Transfert placentaire d’anticorps contre le SARS-CoV-2 : vaccination versus infection

Les femmes enceintes sont à risque accru de Covid-19 sévère, risque majoré pour la mère et pour le nouveau-né. Les Centers for Disease Controls and Prevention ont de ce fait émis dès septembre 2021 une recommandation visant à vacciner contre le SARS-CoV-2 les femmes enceintes quel que soit le terme de la grossesse. Afin de préciser la date idéale de vaccination et le moment où le transfert placentaire d’anticorps (Ac) est maximum, une étude de cohorte a été menée.

Une grande cohorte d’échantillons de sérum


Elle a été conduite dans un hôpital de Philadelphie auprès de femmes (et leur nouveau-né) ayant accouché entre le 9 Août 2020 et le 25 Avril 2021. Des données cliniques et démographiques ont été recueillies et les femmes systématiquement dépistées par test PCR à l’admission pour l’accouchement (et avant si nécessaire), tout comme les enfants à la naissance. Le dosage des Ac (IgG et IgM) dirigés contre la protéine de pointe S du virus a été effectué de façon itérative en cours de grossesse et à l’accouchement dans le sang du cordon. Un taux d’Ac sériques > 0,48 U/mL était considéré comme positif. Trois situations maternelles ont été analysées : infection Covid-19 symptomatique (symptômes + test PCR positif), infection asymptomatique (absence de symptôme et de vaccination + Ac positifs) et celle d’une vaccination, avec ou sans infection. Le taux de transfert plasmatique était défini comme le rapport : IgG du nouveau-né/IgG maternelle.

Des femmes avec des IgG anti-SARS-CoV-2 à l’accouchement


L’âge médian à l’accouchement était de 31 [EIQ 26-35] ans pour une durée médiane de gestation de 39 [38-40] semaines et 31 (5,3 %) naissances avant terme (< 37 semaines). La cohorte était formée de 3 381 femmes ayant accouché pendant la période d'étude ; des échantillons appariés de sérum maternel et de sang de cordon étaient disponibles pour 3 119 dyades (92,3 %). Des Ac anti-SARS-CoV-2 ont été détectés chez 604 femmes enceintes (19,4 %) : pour 18 (3,0 %) uniquement des IgM, 380 (62,9 %) des IgG et 206 (34,1 %) des IgG et des IgM.

Les IgM ne traversant pas le placenta, les analyses se sont limitées aux 585 dyades avec IgG maternelles. Parmi elles, des IgG ont été détectées dans le sang du cordon de 557 nouveau-nés (95,2 %). Chez les 28 femmes séropositives avec des nouveau-nés négatifs, la moyenne géométrique des concentrations d'IgG était inférieure à celle des personnes appariées avec des nouveau-nés séropositifs (1,21 [intervalle de confiance à 95 % IC95% 0,90-1,61] U/mL vs 6,46 [IC95% 5,63-7,42] U/mL ; p < 0,001).

Parmi les 585 dyades, 265 (45,3 %) avaient une infection asymptomatique et 143 (24,4 %) une infection symptomatique. Au moins 1 dose d'un vaccin a été administrée pendant la grossesse à 177 femmes (30,3 %) et une deuxième dose de vaccin avant l’accouchement à 126 des 164 femmes (76,8 %) qui avaient reçu un vaccin à ARNm. Par rapport aux personnes infectées par le SARS-CoV-2, les femmes vaccinées étaient plus âgées, plus souvent blanches non hispaniques et avaient un IMC > 30. Le délai moyen entre 1ère dose et accouchement variait de 12 à 122 jours.

Vaccin ou infection, qui fait mieux ?


En cas de vaccination, les concentrations en IgG tant maternelles que dans le sang du cordon étaient élevées, plus importantes après vaccin ARNm Moderna (53,74 [IC95% 40,49-71,33] UI/mL) qu’en cas de vaccin ARNm Pfizer/BioNTech (25, 45 [IC95% 19,67-33,79] UI/mL).

A contrario, le rapport de transfert placentaire a été significativement plus faible après vaccination qu’après infection, calculé respectivement à 0,80 (IC95% 0,68-0,93) vs 1,06 (IC95% 0,98-1,14), p < 0,001, sans différence selon le type de vaccin ARNm. Le temps écoulé entre l'infection ou la vaccination et l'accouchement était associé au taux de transfert dans les modèles incluant l'âge gestationnel, l’hypertension maternelle, le diabète et l'obésité. Le transfert placentaire d'Ac était détectable dès la 26ème semaine de gestation.

Un rapport de transfert > 1,0 était présent pour 48 des 51 (94,1 %) naissances à 36 semaines de gestation ou après, 8 semaines après la vaccination. Point notable, la valeur géométrique des Ac du sang du cordon a été significativement plus élevée en cas de vaccination maternelle qu’en cas d’infection. Par contre, l’âge gestationnel lors de l’accouchement n’a pas été associé à l’importance du transfert chez les femmes infectées durant leur grossesse.

Au total, les IgG dirigées contre la protéine S du SRAS ont été mesurées à des taux plus élevés après vaccination qu’après infection chez des femmes enceintes. Toutefois, le ratio de transfert placentaire a été plus faible après vaccination. Il a également été trouvé un taux d’Ac plus important en cas de vaccination par vaccin ARNm 1273 que par BNT 162b2, peut-être en lien avec une dose d’antigène plus forte dans le premier. Il n’a pas été décelé de différence de transfert après infection selon qu’elle ait été symptomatique ou non.

Ce travail a plusieurs points forts dont l’importance numérique de la cohorte, l’origine ethnique variée des femmes, la prise en compte de l’âge gestationnel, la comparaison entre divers vaccins. A l’inverse, il a été effectué à partir des seuls dossiers médicaux informatisés et des erreurs de déclaration ou de classification ont pu survenir. Enfin, la persistance des Ac chez le nouveau-né n’a pas été étudiée ni le degré de protection apporté.

En conclusion, ces résultats suggèrent que la date de l’infection ou de la vaccination par rapport à celle de l’accouchement sont des éléments majeurs dans l’efficience du transfert placentaire d’Ac.


Dr Pierre Margent

Référence
Flannery DD, Gouma S, Dhudasia MB, et al. Comparison of Maternal and Neonatal Antibody Levels After COVID-19 Vaccination vs SARS-CoV-2 Infection. JAMA Netw Open. 2022 Nov 1;5(11):e2240993. doi: 10.1001/jamanetworkopen.2022.40993.

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Vos réactions (2)

  • Covid sévères chez les femmes enceintes ?

    Le 05 décembre 2022

    Merci de citer les études qui montrent que les femmes enceintes sont plus sujettes aux Covid sévères. Il n'y en a pas à ma connaissance : les facteurs de risques sont les mêmes que pour les femmes non enceintes : obésité, diabète, hypertension.
    https://www.aimsib.org/2021/05/09/vacciner-les-femmes-enceintes-contre-la-covid-19/
    Vacciner les Femmes Enceintes contre la Covid-19
    https://childrenshealthdefense.eu/eu-issues/is-the-cdc-safety-study-following-covid-19-vaccines-hiding-a-high-number-of-miscarriages-from-france/
    Is The CDC Safety Study Following Covid-19 Vaccines Hiding Risks Of Miscarriages? (France)
    on May 3, 2021 By Emma Kahn

    Merci de prendre en compte aussi la plausibilité du passage trans placentaire de l'ARNm ou de la spike encapsulés dans des LNPs ou des exosomes
    Banoun H. Current state of knowledge on the excretion of mRNA and spike produced by anti-COVID-19 mRNA vaccines; possibility of contamination of the entourage of those vaccinated by these products. Infect Dis Res. 2022;3(4):22.
    https://doi.org/10.53388/IDR20221125022
    https://www.aimsib.org/2022/11/20/la-contamination-par-les-vaccins-a-arnm-est-elle-biologiquement-plausible-a-partir-dun-sujet-vaccine/
    La contamination par les vaccins à ARNm est-elle biologiquement plausible à partir d’un sujet vacciné ?

    H Banoun, pharmacien
    https://www.webofscience.com/wos/author/record/2107575

  • Sérologies versus clinique, faits versus fantaisies

    Le 07 décembre 2022

    Je confirme auprès d'H Banoun, fidèle au poste, que "Les femmes enceintes sont à risque accru (NDLR : x4 ?) de Covid-19 sévère, risque majoré pour la mère et pour le nouveau-né", la littérature est pléthorique. L’impact en termes de mort in utero et de pré-éclampsie a été surligné.
    *Prasad S et coll. Systematic review and meta-analysis of the effectiveness and perinatal outcomes of COVID-19 vaccination in pregnancy. Nat Commun. 2022 May 10;13(1):2414. doi: 10.1038/s41467-022-30052-w
    *Conde-Agudelo A, Romero R. SARS-CoV-2 infection during pregnancy and risk of preeclampsia: a systematic review and meta-analysis. Am J Obstet Gynecol. 2022Jan;226(1):68-89.e3. doi: 10.1016/j.ajog.2021.07.009

    1-Sur le Fond, il serait plus nuancé et factuel d’indiquer que :
    • Les limites des n publications sérologiques sont vite atteintes : pédagogiques mais les données cliniques resteront toujours plus convaincantes
    • Les données cliniques recueillies avant Omicron (majoritaires) ne sont pas nécessairement transposables au climat actuel de moindre virulence*.
    *Schrag SJ et coll. Estimation of COVID-19 mRNA Vaccine Effectiveness Against Medically Attended COVID-19 in Pregnancy During Periods of Delta and Omicron Variant Predominance in the United States. JAMA Netw Open. Sept 26 2022;5(9):e2233273. doi:10.1001/jamanetworkopen.2022.33273
    • Pas de signal de tératogénicité vaccinale au premier trimestre : Ruderman RS et coll. Association of COVID-19 Vaccination During Early Pregnancy With Risk of Congenital Fetal Anomalies. JAMA Pediatr.April 04, 2022. doi:10.1001/jamapediatrics.2022.0164
    •Le risque de transmission mère–fœtus-enfant est faible (<2 %) : il est essentiellement post-partum ; rareté des transmissions verticales. Il est corrélé à la sévérité du COVID maternel, non corrélé au trimestre de contage ou aux modalités d’accouchement*.
    La présence de virus sur tel ou tel prélèvement ne signifie pas infection clinique
    *Allotey J et coll ; PregCOV-19 Living Systematic Review Consortium. SARS-CoV-2 positivity in offspring and timing of mother-to-child transmission : living systematic review and meta-analysis. BMJ. 2022 Mar 16;376:e067696. doi: 10.1136/bmj-2021-067696
    • L'impact de la vaccination ARNm vs infection sur la fertilité a été revu cet été : pas d’impact vaccinal, ce qui n’est le cas de l’infection elle-même notamment chez l’homme.
    Wesselink AK et coll. A prospective cohort study of COVID-19 vaccination, SARS-CoV-2 infection, and fertility. Am J Epidemiol. 2022 Jul 23 ;191(8):1383-1395. doi:10.1093/aje/kwac011.
    • Avant 50-60 ans en l’absence de comorbidité et de grossesse, je ne vois pas de publication documentant un bénéfice vaccinal individuel, faute de stratification per ou post-hoc
    • Évoquer le « long terme » des infections ou vaccinations ouvre une porte que l’on ne sera jamais capable de fermer.

    2- Sur la Forme : Comment ne pas être dubitatif ?
    L’entre-soi idéologique préside au mille-feuille https://www.aimsib.org, son « indépendance », sa « bienveillance », ses anonymes-clandestins en mode radio-Londres (« Emma Kahn »), ses cautions d’ « ex et/ou anciens ». Il importe de ne pas mélanger faits, hypothèses, hypothèques et fantaisies.
    Les théories sur l’ARNm infectant rappellent le poids de l’idéologie.
    Semer la peur ouvre la porte du refuge offert par les Leaders ou têtes de gondole de tous bords.

    Je note un contraste entre les tergiversations vaccinales évoquées et la faible (<15 %) couverture folates* anticonceptionnelle nationale avec pourtant un bénéfice (dydraphismes ouverts) et une innocuité établis de longue date :
    *de la B et coll. Prevention of Neural Tube Defects by Folic Acid Supplementation: A National Population-Based Study. Nutrients. 2020 Oct 16;12(10):3170. doi:10.3390/nu12103170

    Dr JP Bonnet

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