Stop-crève

Madrid, le samedi 26 novembre 2022 - « Il n’y a qu’une façon d’aborder la mort, c’est de la tuer » écrivait François Cavanna dans son livre (et sa rubrique éponyme de Charlie Hebdo) « stop-crève ».

Une poignée de scientifiques ont repris l’antienne de l’écrivain et organisent à intervalles réguliers des colloques consacrés à la « mort de la mort ».

2045 : mort de la mort !


« La médecine du futur ne sera pas curative mais préventive et en 2045 nous aurons tous accès au rajeunissement biologique (pour ne pas dire à l'immortalité) et nous verrons la mort de la mort », affirme ainsi l'ingénieur du M.I.T José Luis Cordeiro, organisateur du sommet TransVision qui se tenait il y a une quinzaine de jours à Madrid.  L’évènement était cette fois-ci consacré à la cryoconservation.

Clou du colloque, la présentation «  d’ambulances de biostase » par la société Tomorrow qui proposerait déjà ce dispositif à ses abonnés. Ces ambulances permettent de « Cryo préserver» le plus rapidement possible les personnes récemment décédées. « Le refroidissement initial commence en plaçant le « patient » dans un mélange d'eau glacée. Le patient reçoit ensuite une série de médicaments qui réduisent la charge métabolique et protègent les tissus et les cellules. Une assistance cardio-pulmonaire est également utilisée pour faire circuler le sang et le patient reçoit de l'oxygène par intubation afin de maintenir le corps dans un état stable. (…)  Après le refroidissement initial, la perfusion de cryoprotecteurs à faible concentration commence par une canulation aortique. La perfusion et le refroidissement continu sont effectués à l'aide d'une machine cœur-poumon. Au fur et à mesure que le patient continue à se refroidir, des concentrations plus fortes de solutions cryoprotectrices sont perfusées jusqu'à ce que la concentration soit suffisamment élevée pour la vitrification. La température finale atteinte pendant la cryopréservation est de -76°C. À ce stade, la perfusion est arrêtée et l'accent est mis sur le maintien de la température. »

L'équipe doit ensuite transporter « le patient » (en réalité un mort !) vers un établissement de cryogénisation dans une « ambulance de biostase » où le cadavre sera maintenu à -76°C.

Un vers ressuscité !


Ramón Risco, un scientifique espagnol de l'université de Séville a lui présenté une méthode qui lui aurait permis de ramener à la vie des vers cryoconservés à -196°, un procédé qui « pourrait être extrapolé à l'homme » estime-t-il (sans doute un peu vite). « Aujourd'hui, nous connaissons les principes scientifiques, ce n'est qu'une question de temps avant que la première personne ne soit ramenée à la vie » affirme-t-il ainsi.

Jordy Xicoy, croquemort de son état, présentait lui un cadre réglementaire permettant aux entreprises funéraires d'appliquer la biostase. Il rappelle, que la crémation était interdite sous Franco et qu’elle est aujourd'hui la méthode la plus couramment appliquée en Espagne. Allant dans ce sens, l'avocat catalan Jordi Salinas a expliqué qu'il avait présenté une initiative allant dans le même sens à l'Union européenne.

Laissons pour finir la parole à Cavanna : « Il faut exiger une mobilisation totale de l’humanité pour la prolongation de la vie (…) édifier des laboratoires, déclarer la guerre à la mort ».

PS : L’appel de François Cavanna a été infructueux. Il est mort à 90 ans le 29 janvier 2014.

F.H.

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Vos réactions (4)

  • To be or not to be...

    Le 29 novembre 2022

    Qui donc veut un tel traitement ? La vieillesse est un naufrage et cela rend la mort acceptable et même parfois souhaitable pour beaucoup de personnes. Avant même de vieillir, beaucoup de pays ont des régimes politiques insupportables, les privations de liberté, la guerre, l'immense pauvreté la bêtise et l'égoïsme insondable des gouvernants rendent la vie pénible à la plupart des humains.
    Notre environnement se dégrade et ce phénomène s' accélère. En France on a cuit de façon très désagréable (voire insupportable et dangereuse) de juin a fin août. Toutes les conditions de vie : climat, nature, sécheresse, qualité de l air, de la terre et de l'eau, surpopulation, maltraitance des humbles concourent à rendre notre vie pénible avant même la vieillesse. Vivre à perpétuité, non merci, ça devient pire que la sentence de mort dans les conditions actuelles selon mon opinion. Ce groupe de chercheurs est vraiment bête, court-termiste et même pas drôle, et/ou d'une cupidité sans borne. Encore faudra-t'il que des gogos payent pour leur fantaisie réfrigérante. Au lieu de rendre la mort plus vivante, pourquoi ne rendraient-ils pas la vie plus belle ?
    La mort, c'est... une nouveauté, et comme disait mon grand-père "changement d'herbage réjouit les veaux".

    Dr I Herry

  • Maladie héréditaire

    Le 29 novembre 2022

    La mort est une maladie héréditaire, transmissible que l’on contracte de manière irrémédiable à la naissance. Je ne me rappelle plus le nom de l’auteur de cette phrase mais force est de reconnaître qu’il a raison.

    Dr H Favoriti

  • Etudes statistiques indiscutables

    Le 30 novembre 2022

    Malgré les soi-disant progrès de la médecine, c'est toujours un décès par personne.

    Maignan, pharmacien.

  • Mort, guerre et vice-versa

    Le 01 décembre 2022

    Une autre version, aussi sotte, aussi rigolote, serait " Il faudrait déclarer la mort de la guerre ".
    Bref, yaka...

    Dr C Kariger

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