Retard au diagnostic d’appendicite aux États-Unis : cela dépend de qui vous êtes

Les retards dans le diagnostic et le traitement des affections chirurgicales sont associés à une augmentation des coûts et à de moins bons résultats pour les patients. Aux États-Unis, il existe des disparités ethniques dans l’accès au diagnostic, le traitement et l’évolution de l'appendicite aiguë. Une étude multicentrique menée par Goyal et al. avait montré que les enfants afro-américains atteints d'appendicite étaient plus susceptibles d'avoir un diagnostic retardé ou manqué, moins susceptibles de bénéficier d’une imagerie, et plus susceptibles de présenter une appendicite perforée par rapport aux enfants blancs non-hispaniques. Qu’en est-il chez les adultes ? Question à laquelle s’intéresse cette étude dont l’objectif était d'évaluer si l'origine ethnique des patients est associée à un taux plus élevé de retard de diagnostic de l'appendicite, à une probabilité accrue d'hospitalisation à 30 jours et à une longue durée d’hospitalisation après l'appendicectomie. L’hypothèse des auteurs était que les patients noirs non hispaniques auraient plus de risque de retard diagnostique que les patients blancs non-hispaniques et des taux plus élevés de recours à l'hôpital dans les 30 jours, même après ajustement au retard de diagnostic et aux variables relatives au patient et à l'hôpital.

Une étude rétrospective basée sur la population

Cette étude de cohorte rétrospective basée sur la population a utilisé les données des bases de données du Healthcare Cost and Utilization Project de patients âgés de 18 à 64 ans hospitalisés ou de passage aux urgences de quatre États (Floride, Maryland, New York et Wisconsin), pour lesquels une appendicectomie a été effectuée entre le 7 janvier 2016 et le 1er décembre 2017. Un diagnostic tardif de l'appendicite a été défini comme une consultation initiale aux urgences avec un diagnostic abdominal autre, suivie d'une nouvelle consultation dans la semaine pour une appendicectomie. Un modèle de régression de Poisson multivariable à effets mixtes a été utilisé pour estimer l'association entre le retard de diagnostic de l'appendicite et l'origine ethnique, tout en contrôlant les variables relatives au patient et à l'hôpital. Un second modèle de régression de Poisson multivariable à effets mixtes a quantifié l'association entre le retard de diagnostic de l'appendicite et l'hospitalisation au cours des 30 jours suivants.

Des disparités confirmées

Parmi les 80 312 patients ayant subi une appendicectomie pendant la période de l'étude (âge médian 38 ans [IQR 27-50 ans] ; femmes 50,8 %), 2 013 (2,5 %) ont eu un retard de diagnostic. Dans l'ensemble de la cohorte 2,9 % des patients étaient asiatiques ou insulaires du Pacifique, 18,8 % hispaniques, 10,9 % noirs non-hispaniques, 60,8 % blancs non hispaniques et 6,6 % étaient d’une autre origine ethnique ; la plupart étaient assurés par le secteur privé (60,2 %). Les patients noirs non-hispaniques présentaient un taux ajusté de retard de diagnostic 1,41 (IC 95 % 1,21-1,63) fois plus élevé que les patients blancs non-hispaniques.

Les autres facteurs associés au retard de diagnostic étaient le sexe féminin, des niveaux plus élevés de comorbidité chez le patient et le fait de vivre dans une zone à faibles revenus. Le retard de diagnostic a été associé à une augmentation de 1,38 (IC 95 % 1,36-1,61) du taux ajusté d'hospitalisation post-opératoire dans les 30 jours.

Les patients des hôpitaux comptant plus de 50 % de population noire ou hispanique avaient un taux ajusté réduit de retard de diagnostic d'appendicite de 0,73 (IC 95 % 0,59-0,91) par rapport à celui des hôpitaux comptant moins de 25 % de population noire ou hispanique. Inversement, les patients se présentant dans des hôpitaux comptant plus de 50 % de patients Medicaid (assurance maladie pour les personnes à faible ressource) avaient un risque de retard de diagnostic 3,51 (IC 95 % 1,69-7,28) fois supérieur comparé aux hôpitaux comptant moins de 10 % de patients Medicaid.

Cette différence s'est atténuée lorsque les patients noirs étaient pris en charge dans des hôpitaux dont la population est plus diversifiée. Il existe donc également un facteur hospitalier dans ces retards de diagnostic. Cependant, il est important de noter que les résultats étaient moins bons chez les patients noirs non-hispaniques, même lorsque le diagnostic n'était pas retardé.

Il existe donc, dans cette étude de cohorte, des disparités dans le diagnostic et le traitement en temps voulu des affections chirurgicales, liés à des facteurs ethniques, mais également à des facteurs hospitaliers.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Reyes AM, Royan R, Feinglass J et al. Patient and Hospital Characteristics Associated With Delayed Diagnosis of Appendicitis. JAMA Surg. 2023 Mar 1;158(3):e227055. doi: 10.1001/jamasurg.2022.7055. Epub 2023 Mar 8. PMID: 36652227; PMCID: PMC9857818.

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Vos réactions (1)

  • Le rêve américain !

    Le 29 mars 2023

    L'art d'enfoncer des portes ouvertes !
    "Selon que vous serez puissant ou misérable...". On le sait depuis des siècles (et chez nous, au moins depuis La Fontaine...)
    Aux USA, mieux vaut être riche que pauvre ? Quelle découverte ! Et quelles belles études statistiques inutiles !
    Quoi d'étonnant à ce que les pauvres gens, qu'ils soient noirs ou hispano, soient très mal soignés, voire abandonnés, dans le dernier des états "occidentaux" qui ne veut pas mettre en place de couverture sociale universelle ?
    C'est ça le plus riche pays du monde, celui qui se veut la norme et le modèle, le gendarme, le donneur de leçons...
    En tout cas, ça permet au moins de se réjouir encore de notre magnifique système français. Souhaitons lui de tenir bon... malgré, hélas, toutes les menaces qui l'assaillent de tous côtés.

    Dr Géraud-Coulon

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