Une mise au point Italienne pour la prise en charge nutritionnelle des patients atteints de cancer

Les interventions nutritionnelles en cancérologie ont longtemps été considérées comme faisant partie des soins palliatifs, destinées seulement à améliorer le confort des patients et prescrits en fin de vie. Malgré les études démontrant que la dénutrition affecte aussi la survie et la tolérance des traitements, ainsi que leur intégration dans les recommandations nationales et internationales, beaucoup de patients ne bénéficient toujours pas d’une prise en charge nutritionnelle précoce et adaptée avant et/ou pendant leur traitement.

Une équipe italienne vient de publier un résumé des connaissances actuelles sur la dénutrition en cancérologie et sur le rôle des compléments nutritionnels oraux (CNO) dans la prise en charge des patients. L’objectif du dépistage et de la prise en charge de la dénutrition est d’améliorer la qualité de vie de ces patients, de réduire les complications et d’améliorer le pronostic.

La dénutrition est un facteur de pronostic négatif


Différents travaux situent la prévalence de la dénutrition chez les patients atteints de cancer entre 15 % et 80 %. Le risque de dénutrition et sa sévérité dépendent du stade du cancer, mais aussi du type de celui-ci. La prévalence est, par exemple, plus élevée au cours du cancer gastro-œsophagien, pancréatique, de la tête et du cou, du colon et du poumon, et moins fréquente chez les patientes atteintes de cancer du sein. Le risque dépend aussi du traitement administré, de l’âge du patient, de son poids et d’éventuelles comorbidités.

Les études s’accordent sur le fait que la dénutrition liée au cancer est un facteur pronostic négatif, qui a un impact sur la survie, sur la qualité de vie, le statut fonctionnel et la tolérance aux traitements anti-cancéreux. Entre 20 % et 30 % des patients décèderaient des conséquences de la dénutrition.

Les compléments nutritionnels oraux ont des effets bénéfiques


Les conseils nutritionnels ne sont pas toujours suffisants et les CNO jouent alors un rôle essentiel dans la prise en charge des patients atteints de cancer. Ils fournissent les macronutriments et micronutriments nécessaires quand l’alimentation normale ne peut pas les assurer. Les recommandations les préconisent :

•    Quand les apports nutritionnels sont insuffisants dans les 10 jours précédant le début de la thérapeutique (chirurgie, chimiothérapie ou radiothérapie).
•    Si les apports sont inférieurs à 50 % des besoins pendant plus de 1 à 2 semaines.
•    Si l’on prévoit que le patient ne pourra pas manger normalement à cause du traitement.
•    Si la tumeur elle-même empêche une alimentation normale.

Une étude rétrospective récente a montré une baisse de 46 % des ré-hospitalisations pour les patients sous CNO en comparaison avec les patients n’en recevant pas, ainsi que des durées d’hospitalisation plus courtes. L’évaluation du rapport coût/efficacité des CNO fait apparaître que la dénutrition est à l’origine d’une augmentation des dépenses de santé de 2,1 à 10 % pour chaque pays européen et que l’utilisation des CNO standard dans les services hospitaliers permettraient une économie de 12,2 % par rapport à sa non-utilisation, avec une réduction de la mortalité, des complications et des durées de séjours.

Ces données doivent encourager au dépistage systématique des risques de dénutrition dès le diagnostic de cancer, plus particulièrement pour les patients atteints de cancer de la tête et du cou, de cancer digestif, pancréatique ou pulmonaire. Les réévaluations doivent être régulières et fréquentes pendant et après les traitements.

La prise en charge, la plus précoce possible, individualisée et multimodale doit idéalement intégrer les nutritionnistes, diététiciens, oncologues et infirmières.

Dr Roseline Péluchon

Références
Caccialanza R, et coll. : Clinical and economic value of oral nutrition supplements in patients with cancer: a position paper from the Survivorship Care and Nutritional Support Working Group of Alliance Against Cancer.
Support Care Cancer. 2022 Nov;30(11):9667-9679.

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Vos réactions (1)

  • CNO : loin du miracle

    Le 09 décembre 2022

    N'est-il point surprenant que quand on parle de dénutrition, on associe la chose systématiquement, à l'utilisation de CNO alors que la dénutrition, n'est qu'un aspect fréquent, retrouvé dans la population y compris hors contexte cancéreux, puisque 10 % des obèses par exemple, ont souvent une dénutrition marquant simplement une méconnaissance totale des règles diététiques, sans passer par la case, baisse de l'absorption ou augmentation des besoins, retrouvés dans les cancers. L'anorexie qui se retrouve souvent chez les patients cancéreux, est le problème initial à la dénutrition qui s'installe, qui s'approfondit, et j'ai peur que les CNO ne tentent vainement de traiter la conséquence plus que la cause.

    Dr C Trape

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