Au moins 400 morts en excès durant la canicule d’août

Paris, le jeudi 14 septembre 2023 – Selon un premier bilan, Santé Publique France recense 400 décès en excès au cours de la canicule du mois d’août. Un bilan non-définitif qui devrait évoluer à la hausse.

L’hémisphère Nord a connu cette année son été le plus chaud jamais enregistré, a fait savoir le 6 septembre dernier l’institut européen de météorologie Copernicus. Les évènements climatiques intenses (canicules extrêmes, incendies, sécheresses, inondations…) se sont multipliés tous l’été, une crise climatique destinée à devenir la norme au fur et à mesure que progresse le réchauffement climatique, en grande partie due à l’activité humaine selon les climatologues.

Les canicules longues et intenses à répétition ont des conséquences sur les organismes. La France avait amèrement redécouvert il y a 20 ans lors de la canicule de 2003 que les fortes chaleurs pouvaient avoir un impact considérable sur la mortalité (15 000 personnes avaient perdu la vie directement ou indirectement du fait de la chaleur au cours de cet été caniculaire). Vingt ans plus tard, même si de nombreuses mesures de prévention ont permis de réduire l’impact de la canicule sur la mortalité, les fortes chaleurs continuent de tuer.

Une hausse de la mortalité variable selon les départements

Dans un premier bilan publié ce mardi, Santé Publique France (SPF) estime ainsi que la canicule survenue entre le 11 et le 26 août dernier a causé au moins 400 décès en excès dans les 52 départements qui ont été placés en vigilance orange ou rouge canicule durant cette période (comprenant environ 46 % de la population française métropolitaine). Cela représente une hausse de la mortalité de 5,4 %. « Les personnes âgées de 75 ans et plus constituent la classe d’âge la plus touchée » note sans surprise SPF.

« Les impacts sur la mortalité sont hétérogènes selon les départements du fait notamment de la durée (nombre de jours en canicule) et de l’intensité (températures) de l’épisode caniculaire, mais aussi de la période de survenue et du type de population touchée » explique l’agence de santé publique. La mortalité a ainsi augmenté de plus de 20 % dans le Lot et l’Aveyron, départements qui ont été placés en vigilance rouge entre le 22 et le 25 août alors que certains départements touchés par la canicule n’ont connu aucun excès de mortalité.

Pour calculer cet excès de mortalité, SPF a simplement comparé les données de mortalité issus des bureaux d’état civil d’environ 5 000 communes témoins (que l’agence a ensuite extrapolé à l’ensemble de la population française) à un « nombre attendu de décès hebdomadaire », basé sur les données de mortalité des six dernières années, mais excluant « les périodes habituelles de survenue d’évènements extrêmes pouvant avoir un impact sur la mortalité (chaleur/froid, épidémies) ».

Entre 4 800 et 7 000 morts en excès durant l’été 2022

Le bilan établi par SPF ce mardi n’est que provisoire à plusieurs titres. Tout d’abord, il s’appuie sur des données de mortalité non consolidées, l’agence de santé publique rappelant que les chiffres des décès peuvent mettre plusieurs jours pour remonter des bureaux d’état civil jusqu’à elle. En outre, SPF n’a ici pris en compte que les décès excédentaires survenus lors de la canicule d’août et dans les départements touchés. Or, les fortes chaleurs, même hors canicule, peuvent avoir un impact sur la mortalité. SPF va donc élaborer une « estimation finale de l’excès de mortalité consolidée sur l’ensemble de l’été et détaillée par vague de chaleur qui sera présentée dans le bilan estival produit après consolidation des données de mortalité ». L’agence de santé publique devrait alors conclure à une surmortalité bien supérieure à 400 décès sur l’ensemble de l’été.

Déterminer le nombre de morts en excès dues aux fortes chaleurs est un exercice difficile pour les épidémiologistes et les chiffres obtenus diffèrent grandement selon les méthodes utilisées. Ainsi, alors que SPF avait estimé en novembre dernier que plus de 7 000 personnes étaient mortes en raison des fortes chaleurs en France durant l’été 2022, les chercheurs de l’Inserm, dans une étude publiée en juillet dernier, avait quant à eux estimé le bilan de l’été 2022 à « seulement » 4 800 décès en excès.

Quentin Haroche

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