Abaisser l’âge du permis de conduire à 17 ans, une fausse bonne idée ?

Paris, le vendredi 16 juin 2023 – Le gouvernement songerait à abaisser l’âge légal pour passer le permis de conduire à 17 ans. Une décision qui inquiète les défenseurs de la sécurité routière.

Une proposition déjà formulée en 2019

C’est franceinfo qui a révélé l’information ce mercredi. Elisabeth Borne s’apprêterait à annoncer, la semaine prochaine, à l’occasion de la présentation du plan pour la jeunesse du gouvernement issu du Conseil national de la refondation dédié à la jeunesse, l’abaissement de l’âge pour obtenir son permis B. 

Une mesure « sous les radars » depuis longtemps, selon un ministre. Déjà en 2019, la députée La République En Marche ! (LREM) Françoise Dumas avait préconisé, dans un rapport parlementaire remis au Premier ministre Edouard Philippe, de fixer à 17 ans l’âge minimum pour obtenir le précieux sésame. 

« L’ambition de cette mesure était de favoriser un désenclavement social et géographique pour des jeunes qui s’apprêtent à entrer sur le marché du travail, et pour lesquels le permis est indispensable », détaille l’ancienne députée auprès de nos confrères de Libération. « Car celui qui habite au fin fond de la Lozère n’a pas le choix : s’il veut s’intégrer professionnellement, il lui faut le permis ». 

Favoriser l’apprentissage

Quatre ans après la remise de ce rapport, si l’argument du désenclavement n’a aucune raison de ne plus être valable, c’est plutôt pour favoriser l’apprentissage que cette mesure semble remise au goût du jour. 

Selon un proche du président de la République cité par franceinfo, le fait de ne pas avoir de voiture pourrait, en effet, être « un vrai frein » pour les apprentis. Or, Emmanuel Macron s’est engagé à former « un million d’apprentis par an » d’ici la fin de son second quinquennat. Il se pourrait, également, que le président de la République souhaite faire un geste envers Les Républicains, qui ont récemment déposé une proposition de loi pour abaisser l’âge du permis de conduire non pas à 17 ans, mais à 16 ans.

Peu importe l’âge, disent les associations de prévention routière : cette idée fait peser un risque sur les usagers de la route et sur les jeunes. 

« Ce n’est pas une bonne solution »

Pour Anne Lavaud, déléguée générale de l’association Prévention routière, interviewée par nos confrères de TF1Info, certes, « il y a de plus en plus de jeunes en alternance ou en apprentissage », et « il faut favoriser leur mobilité », mais « ce n’est pas une bonne solution de résoudre cette problématique ». En cause : : « une exposition aux risques supérieure pour ces jeunes ». 

Effectivement, comme elle le rappelle, la mortalité sur la route est la première cause de mortalité des 18 – 24 ans (ce qui, rappelons-le, est lié fait que les autres causes fréquentes de décès sont heureusement rares à cet âge). Ceux-ci ne représentent d’ailleurs que 7 % des usagers de la route, mais sont impliqués dans 27 % des accidents ! « Il y a une perception et une appréhension du risque qui est difficile auprès des jeunes. Nous savons que la finalisation de l’appréhension du risque est terminée vers 24/25 ans. Les années précédentes, les prises de risque sont souvent un peu excessives », détaille Anne Lavaud.

Elle présente donc deux solutions alternatives : mettre davantage en avant la conduite accompagnée, qui « plafonne en France [à] 20 % des conducteurs », et aider les entreprises qui ont des alternants ou des apprentis à organiser, par exemple, des covoiturages. Une idée qui fait peser moins de danger sur les jeunes, et qui a en plus le mérite de réduire les émissions de gaz à effet sur nos routes.

Raphaël Lichten

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