La e-cigarette aurait aidé 700 000 personnes à arrêter de fumer en France

Paris, le jeudi 27 juin 2019 – Le rôle joué aujourd’hui par la cigarette électronique dans le sevrage tabagique en France est un exemple de décalage entre les recommandations officielles et les pratiques de terrain, décalage fréquent, notamment en addictologie. Si les dernières prescriptions du Haut Conseil de la santé publique en 2016 considèrent l’e-cigarette comme un outil d’aide au sevrage tabagique, rompant avec des avis précédents plus réticents, les Français n’auront pas attendu cette date pour s’emparer de ce dispositif comme le confirme une enquête publiée par Santé publique France (SPF) sur l’usage de la cigarette électronique chez les 18-75 ans.

Une consommation de cigarettes fortement diminuée

Les chiffres disponibles, principalement issus des Baromètres santé de SPF permettent d’estimer qu’environ 700 000 personnes « ont arrêté de fumer grâce à l’e-cigarette, seule ou combinée à d’autres aides » depuis l’arrivée sur le marché français de l’e-cigarette (soit près de 7 ans), si l’on en croit les déclarations des intéressés. Par ailleurs, en 2017, 80,3 % des vapofumeurs affirment avoir diminué leur consommation de cigarettes (ou d’autres produits du tabac) sous l’effet de l’e-cigarette. La réduction correspondrait à 10,4 cigarettes (ou équivalent par jour).

Alors que la prévalence du tabagisme a longtemps stagné dans notre pays et que ce n’est que ces deux dernières années qu’une diminution significative a pu être observée (avec 1,4 millions de fumeurs en moins entre 2016 et 2017), on mesure ici le rôle majeur probablement joué par la e-cigarette.

Pas de vapotage sans tabagisme (chez les adultes)

L’enquête de SPF offre également des éléments de réflexion intéressants concernant le risque d’utilisation de la e-cigarette chez des personnes n’ayant jamais expérimenté le tabac. « Quasiment tous les vapoteurs ont, en 2017, une expérience avec le tabagisme » indiquent les auteurs de l’analyse qui ajoutent : « Moins de 1 % des vapoteurs quotidiens n’ont jamais fumé ». Ils soulignent encore que « l’e-cigarette est très majoritairement utilisée avec l’objectif de réduire sa consommation de tabac ou comme outil pour arrêter le tabac ». Cependant, ils reconnaissent que ces données présentent des limites pour approfondir la question du risque que l’e-cigarette constitue une porte d’entrée dans l’addiction au tabac, notamment parce que l’enquête exclut les moins de 18 ans, alors que l’expérimentation du tabac commence le plus souvent avant cet âge.

Sur ce point, ils observent que « des études indiquent que l’utilisation de la cigarette électronique à un jeune âge est significativement associée à l’entrée dans le tabagisme dans le futur, même parmi les adolescents qui n’avaient pas l’intention de fumer ». Cependant, s’appuyant sur d’autres travaux, les auteurs apparaissent soutenir l’hypothèse que « les jeunes qui vapotent et qui essayent ensuite la cigarette ordinaire pourraient appartenir à des groupes plus curieux, présentant moins d’aversion au risque, et qui auraient possiblement expérimenté le tabac ou d’autres substances ».

Dangerosité en question

Si ces différentes données et observations pourraient inciter les pouvoirs publics français à une attitude plus favorable vis-à-vis de la cigarette électronique, à l’instar de celle qui prévaut en Grande-Bretagne, la question de sa dangerosité constitue néanmoins un frein légitime.

Pourquoi en effet préconiser un outil, même performant, s’il s’avère aussi dangereux voire pire que le mal ? Sur ce point, il est intéressant de constater que la conviction d’une nocivité aussi importante de l’e-cigarette par rapport à la cigarette classique est de plus en plus souvent répandue. Les données du baromètre santé indiquent que 11,3 % des adultes pensent que l’e-cigarette est plus nocive pour la santé que la cigarette ordinaire et 40,2 % qu’elle est aussi nocive, tandis que 35,1 % pensent qu’elle est moins nocive et 13,4 % indiquent ne pas pouvoir se prononcer. La perception d'une nocivité de la e-cigarette a en outre progressé depuis 2014, sans que l’on puisse déterminer s’il s’agit ici du reflet de la publication d’un nombre croissant d’études dont les résultats restent discordants ou si c’est un témoignage de la tendance globale à la défiance vis-à-vis des produits chimiques et industrialisés, défiance qui pouvait épargner la cigarette électronique quand elle était encore parée des attraits de la nouveauté et perçue comme plus "artisanale". Cependant, chez les vapoteurs seuls 2,8 % estiment que la e-cigarette est plus toxique que la cigarette ordinaire, tandis que 79,3 % pensent qu’elle l’est moins : il est logique (et heureux) que ceux qui utilisent un dispositif dans l’espoir d’en finir avec la cigarette ne considèrent pas l’outil d’aide plus dangereux que le fléau qu’ils cherchent à éviter ! De la même manière, seuls 8,2 % des anciens fumeurs sont convaincus de la plus grande dangerosité de la e-cigarette. Enfin, « comparés aux personnes n’ayant jamais fumé, les fumeurs quotidiens pensent davantage que l’e-cigarette est plus nocive que la cigarette ordinaire » ce qui peut expliquer qu’ils ne fassent pas partie de ceux s’orientant vers la vape.

Aurélie Haroche

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