Troubles du sommeil dans l’enfance, parfois une menace pour la santé mentale ultérieure

Des cauchemars persistants dans l’enfance ont été associés prospectivement à la psychose et au trouble de la personnalité limite (personnalité borderline) à l’adolescence rappelle une équipe d’Helsinki (Finlande) et de Birmingham (Royaume Uni). Toutefois les conséquences psychopathologiques (à l’adolescence) d’autres troubles du sommeil constatés dans l’enfance sont mal connues ce qui a conduit une équipe de l’université de Birmingham à entreprendre une étude prospective pour rechercher des associations entre des problèmes de sommeil (entre les âges de 6 mois à 6 ans environ) et des symptomatologies de type psychotique ou borderline à l’entrée dans l’adolescence (entre 11 et 13 ans), en examinant également le rôle « médiateur » de la dépression à l’âge de 10 ans.  

Cette enquête s’appuie sur des données de l’étude de cohorte longitudinale Avon Longitudinal Study of Parents and Children[1] portant sur près de 13 500 participants (nés entre le 1er avril 1991 et le 31 décembre 1992 et suivis pendant plus de 13 ans). La durée du sommeil nocturne de l’enfant, la fréquence de ses réveils nocturnes, l’heure du coucher et la régularité de ses habitudes de sommeil (informations rapportées par les parents) ont été évaluées à six reprises (aux âges de 6, 18 et 30 mois, puis de 3ans ½, 4,8 ans et 5,8 ans).

Des associations distinctes avec les troubles psychotiques et borderline

Une fréquence de réveils nocturnes plus élevée à l’âge de 18 mois (Odds ratio OR = 1,13 intervalle de confiance à 95 % IC [1,01–1,26]) ainsi que des habitudes de sommeil « moins régulières » aux âges de 6 mois (OR = 0,68 IC [0,50–0,93]), de 30 mois (OR = 0,64 IC [0,44–0,95]) et de 5,8 ans (OR = 0,32 IC [0,19–0,53]) se révèlent « associées de façon significative à des expériences psychotiques à l’adolescence. »

D’autre part, une durée de sommeil nocturne plus courte (OR = 0,78 IC [0,66–0,92]) et un horaire plus tardif du coucher à l’âge de 3ans ½ (OR=1,32 IC [1,09–1,60]) sont significativement associés aux symptômes du trouble borderline. Une dépression à l’âge de 10 ans intervient dans les associations entre des réveils nocturnes fréquents à l’âge de 18 mois et des habitudes de sommeil irrégulières à l’âge de 5,8 ans (p = 0,003) et l’apparition d’un trouble psychotique ultérieur.

Les auteurs estiment que ces résultats suggèrent que certains problèmes de sommeil dans l’enfance, sont associés de façon distincte avec la survenue d’un trouble psychotique ou d’un trouble de personnalité borderline, à l’adolescence, selon des voies (psychopathologiques) « différentes. » Ces résultats plaident pour des « interventions plus personnalisées », ciblées sur les troubles du sommeil dans la prévention des psychoses et des troubles de type borderline.

[1] http://www.bristol.ac.uk/alspac/
[2] https://cescup.ulb.be/wp-content/uploads/2015/04/olivier-cynthie-nicolas-2.pdf

Dr Alain Cohen

Références
Muñoz I et coll.: Association of parent-reported sleep problems in early childhood with psychotic and borderline personality disorder symptoms in adolescence. JAMA Psychiatry, 2020; 77(12): 1256–1265.

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Vos réactions (2)

  • Symptomatiques des troubles psychopathologiques ultérieurs

    Le 13 janvier 2021

    Ce type de constat pourrait conduire à imaginer un lien de causalité entre troubles du sommeil dans l'enfance et troubles psychopathologiques ultérieurs ... alors qu'il est vraisemblable que ces troubles du sommeil sont déjà symptomatiques du troubles psychopathologiques ultérieurs. La chose est connue de longue date pour les états limites et les troubles assez spécifiques du sommeil dans ce cas là ne sont pas surprenants puisqu'ils sont liés aux défauts d'attachement sécure de la petite enfance entr'autres ...

    En ce qui concerne les troubles psychotiques, leur origine neuro-développementale rend compte des anomalies du sommeil constatées dans l'enfance et qui elles aussi sont assez spécifiques (anomalies qualitatives en particulier). Le problème n'est donc pas la perturbation du sommeil, mais pourquoi le sommeil est-il perturbé chez un enfant ?

    Dr Philippe Gabbai

  • Mélange relations de causalité et de temporalité

    Le 13 janvier 2021

    Parfaitement d'accord avec mon prédécesseur dans ces réactions. Une fois de plus, on mélange joyeusement relations de causalité et de temporalité. On peut juste inférer de cette statistique que les troubles du sommeil des bébés et tout petits doivent donner mettre la puce à l'oreille des praticiens à propos d'une éventuelle évolution psychopathologique ultérieure, sans que leur prise en charge soit forcément de nature à empêcher la survenue de ladite évolution...

    Dr Alain Michaud

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