Récidives et chronicité de l’eczéma : les TRM à la manœuvre

Paris, le samedi 17 août 2019 - Pourquoi l’eczéma de contact allergique réapparait-il sur les sites de lésions antérieures ? Une équipe de recherche associant le CNRS, l’Inserm, l’Université Claude Bernard Lyon 1 et l’Ecole normale supérieure de Lyon s’est intéressée, chez la souris, à la contribution des lymphocytes T mémoires résidents à la sévérité et à la chronicité de l’eczéma de contact. Ces travaux viennent d’être publiés dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology. Marc Vocanson, chercheur Inserm responsable de l’équipe Immunologie de l’allergie cutanée et vaccination (Unité 1111 / UMR 5308 Centre international de recherche en infectiologie, CIRI) revient pour nous sur les découvertes de son équipe.

JIM.fr : Votre équipe de recherche s’est intéressée à la contribution des lymphocytes T mémoires résidents (TRM) à la sévérité et à la chronicité de l’eczéma de contact chez la souris. Expliquez-nous.

Marc Vocanson : L’objectif principal était de mieux comprendre pourquoi les eczémas, à l’instar d’autres pathologies inflammatoires, reviennent sur les sites de lésions antérieurs, et souvent, de façon plus sévère. Nous savions que, dans le cas de certaines allergies médicamenteuses comme l’érythème pigmenté fixe, la pathologie peut revenir aux mêmes endroits, jusqu’à plusieurs années après, grâce à une mémoire locale. Et bien, dans le cadre des pathologies inflammatoires, comme l’eczéma de contact, nous avons mis en évidence que c’était le même phénomène. Nous avons ainsi caractérisé la nature de cette mémoire locale. Nous avons constaté que les allergènes chimiques que nous avions utilisés persistaient dans l’épiderme pendant plus d’un mois après l’exposition, une période bien supérieure à celle estimée jusqu’à présent. Cette persistance favorise ainsi l’établissement et la prolifération des lymphocytes T mémoires résidents (TRM) dans les sites de lésions antérieures jusqu’à une année voire plus. Ils sont ensuite à l’origine de l’apparition d’eczémas dès que l’allergène entre à nouveau en contact avec la lésion eczémateuse et ce, même si elle semble guérie.

JIM.fr : Vous avez également observé que la réactivation des TRM responsables des plaques d’eczéma était soumise à un mécanisme de rétrocontrôle. Quel est-il ?

Marc Vocanson : L’expression des récepteurs inhibiteurs portés par les TRM eux-mêmes a été décrite ces deux dernières années. En revanche, il n’avait pas été mis en évidence que ces récepteurs inhibiteurs jouaient un rôle clé pour limiter le rôle des TRM. C’est d’autant plus important que, dans le cas des pathologies inflammatoires, les TRM sont pathogéniques. Ce mécanisme de rétrocontrôle, présent à leur surface, va ainsi éviter le développement de réponses chroniques ou immunopathologiques lors d’une réexposition à une faible dose d’allergènes. Les individus qui ont tendance à développer des eczémas chroniques pourraient ainsi présenter un défaut de ce mécanisme de rétrocontrôle.

JIM.fr : La dermite de contact allergique concernerait 15 à 20% de la population d’un pays industrialisé. Quelles sont les perspectives de traitement ouvertes par vos travaux ?

Marc Vocanson : Nous souhaiterions développer des stratégies thérapeutiques ciblant les récepteurs inhibiteurs des TRM. En les stimulant, cela permettrait justement d’empêcher la réactivation des cellules lorsqu’un individu est à nouveau exposé à un allergène. Aujourd’hui, nous avons non seulement observé la persistance des TRM sur les lésions antérieures des tissus chez la souris mais aussi chez l’homme. La prochaine étape est de valider des stratégies thérapeutiques ciblant les TRM dans les modèles pré-cliniques. Ensuite, nous pourrons passer en preuve de concept chez l’homme d’ici une à deux années.

Propos recueillis par Alexandra Verbecq

Références
The Journal of Allergy and Clinical Immunology :
https://www.jacionline.org/article/S0091-6749(19)30015-6/fulltext

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Vos réactions (2)

  • Lymphocytes souvenirs et eczéma récurrent

    Le 17 août 2019

    Quelqu'un pourrait-il me traduire les deux dernières phrases? Merci.

    Dr JF Warlin

  • Réponses

    Le 18 août 2019

    Lymphocytes souvenirs = lymphocytes T à mémoire qui gardent dans leurs "fichiers numériques" l'identité de l’antigène ou allergène. Eczéma récurrent= allergie cutanée récidivante. J'ai en mémoire le souvenir d'un cas d’eczéma atopique de la main secondaire à un dissolvant, traité par dermocorticoides,très prurigineux, récidivant un an après réintroduction du cosmétique riche en paraben.

    Dr Atika Mrabet

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