Une campagne d’Alliance Vita "censurée" par la ville de Paris... puis autorisée par le tribunal administratif

Paris, le lundi 6 janvier 2020 – La campagne de communication d’Alliance Vita, association ouvertement pro vie et notamment très impliquée dans le débat contre l’autorisation de l’euthanasie, se décline en quatre visuels, qui reprennent le même slogan centré sur la "progression" de la société. L’objectif de chaque image est clairement explicité sur le site internet de l’organisation. Le premier présente un profil de femmes et affirme : « La société progressera à condition de respecter la maternité ». Ici, l’association vise la disposition prévue dans le projet de révision des lois de bioéthique autorisant la congélation d’ovocytes sans raison médicale. L’organisation s’élève contre une mesure qui risque selon elle « d’artificialiser la maternité ».

PMA, tests génétiques, et recherche sur l’embryon

Sur une seconde affiche, on découvre un enfant dans un fauteuil roulant assorti du message : « La société progressera à condition de respecter la différence ». Alliance Vita exprime ici une nouvelle fois son hostilité aux dépistages anténataux et à l’avortement thérapeutique. Elle s’interroge ainsi clairement : « Est-ce un progrès de supprimer les êtres fragiles plutôt que de les accueillir et de tenter de les guérir ? ».

Un troisième visuel montre pour sa part le visage d’un homme et une nouvelle affirmation : « La société progressera, à condition de respecter la paternité ». Le message vise sans conteste l’ouverture de l’accès aux techniques de procréation médicalement assistée aux couples de femmes, même si Alliance Vita préfère résumer son appel de façon plus directe en concentrant son discours uniquement sur le rôle du père et plus encore de l’homme : « Est-ce un progrès de résumer la place de l’homme à ses gamètes ? ».

Enfin, on peut voir dans la dernière affiche, un ovule entouré de spermatozoïdes. Cependant, l’affiche n’est pas dirigée contre l’Interruption volontaire de grossesse (IVG) (Alliance Vita ayant sans doute voulu éviter toute accusation de « délit d’entrave à l’IVG »), comme certains l’ont rapidement subodoré, mais dénonce la recherche sur l’embryon.

Neutralité ?

Alors que le Sénat examine à son tour le projet de révision des lois de bioéthique, Alliance Vita, très hostile à plusieurs des dispositions du texte qu’elle considère dangereux pour la société, a diffusé cette campagne sur des centaines de panneaux d’affichage en France, en particulier à Paris. Découvrant ces images, notamment dans certains des couloirs du métro parisiens accessibles actuellement, beaucoup se sont émus de voir ces prises de position ainsi affichées. Alertée, le maire de Paris a cru bon d’exiger le retrait de la campagne, qui ne s’inscrit pas dans la notion de "progrès"défendue par l’équipe d’Anne Hidalgo. La réponse de la régie Mediatransports aura été d’annoncer la suspension de deux des affiches (celles concernant la maternité et la paternité), qui, à travers des critères d’appréciation dont la clarté n’est pas absolue, ont été considérées comme en contradiction avec le devoir de neutralité de la régie (difficile de comprendre pourquoi les deux autres affiches n’ont pas été jugées également comme tel).

Liberté d’expression

Cette suspension sans avertissement a outré Alliance Vita qui a rappelé son droit d’appeler à la réflexion et au débat, à travers des affiches ne prônant de fait aucune violence. « L’injonction à la censure est indigne du débat » a estimé le délégué général d’Alliance Vita, Tugdual Derville, qui a regretté qu’Anne Hidalgo n’ait pas plutôt appelé à la discussion. Tugdual Derville a par ailleurs rapidement obtenu, via un référé devant les tribunaux administratifs, la réaffichage de sa campagne*.

De fait, au nom de la liberté d’expression et qui plus est alors que les dispositions autorisant l’accès à la PMA aux couples de femmes et la congélation des ovocytes n’ont pas encore été adoptées (il s’agit donc d’actes aujourd’hui interdits et d'une loi en cours de débat au sénat sur lesquels il est autorisé d'émettre un avis), il paraît difficile de déterminer les fondements juridiques permettant au maire et à la régie des transports d’imposer une telle censure, si ce n’est un parti pris idéologique très clair. Et ce d’autant plus que les mêmes instances ont accepté d’autres campagnes très marquées idéologiquement (par exemple défendant la non consommation de viande).

Sans doute, si l’on peut ne pas partager la notion très discutable de "progrès" défendue par Alliance Vita, ni son idéologie, on se doit de rappeler que bien plus certainement la société progressera si on protège la liberté d’expression.

"Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire” écrivait Voltaire il y a plus de 200 ans.

*Après avoir pris connaissance de ce référé Anne Hidago a tweeté "
J’encourage Mediatransports à user de toutes les voies de droit possibles pour qu’il soit mis définitivement fin à cette campagne.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (2)

  • Quel progrès ?

    Le 07 janvier 2020

    Il n'est pas certain non plus que le "progrès" réside dans le bricolage procréatif.
    "La sagesse ne peut pas entrer dans un esprit méchant, et science sans conscience n'est que ruine de l'âme", écrivait Rabelais il y a plus de 400 ans.

    Dr Michel de Guibert

  • Jean Rostand (au docteur de Guibert)

    Le 14 janvier 2020

    On peut citer également Jean Rostand, qui écrivait il y a plus d'un demi siècle "la science a fait de nous des dieux avant que nous ne soyons devenus des hommes". Que dirait il aujourd'hui?

    Dr Jean-Marc Ferrarini

Réagir à cet article