Le cancer, c’est parfois du cinéma

Rome, le samedi 5 janvier 2012 – Difficile d’écrire une sociologie du cancer en ne se référant qu’aux seules œuvres cinématographiques traitant de ce sujet. Si on se prêtait à un tel exercice, une vision profondément erronée de la réalité se dessinerait où les tumeurs toucheraient le plus souvent des sujets jeunes et des femmes et où elles se révéleraient trop fréquemment fatales. Spécialiste des rapports entre philosophie, psychanalyse et art à l’université Sapienza de Rome, Luciano De Fiore a passé au crible 82 films mettant en scène des héros aux prises avec le cancer. De Dark Victory d’Edmund Goulding (1939) à Toutes nos envies de Philipe Lioret (2011), il a pu constater avec l’aide d’une psychologue et de quatre oncologues combien le cinéma n’offrait guère de juste représentation du cancer aujourd’hui.

Epidémiologie inversée

Outre une mortalité supérieure à la réalité (avec un décès dans 63 % des cas), des patients dépassant rarement les 65 ans (ce qui est l’inverse dans les faits) et des héroïnes souvent féminines (quand on recense plus de cancers chez les hommes), Luciano De Fiore a pu s'apercevoir que les réalisateurs privilégient souvent les cancers « invisibles ». Les personnages sont ainsi plus souvent affectés par leucémies, tumeurs cérébrales et autres lymphomes et bien plus rarement de cancers du poumon ou du sein. Ce qui ne se voit guère non plus, ce sont les longues séances de traitement, les effets secondaires et les rémissions. Et pour cause, les réalisateurs ne sont pas des documentaristes. Si le cancer est un sujet que beaucoup ont empoigné c’est en raison de l’intensité dramatique qu’il suscite. « Le cinéma a besoin de drame et de tragédie » résume Luciano de Fiore qui avait présenté ses réflexions en septembre lors du congrès de l’European Society of Medical Oncology (ESMO) et qui les commentait de nouveau cette semaine dans les colonnes de plusieurs journaux. Aussi n’est-il guère étonnant que les scénaristes se focalisent sur les moments les plus poignants : l’annonce de la maladie ou encore les répercussions sur les liens avec les proches. S’il est conscient que le cinéma, par essence, ne peut (et ne doit) pas être un reflet fidèle de la réalité, l’universitaire avoue pourtant avoir un faible pour les films qui se présentent comme des miroirs de la vie réelle. Interrogé sur ses œuvres préférées par Ouest France, il cite « Wit de Mike Nichols – où Emma Thomson souffre d’un cancer des ovaires – parce qu’il n’occulte pas le traitement et ses effets indésirables ».

Léa Crébat

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