Violences sexuelles : prendre en charge aussi les auteurs

Paris, le lundi 9 septembre 2019 - Un viol serait commis en France toutes les 7 minutes. Dans l’enquête Virage*, près de 800 000 personnes de 20 à 69 ans ont déclaré avoir été victimes de violences sexuelles dans l’année. Pour les moins de 20 ans (les plus touchés) les faits restent souvent tus et 80 % des violences sexuelles ayant lieu dans le cadre familial ou amical. Difficile d’en guérir : il faut prévenir.

C’est le sujet du dernier numéro de La Santé en action**.

Prise de conscience

En complément des actions préventives auprès des enfants et des personnes vulnérables (notamment handicapées), de la recherche des facteurs protecteurs et de la visibilité des "lieux ressources", prévenir ces actes implique de prendre en charge les auteurs de violences sexuelles (AVS)*. Le suivi judiciaire des auteurs s’accompagne en effet de plus en plus d’une prise en charge sanitaire : anti-hormonale parfois mais surtout  psychothérapeutique. A la lecture des travaux de la commission d’audition publique menée en 2018 : Auteurs de violences sexuelles : prévention, évaluation, prise en charge***, on comprend que l’acronyme AVS désigne des personnes et profils très différents, pour qui l’offre de soin doit être diversifiée.

Pour prévenir la récidive, l’injonction de soin peut déboucher sur des prises de conscience mais le rapport soignant/soigné y est faussé. De plus, les facteurs socio-éducatifs sont tout aussi déterminants que le déséquilibre psychique. A ce titre, des dispositifs innovants comme les rencontres auteurs-victimes semblent prometteurs.

Avant le passage à l’acte

Et quid des AVS "en puissance"? Les personnes attirées par les mineurs, par exemple, peuvent être repérées via internet (images, vidéos ou conversations à caractère pédophile). Certains, qui ne sont pas passé à l’acte (l’auraient-ils fait ?) sont même soulagés que la police intervienne ; une psychothérapie peut alors être bénéfique (réaliser la gravité, comprendre et reconnaître l’addiction, la pulsion, les facteurs déclenchant). Une des 35 propositions de la commission est la création d’une ligne d’écoute unique destinée aux pédophiles.

Plus en amont encore, l’éducation (au sens large et pluridisciplinaire) et le soutien à la parentalité restent des leviers indispensables dans une société hyperconnectée qui banalise la violence, y compris sexuelle, et où virtuel et réel se côtoient dangereusement (certains tombent des nues quand ils réalisent les dégâts causés par leur harcèlement).

Dr Blandine Esquerre

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Vos réactions (1)

  • Agresseurs sexuels

    Le 09 septembre 2019

    Bien sur que c'est la première chose à faire ! Prévenir plutôt que guérir n'est t-elle pas la formule consacrée, surtout que là une fois le mal fait, il est difficile pour la victime de "guérir"...

    Dr Françoise Sanquer

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