Un lien entre épistaxis et HTA ?

Symptômes d'urgence ORL parmi les plus courants, l'épistaxis et son association populaire à l'hypertension suscite une controverse de longue date. L'HTA chronique pourrait affecter la vasculopathogénèse, y compris l'athérosclérose, le dysfonctionnement et la rupture de l'endothélium, et pourrait accroître le risque d'épistaxis. De fait, les patients atteints d'épistaxis se présentent souvent aux urgences avec une PA élevée, sans qu’il soit vraiment possible d’établir une relation de cause à effet entre les deux affections car la PA élevée peut résulter de l'effet adrénergique de l'anxiété due à l'hémorragie ou du syndrome de la blouse blanche. De plus, la PA fluctue quotidiennement et de façon saisonnière.

Une réduction des facteurs de confusion

Une équipe s’est de nouveau attaquée à ce sujet, en réduisant les facteurs de confusion. Ont été comparées les valeurs de la PA entre les patients atteints d'épistaxis et ceux présentant de simples lacérations en utilisant la technique d'appariement des scores de propension, lors d’une étude rétrospective, dans les services d'urgence d'un hôpital universitaire. La PA moyenne (PA, systolique et diastolique) et la proportion de sujets présentant une PA élevée (systolique > 120 et/ou diastolique > 80 mmHg) lors de l’admission ont été comparées entre le groupe épistaxis et le groupe témoin apparié. La proportion de patients ayant reçu un diagnostic d'HTA dans les six mois suivant l’épistaxis, entre les deux groupes a également été comparée.

Il y a vraiment un lien entre HTA et épistaxis

Au total, 1 353 patients atteints d'épistaxis et autant présentant de simples lacérations ont été comparés. Surprise ? La pression artérielle systolique et diastolique moyenne du groupe épistaxis s’est avérée significativement plus élevée que celle du groupe témoin apparié (157,1 ± 26,4 et 91,4 ± 17,0 mmHg versus 144,9 ± 32,4 et 84,2 ± 13,5 mmHg) (p < 0,001). Parmi les 724 (53,5 %) patients sans HTA préexistante dans le groupe épistaxis, 660 ont été suivis, dont 107 (16,2 %) ont eu un nouveau diagnostic d'HTA dans les 6 mois suivants, soit un pourcentage significativement plus élevé que chez les témoins appariés (4,9 %, p < 0,001).

Une valeur prémonitoire de l’épistaxis ?

En dépit de plusieurs limitations (examen rétrospectif des dossiers médicaux, enquête téléphonique, exclusion de 96 patients en raison de données manquantes, risques d’erreur de mémoire lors de l'enquête téléphonique, 10 % de patients perdus de vue), cette étude va dans le sens de l’existence d’un lien entre épistaxis et PA, voire même d’une valeur prémonitoire de l’épistaxis quant à l’apparition prochaine d’une HTA.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Kim C et coll. : Is epistaxis associated with high blood pressure and hypertension? Propensity score matching study. Am J Emerg Med., 2020; 38(7): 1319-1321. doi:10.1016/j.ajem.2019.10.025

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Vos réactions (1)

  • Une prise en charge bien codifiée

    Le 10 juillet 2020

    Oui il y a un lien entre TA et épistaxis, mais pas celui que l'on croit le plus souvent. La plupart des épitaxis sont d'origine veineuse donc sans lien avec une HTA. Le plus souvent l'HTA observée au cours des épistaxis est réactionnelle et non responsable du saignement, d'ailleurs la TA se normalise dès que l'épistaxis est tari spontanément ou sous l'effet des traitements.

    Certes il faut mesurer la TA lors des épistaxis mais plutôt pour rechercher une hypotension qui serait un marqueur de gravité de l'hémorragie.
    Certes on peut se demander si les patients hypertendus ou futurs hypertendus en plus de lésions artérielles présentent des fragilités capillaires veineuses les rendant plus susceptibles de présenter des épistaxis ce qui pourrait expliquer les résultats de l'étude sans pour autant modifier la prise en charge aiguë des épistaxis qui a l'avantage d'être plutôt bien codifiée.

    Dr JLB

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