Soins à domicile : la France arrêtée avant le virage

Paris, le mardi 25 janvier 2022 – Depuis le milieu des années 2000, l’ambition affichée des gouvernements successifs pour la prise en charge du grand âge est de privilégier les soins à domicile plutôt qu’en institution. Dans les faits il semble que le « virage » n’ait pas été pris.

Dans un rapport qui vient d’être publié, la Cour des comptes s’est penchée sur cette question en étudiant plus précisément quatre catégories de services : les services de soins infirmiers à domicile (SSIAD), les services polyvalents d'aide et de soins à domicile (SPASAD), les services d'éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD), et les services d'accompagnement médico-social pour adultes handicapés (SAMSAH).

L’institutionnalisation reste la règle

La haute juridiction note « la réalité de l’offre de soins continue (…) d’être marquée par la prégnance de l’accueil en établissement même si la part des services de soins à domicile a progressé, notamment pour les personnes âgées dépendantes et les jeunes handicapés. Cette évolution est le résultat des grands plans nationaux qui ont sensiblement augmenté l’offre, mais dont l’arrivée à échéance entraine un net ralentissement des créations de places au cours des quatre dernières années ». Or, le vieillissement de la population nécessitera la création d’un nombre important de places de soins à domicile, uniquement pour maintenir les taux d’équipement et la part du domicile à leurs niveaux actuels.

Ainsi, plus en détail, la France compte 2 125 structures de soins infirmiers à domicile pouvant s’occuper de 126 600 bénéficiaires potentiels. Soit 20 places pour 1 000 personnes de 75 ans et plus, contre 102 places d’Ehpad pour 1 000.

Or, pour maintenir cette offre, la Cour estime les besoins à 25 000 nouvelles places d’ici à 2030.

En cause, selon les sages de la rue Cambon, outre de trop faibles financements alloués aux soins à domicile, une mauvaise estimation des besoins, et une faible attractivité des métiers.

« A ce jour, il n’existe pas d’analyse des besoins qui permette de planifier une offre ajustée » des soins à domicile note ainsi la Cour.

Une pierre dans le jardin de la Caisse nationale d’assurance-maladie (CNAM), qui n’exploiterait pas correctement les données dont elles disposent qui permettraient de « mesurer les performances de l’accompagnement médico-social » et d’« orienter les prises en charge de manière plus efficiente ».

La Cour pointe également les ARS qui, « faute d’informations nécessaires », ne remplissent pas leur « mission » de coordonner l’offre d’Ehpad, d’hôpitaux et structures de soins à domicile à l’échelle de leur territoire pour construire un « parcours gradué » de prise en charge.

Mise en cause des infirmiers libéraux : est-ce bien raisonnable ?

Plus polémique, la Cour des comptes observe que « Les pouvoirs publics ont fait le choix, en 2009, de contenir le déploiement des SSIAD pour protéger l’exercice libéral » alors que les dépenses de soins infirmiers en ville « sont plus dynamiques que l’évolution de la population âgée et particulièrement concentrée sur certains départements (…). Ces dépenses d’actes infirmiers et de soins recèlent un potentiel d’économies non négligeable ». On retorquera à la Cour : dans l’optique de dynamiser les soins à domicile est-il bien raisonnable d’en exclure l’une des chevilles ouvrières ?

La Cour des comptes suggère également de créer une catégorie spécifique de « SSIAD renforcés » pour offrir une solution alternative à l’USLD ou à l’EHPAD de personnes très dépendantes.

Concernant les soignants, la Cour des comptes propose, au-delà d’hypothétiques revalorisations des rémunérations, de mener une réflexion sur les modes d’organisation du travail et sur une amplification de la promotion interne, qui donneraient des perspectives de carrière à ces professionnels.

Si les constats de la Cour éclairent la pénurie de soins à domicile, on reste circonspect quant aux solutions qu’elle préconise. On doute ainsi qu’une meilleure utilisation des données, la création de SSIAD renforcés, une réorganisation du travail et la limitation de l’activité des infirmiers libéraux (!) soient à même de répondre au changement de paradigme que représente l’arrivée des baby-boomers dans l’âge de la dépendance.

Plus globalement, on ne finit pas de s’étonner que cette question majeure, pour tous les Français, ne soit pas mise en avant dans cette campagne présidentielle.

Emmanuel Haussy

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Vos réactions (3)

  • Vieux con

    Le 26 janvier 2022

    Le vieux est un emmerdeur. Il faut l’isoler chez lui et l’arroser régulièrement comme une plante verte. Il faut aussi doser son albumine pour adapter la dose d’engrai. Si il doit être hospitalisé, il faut être très compassionnel et lui donner de la morphine et du midazolam, ce qui lui permet de participer au grand bon en avant du raccourcissement des durées moyennes de séjour.

    Heureusement, cette plante n’a que des racines superficielles et bien que le Roundup soit interdit, d’autres façons écologiques de l’arracher sont à disposition, dans le cadre des bonnes pratiques euthanasiantes dont vont se rengorger bientôt tous les candidats à la présidentielle dans leur programme en 2 temps 3 mouvements.

    Et en plus, le Covid nous a bien aidé, avec en prime la bonne conscience de pouvoir proposer maintenant les anticorps de GSK aux vieux qui n’en sont pas malades (+ de 80, sans besoin d’O2).
    Tiens, au lieu du cocktail de GSK, j’vais aller trinquer avec un vieux, avec ce meilleur remède qu’est celui de l’abbé Kir.

    Dr Nicolas Rullière

  • Le traquenard du grand age

    Le 26 janvier 2022

    Les soins à domicile ne sont pas cotés en bourse. Si les autorités de santé ne l'ont pas fait, des milliers de familles ont déjà fait les calculs. Il faut se résoudre à placer les parents lorsque les enfants travaillent. Pour s'occuper d'une personne âgée et compte tenu de la loi des 35 heures, une assistance à domicile nécessite entre 3 et 4 employés- a encadrer, bien sur. Urssaf,mutuelles etc...Le domicile étant occupé, on ne peut le louer a titre de ressource..... la spirale des dépenses est enclenchée. Le traquenard du grand age est de la dépendance est un bizness organisé dont les seules échappatoires sont le travail dissimulé ou le décès.

    Dr Isabelle Herry

  • Difficultés pratiques

    Le 26 janvier 2022

    La réalité est que les SSIADS ont peu de moyens (ou ne savent pas les gérer?), qu'ils ont du mal à recruter (pourquoi?), qu'en ce moment c'est l'hécatombe dans le personnel, et que dès que les patients sont lourds et nécessitent des actes techniques infirmiers, ils ont tendance à les refuser car ils doivent payer les soins infirmiers aux infirmiers libéraux qui demandent régulièrement que le cout de ces soins soit externalisé et payé par la CPAM ce qui leur est toujours refusé !

    Sylvie Corsin (IDE)

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