Une grande fragilité psychique parfois, après une Covid-19

Alors que cette pandémie (interminable ?) de Covid-19 progresse dans le monde entier, son impact psychologique est de plus en plus reconnu remarque une équipe exerçant à Istanbul (Turquie), dans le public en général et parmi les populations vulnérables en particulier, comme les sujets avec une maladie chronique ou ceux souffrant de troubles psychiatriques.

Dans ce contexte sanitaire où les séquelles psychiatriques de l’épidémie se révèlent très préoccupantes, les auteurs ont évalué (lors d’une enquête en ligne ou par écrit) la symptomatologie psychiatrique et les symptômes prolongés chez 284 patients ayant survécu à une infection par le SARS-CoV-2.

Un syndrome de stress post-traumatique

Près de 44 % des patients éprouvent un ou plusieurs symptômes prolongés. Environ 50 jours (en moyenne) après le diagnostic de Covid-19, plus du tiers de ces sujets (34,5 %) déplorent souffrir « d’un syndrome de stress post-traumatique (SSPT), de troubles anxieux et/ou d’une dépression cliniquement significatifs », le SSPT étant la problématique la plus souvent rapportée (25,4 % des cas). Parmi les facteurs susceptibles de prédire une forme grave de SSPT, les auteurs recensent : l’appartenance au sexe féminin, des antécédents d’événements déjà traumatisants dans la biographie, l’existence d’une symptomatologie prolongée (pour les troubles psychiatriques suivant l’atteinte par le coronavirus), une notion de stigmatisation et/ou une « perception négative de la pandémie de Covid-19. »

Cette étude confirme la fragilité psychique des patients rescapés de cette maladie infectieuse : ils restent, notent les auteurs, sujets à une détresse psychologique importante dans les premiers mois après l’infection.

Mais il faut préciser que le recul est encore trop faible pour savoir si cette détresse psychologique risque de se prolonger de façon importante, voire de devenir chronique, chez des personnes ayant ainsi frôlé la mort mais pouvant parfois (comme certains rescapés d’attentats ou de catastrophes naturelles) se culpabiliser paradoxalement d’avoir survécu, eux, alors que tant d’autres ont pourtant succombé au nouveau coronavirus.   

Dr Alain Cohen

Référence
Burç Çağrı Poyraz et coll.: Psychiatric morbidity and protracted symptoms after COVID-19. Journal of Affective Disorders ; 2021(295): 1–9.

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Vos réactions (1)

  • Santé mentale et covid-19

    Le 13 janvier 2021

    Freud dans « Au-Delà du Principe de Plaisir », théorisait la rupture du pare-excitation qui protège notre psychisme des trop fortes charges provenant de l’extérieur, donc traumatiques. Quant au terme d’effroi (Schreck) commente Freud, « il survient quand on tombe dans une situation dangereuse sans y être préparé ; il met l’accent sur le facteur surprise. » L’effroi est alors le prodrome d’une régression à l’état infantile face à l‘absence de toute aide (Hilflosigkeit) protectrice.
    Voilà qui n’est pas sans résonance avec le vécu post-traumatique des personnes les plus fragiles à la suite de l’infection par la Covid.
    - Au-Delà du Principe de Plaisir (1920), trad. J. Laplanche et J-B. Pontalis, Sigmund Freud, Essais de psychanalyse, nouvelle traduction , Payot 1981, p. 50.

    Dr Marc Nacht

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