Bonne année, bonne santé… mais pas seulement !

Paris, le samedi 12 janvier 2013 – Il n’est pas rare de ressentir une certaine lassitude, voire un léger agacement, lorsqu’on se penche sur les articles tendant à évaluer la « qualité de vie » des patients atteints de maladies chroniques. Comment peut-on parler de « qualité de vie » lorsqu’on souffre d’une pathologie potentiellement invalidante et qui affecte éventuellement le pronostic vital ? Pour beaucoup ces échelles sont impropres à réellement mesurer le ressenti des malades. Et si au contraire il était possible de conserver une « bonne » qualité de vie même lorsque votre corps vous trahit ? Il faudrait alors envisager que la santé, celle que l’on se souhaite portant si ardemment en cette période de l’année, n’est pas tout et… ne fait pas (seule) le bonheur.

Ma vie vaut bien un huit sur dix (voire plus) pour 13 % des Français

C’est une des conclusions que l’on peut tirer d’une enquête réalisée par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE). En matière d’évaluation du bien être et de la qualité de vie des Français, l’INSEE n’en est pas à son coup d’essai. Mais l’étude qui vient de paraître fait apparaitre quelques nouveautés. Les travaux de Marie-Hélène Amiel, Pascal Godefroy et Stéfan Lollivier s’inspirent des conclusions du rapport sur la mesure du progrès économique et social conduit en 2009 par l’économiste américain Joseph Stiglitz. Ces travaux faisaient valoir que d’autres critères que ceux traditionnellement retenus (santé, éducation, situation familiale) mériteraient d’être appréciés pour évaluer le « bien être » des populations. Ils suggéraient notamment de s’intéresser également à la faiblesse des liens sociaux ou encore au stress.

C’est à quoi s’est employée l’INSEE. Elle a tout d’abord demandé à 10 000 personnes de "noter" leur vie sur une échelle de 1 à 10. Les résultats globaux sont plutôt encourageants : la note moyenne est de 6,8. Une note inférieure à cinq n’a en outre été donnée que par 7 % des personnes interrogées, tandis que 13 % se sont octroyées une note égale ou supérieure à 8.

La santé c’est important, mais pas que

Quel est le premier facteur influant sur une mauvaise perception de son « bien être » ? La réponse n’est pas la santé, mais l’isolement. « La faiblesse des liens sociaux est la dimension qui est la plus associée au risque d’être insatisfait (de 0 à 4 sur l’échelle) » indiquent les experts de l’INSEE. La santé n’est pas même le second élément le plus « à risque » : elle est devancée par les difficultés financières et les mauvaises conditions de logement. De même si l’on s’intéresse à ceux qui semblent les plus satisfaits de leur vie, la bonne santé n’est pas le premier dénominateur commun entre ces bienheureux. Ce qui « réduit le plus les chances de déclarer un bien être élevé (9 et 10 sur l’échelle) » est le stress de la vie courante, élément plus souvent « néfaste » que l’isolement social et un mauvais état de santé. Pour autant, difficile de déduire que la santé n’a aucune incidence sur la perception de son bien être. Les auteurs confirment : « Un mauvais état de santé, des conditions de logement dégradées ou les sentiments d’insécurité physique et économique coïncident (…) avec une plus faible satisfaction ».

Le monde tourne mal, mais pour moi tout va bien !

Il est par ailleurs certains facteurs dont on aurait pu redouter qu’ils affectent le sentiment de satisfaction et qui semblent pourtant n’avoir guère d’incidence : la qualité de l’environnement et l’existence de tensions au sein de la société ne semblent guère toucher les gens dans leur vie personnelle. Quid enfin de l’argent dont on nous affirme qu’il ne fait pas le bonheur ? Là encore, à l’instar de ce qui s’observe pour la santé, l’étude met en évidence qu’il existe d’autres facteurs prépondérants. Ainsi si l’enquête « met en évidence le poids important des contraintes monétaires sur les différences de bien être, elle montre aussi que les écarts de bien être ne se réduisent pas à des écarts de ressources ». Néanmoins être (très) pauvre rend plus souvent malheureux et être (très) riche permet plus facilement de s’envoler vers le bonheur. On retiendra en effet que 22,5 % des personnes les plus modestes (« situées dans le premier décile de revenu fiscal ») attribuent à leur vie une note inférieure à 5. Inversement, 23,4 % des personnes les plus fortunées disent que leur vie vaut au moins un 8 voir plus. Cependant, pour ceux dont les revenus sont dans la moyenne (entre 7 940 et 31 860 euros par an) l’argent n’entre pas en ligne de compte.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article