comorbidités majeures à l’âge adulte. Pour les auteurs, ce pourcentage relativement élevé de survies « en bonne santé » reflète non seulement les progrès des soins au cours des 50 dernières années, mais aussi la résilience des prématurés survivants pour se maintenir en bonne santé. Toutefois, le résultat est moins bon chez les très grands prématurés.

Une des limitations de l’étude est de s’arrêter à l’âge de 43 ans au maximum. Une approche de la santé sur la durée de la vie, une des grandes priorités de l’OMS, sera essentielle pour surveiller et promouvoir la santé des prématurés survivants tout au long de leur vie.

Dr Jean-Marc Retbi

Référence
Crump C et coll. : Prevalence of survival without major comorbidities among adults born prematurely. JAMA 2019 ; 322 : 1 580-1 588

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Vos réactions (1)

  • Influence sur la mère ?

    Le 12 novembre 2019

    Personne ne songe à rechercher l'influence de la prématurité sur le psychisme maternel et celui du milieu... ni le contraire !
    Si le versant cognitif maternel et de l'entourage favorise la prématurité, la prématurité facilitera les déviances notamment sur le plan hygiéno-diététique et comportemental pendant l'enfance et l'adolescence.

    Les technocrates réfléchissent comme des machines, ils sont des machines.

    Intelligence artificielle ? Connerie naturelle.

    Dr MA

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