Sur les traces de Jacques Toubon

Paris, le samedi 21 novembre 2020 - Ce fut une surprise pour certains qui n’avaient pas hésité à railler ses idées passées, voire qui lui avait été sans nuance hostile : mais son départ a suscité des regrets sincères. Il faut dire que l’intéressé reconnaissait lui-même combien le poste l’avait révélé, combien il avait été non pas seulement la conclusion de sa carrière, mais son apogée. Avec Jacques Toubon, les gouvernements ont en effet découvert que le Défenseur des Droits qui aurait pu être considéré comme une simple institution alibi n’hésitait pas en réalité à épingler sans relâche les écarts, les dangers, les dérives de nos pouvoirs publics.

Priorité pas seulement au sanitaire

La déception de voir Jacques Toubon quitter ce poste a quelque peu éclipsé la personnalité de son successeur : Claire Hédon. Pourtant, bien que très différent de celui du ministre de la Justice, le parcours de cette ancienne journaliste suggère qu’elle pourrait partager avec son prédécesseur la même liberté de ton et la même volonté de porter la voix de ceux que menacent les machines administratives, la société moderne et les apparentes bonnes intentions. Le Défenseur des Droits ne peut en effet se contenter d’apporter son soutien aux victimes d’injustice manifeste. Il est bien plus certainement essentiel pour déjouer les pièges des arguments de légalité qui cachent des absurdités et il doit surtout mettre en garde face aux intentions cachées et aux risques sous-estimés. C’est ainsi par exemple que Claire Hédon n’a pas hésité à s’exprimer il y a quelques semaines sur les mesures mises en œuvre pour répondre à la crise sanitaire en s’inquiétant de l’absence de véritable dialogue démocratique. Cette ancienne chroniqueuse judiciaire au Canard enchainé qui a animé pendant treize ans sur RFI l’émission « Priorité santé » a conduit des dizaines de débat mettant en jeu les équilibres complexes entre santé, politique et liberté ; aussi exerce-t-elle sur la crise actuelle un regard où la nuance et la réflexion priment sur la tentation de l’autoritarisme sanitaire.

Cohérence

Par ailleurs, face à cette crise, Claire Hédon qui a été à partir de 2015 présidente de l’association ADT-Quart-Monde juge nécessairement que la question de la progression de la précarité est centrale. Sa rencontre avec les bénévoles d’ADT-Quart-Monde à l’occasion d’un reportage à Bangkok en 1993 a en effet été déterminante dans sa vie et l’a immédiatement poussé à s’engager. « La question de l’accès aux droits, les injustices à l’égard des plus pauvres, tout cela m’a tout de suite interpellée » raconte-t-elle. L’obsession est demeurée intacte au fil des ans, comme quand en 2019, elle commente le nombre de SDF en France : « Ces chiffres renvoient à une société qui ne tourne pas rond ». Aussi, pour celle dont la vie a été nourrie par de très nombreux voyages, dès l’enfance quand elle suivait son père miliaire d’affectation en affectation puis comme journaliste et humanitaire, voyages qui lui ont permis de mesurer ce qui rassemble plus que ce qui divise les humanités, sa mission comme Défenseur des Droits doit s’employer à protéger ce qui fait sens dans notre société.

Léa Crébat

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Vos réactions (1)

  • Protecteur des droits, vraiment ?

    Le 21 novembre 2020

    On a confié la défense de « nos droit » à quelqu’un qui ne les connaît pas et semble s’en moquer, prêt qu’il est à agir pour le renversement de la charge de la preuve en matière pénale, et l’abandon de la présomption d’innocence.
    Parce que c’est bien ce qu’affirme son texte : "En cas de harcèlement sexuel, c’est à l'auteur des faits de démontrer devant la justice qu’il n’y a pas eu harcèlement."

    Dr Alexandre Krivitzky

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