Vers une grande grève des médecins libéraux le 13 octobre

Paris, le mardi 19 septembre 2023 – Tous les syndicats de médecins libéraux appellent désormais les praticiens à faire grève à compter du 13 octobre contre la loi Valletoux et pour obtenir une hausse du tarif de la consultation.

Les syndicats sont désormais au grand complet. Après MG France le 9 septembre, c’est au tour de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) de rejoindre l’appel à une grève illimitée des médecins libéraux à compter du 13 octobre, lancé il y a plusieurs mois par la Fédération des médecins de France (FMF), le Syndicat des médecins libéraux (SML), l’Union française pour une médecine libre (UFML) et Avenir-Spé Le Bloc.

« A l’unanimité de ses instances dirigeantes, la CSMF a décidé de se joindre au mouvement de grève illimitée » indique la CSMF dans un communiqué ce lundi. Si l’on rajoute le soutien du collectif Médecins pour demain, qui a réitéré ce lundi son appel à la grève, ce sont désormais toutes les instances représentatives des médecins libéraux qui soutiennent le mouvement.

La fermeture illimitée des cabinets libéraux, la deuxième en moins d’un an après celle organisée lors des dernières fêtes de fin d’année, visera deux objectifs. En premier lieu, les syndicats souhaitent mettre la pression sur les parlementaires, alors que la proposition de loi Valletoux sur « l’accès aux soins et l’engagement territorial des professionnels de santé », adoptée en première lecture par l’Assemblée Nationale le 15 juin, sera examinée par le Sénat justement à compter du 13 octobre prochain. La CSMF demande ainsi « la suppression de toutes les mesures coercitives pesant sur la médecine libérale dans la proposition de loi portée par Frédéric Valletoux ».

Les syndicats demandent (à nouveau) une hausse du C

En effet, les syndicats craignent que cette proposition de loi aboutisse à créer pour les praticiens libéraux une « obligation individuelle de garde ou d’astreinte et l’obligation de les assurer à l’hôpital public ». Le texte adopté par les députés est sur ce point ambigu, assez en tout cas pour susciter la crainte des médecins, puisque si la loi en elle-même ne prévoit pas de rétablir l’obligation de garde pour les médecins libéraux, l’exposé des motifs indique bien que l’objectif est de « rendre effective la participation obligatoire à la permanence des soins pour tous ».

Mais la revendication principalement portée par les syndicats dans le cadre de cette grève concerne bien sûr la reprise rapide des négociations conventionnelles (après l’échec des précédentes en février) et la hausse du tarif de la consultation. Ils vivent en effet toujours comme un affront l’augmentation de seulement 1,50 euros du tarif de base de la consultation, qui passera donc à 26,50 euros (une hausse effective à partir du 1er novembre), prévue par le règlement arbitral. La CSMF exige ainsi d’avoir « l’assurance d’avoir les moyens nécessaires pour aboutir sans délai à une convention ambitieuse qui valorisera l’expertise du médecin » et rappelle que « le C à 26,50 euros, c’est non ! ».

« Ça va être une grève très dure » indique le Dr Luc Duquesnel, chef de la branche généraliste de la CSMF, à nos confrères du Quotidien du Médecin. « Car au-delà de la fermeture des cabinets médicaux, il y aura aussi celle de la permanence des soins, tant de la part des médecins régulateurs que des médecins effecteurs, cela va monter en puissance, on est dans une telle situation qu’il n’y a pas d’autres choix que de provoquer un électrochoc pour être entendu ».

La CNAM prête à augmenter le tarif de la consultation

Entendus, les syndicats l’ont semble-t-il déjà été et ce avant même que la grève commence. Mardi dernier, le ministre de la Santé Aurélien Rousseau a en effet indiqué qu’il souhaitait une reprise des négociations conventionnelles dès avant le 1er novembre prochain, avec l’objectif d’augmenter le tarif de la consultation. « Il n’y a aucune ambiguïté sur le fait que ce nouveau tarif (26,50 euros) n’est qu’un passage, pas un point d’arrivée » a ainsi indiqué le ministre au cours d’une réunion avec les organisations représentatives.  

Même son de cloche du côté du directeur général de la CNAM Thomas Fatôme, bien qu’il soit moins optimiste que le ministre sur la possibilité de reprendre dès le mois prochain les négociations (en raison de divers obstacles juridiques). « La consultation à 26,50 euros n’est qu’une étape, c’est clair, il faut certainement aller au-delà de ce tarif » indique l’énarque, qui confirme également qu’il renonce à son très impopulaire projet de contrat d’engagement territorial (CET).

Des déclarations qui ne sont cependant pas suffisantes pour rassurer les syndicats, bien décidés à engager le bras de fer avec les autorités. « Tous les contacts que nous avons pu avoir avec le ministère de la Santé, et ce que nous entendons de la part du ministre des Finances depuis le début de l’été, nous laissent à penser que, au-delà de la volonté des uns ou des autres de faire redémarrer une négociation conventionnelle, ce sera un échec parce qu’il n’y a pas d’argent » commente amèrement le Dr Luc Duquesnel.

Quentin Haroche

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Vos réactions (5)

  • Imposer une reponse à des gens qui savent comment pourrir une greve

    Le 19 septembre 2023

    Chers amis Medecins,vous en etes au stade par lequel nous sommes naguere passés. Nous aussi nous avons fait greve, et en face, on a aussi eu la tactique que vous allez rencontrer: le pourrissement. Pour annihiler cette manoeuvre, il faut accompagner votre greve de contre propositions qui mettront la population de votre coté. C'est dans l'opinion que se gagnent les batailles de nos jours. Une des plus efficaces et la plus simple à mettre en oeuvre consiste à mettre des affiches et tracts recus et imprimés par votre informatique, reclamant pour toute la France la qualité de remboursement de la Caisse Regionale dAlsace Lorraine, et "une hausse du C" (pas de chiffre), la meilleure defense, c'est l'attaque, comme l'a dit un militaire, alors tranquillement, jouez le premier coup de la partie d'echecs qui s'engage. Vous verrez, vous ferez l'economie d'une premiere semaine sans resultat

    M. Le Moux Pharmacien

  • Plus de temps d'écoute et d'examen du patient

    Le 24 septembre 2023

    Hausse du tarif signifiait plus de temps d'écoute et d'examen du patient...
    J'ai du mal a y croire

    Dr A. Muller

  • Hausse du tarif de la consultation

    Le 24 septembre 2023

    Je ne crois pas que tenter de gagner l'adhésion de la population soit une bonne manœuvre ( ni la grève au demeurant ) de plus en ne disant pas de quel montant il s'agit !
    De ce que je lis, entends et comprends, la majorité des français est opposée à une forte augmentation.
    Au moment d'une hausse de la paupérisation de la population, du coût de la vie au quotidien qui augmente, du manque de médecins dans certaines régions au profit d'autres régions plus attractives, etc. ... est-ce bien judicieux de revendiquer une telle augmentation ?

    A-M Gleize

  • Grève médecins le 13 octobre

    Le 30 septembre 2023

    Un seul objectif : nous rassembler.
    La fermeture des cabinets médicaux et l'absence de permanence des soins est très inhabituelle dans notre profession. C'est aussi culpabilisant (comment abandonner nos patients ?) et c'est sur cette conscience professionnelle et éthique que s'appuient les autorités sanitaires depuis toujours pour exploiter les médecins.
    Nous ne demandons pas "une augmentation" car la CNAM n'est pas notre employeur.
    Nous devons seulement prendre le droit de nous faire honorer dignement. L'Assurance-Maladie remboursera, ou pas, ce n'est désormais plus notre problème mais celui des assurés sociaux.
    Quant à la coercition, elle n'a aucune prise sur nous en réalité.
    Unissons-nous, soyons fermes et ensemble ce mouvement n'aura pas besoin de se prolonger.
    Bon courage aux hésitant(e)s : c'est le 13 octobre que se décide l'avenir de nos métiers.

    Dr J. Rouillier

  • Grève

    Le 30 septembre 2023

    Comment pourrais-je faire grève ? Le samedi 14 les gosses qui n'ont pas de certificat absurde d'aptitude au sport ne seront pas acceptés par leur entraîneur.

    Depuis mon installation en 1982, le prix la consultation suivait celui de la bouteille de gaz de 23 kg. Aujourd'hui celle-ci est à 39 €. Nous savons pourquoi, mais ça ne suffit pas.
    Le problème n'est pas la rétribution des médecins, mais les 70 % et plus de temps consacré à des tâches non productives de soins, et dans l'immense majorité des cas absurdes. cela existe dans une multitude d'autres professions (police, justice, BTP… éducation… cherchez…), mais pas dans les mêmes proportions. Le bateau de la République est en train de sombrer, et le capitaine a beau gesticuler, il n'y fera rien. Les bons éléments qui ne sont pas animés par une empathie et un patriotisme féroce foutent le camp.
    Il faut tuer tous les clercs..( Aristote, ou bien Platon ?) Et enchaîner les commerçants.

    Dr M. Allesandri

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