Combien sommes nous (vraiment) ?

Paris, le samedi 19 janvier 2013 – C’est important de savoir sur qui on peut compter. Au sein d’un pays c’est pratiquement tout aussi important de savoir sur combien de personnes on peut compter. Déterminer cette donnée démographique essentielle est la tâche de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE). Chaque année, il nous livre sa fournée de chiffres sur le nombre de personnes qui peuplent la France. Ainsi, au 1er janvier, nous serions 65 586 000 à habiter grandes villes et petits villages, littoraux et montagnes. La cuvée 2013 de l’INSEE ne comporte pas que des bonnes nouvelles. En 2012, le nombre de décès a été plus important que les années précédentes. La faute à l’hiver qui fut rude. Tant et si bien que l’espérance de vie a stagné pour les hommes (78,4 ans) et même régressé pour les femmes (84,8 ans). Mais pas de quoi s’affoler « Comme avec la canicule en 2003, c’est un accident, par une rupture de tendance » nous rassure Pascal Breuil, chef de l’unité des études démographiques et sociales de l’INSEE. Côté naissances, les « baby booms » salués ces dernières années ne sont plus de mises. Un léger recul des accouchements est constaté. Mais là encore, rien d’alarmant. Avec 2,1 enfant par femme, la France reste toujours la championne européenne de la fécondité après l’Irlande. Ouf.

A 15 000 près

L’INSEE n’est pas, qu’on se le dise, une cassandre. Un optimisme qui ne lui a pas valu que des éloges. D’abord, dans les années 80 et 90, il proposa des interprétations des chiffres obtenus lors des recensements qui tendaient à « minimiser » l’importance de l’immigration,  une façon de couper court aux polémiques croissantes sur le sujet. Plus récemment, l’INSEE s’est peut-être montré un peu trop présomptueux en affirmant que ses estimations de la population étaient fiables à 0,02 % près, soit plus ou moins 15 000 habitants. Telle fut la réponse de Fabrice Lenglart, directeur des statistiques démographiques et sociales, à plusieurs chercheurs qui dans une tribune publiée par le Monde au mois d’août s’interrogeaient sur la fiabilité des données de l’INSEE. Pour Laurent Chalard, géographe à l’European Centre for International Affairs qui revient cette semaine sur cette controverse dans les colonnes de Slate, afficher à un tel taux « relève du ridicule ». Il rappelle en effet que le nombre estimé de clandestins est largement supérieur à 100 000 et surtout que la « marge d’erreur traditionnelle des recensements dans les pays développés est de l’ordre de 1 % ». D’ailleurs, aucun des grands instituts nationaux de recensement, dont certains jouissent d’une plus grande notoriété encore que l’INSEE, n’ose afficher une marge d’erreur aussi faible.

Sommes nous vraiment plus nombreux que les Britishs ?

Que cache cette « controverse » autour de la marge d’erreur ? Des enjeux géopolitiques non négligeables. C’est par exemple en se basant sur ses chiffres que l’INSEE affirme que la population française est désormais plus importante que celle du Royaume Uni. Avec selon lui 63 195 000 habitants au 1er avril 2011, nous supplantions en effet les 63 181 775 résidants en Grande-Bretagne. Cependant, la différence est si mince qu’elle ne peut être considérée comme statistiquement significative que si l’on accorde aux chiffres de l’INSEE une parfaite fiabilité… pourtant illusoire. D’autant plus illusoire, que certains, Laurent Chalard en tête, considèrent que la méthode de recensement adoptée par l’INSEE en 2004 serait une source plus importante de confusion. Plutôt qu’un recensement exhaustif, l’INSEE se repose en effet désormais sur des enquêtes par sondage. Or ces dernières seraient grevées selon le géographe d’un « taux de non réponse » en augmentation, tandis qu’elles ne prendraient pas suffisamment en compte le biais que représente « la bi-résidentalité ». Autant de « défauts » qui conduisent à relativiser les chiffres brandis comme vérité révélée annuellement par l’INSEE. Mais sur qui peut-on encore compter ?

Aurélie Haroche

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