L’éradication de la poliomyélite à portée de main

Kinshasa, le jeudi 19 octobre 2023 – Seulement 558 cas de poliomyélite ont été recensés dans le monde sur les douze derniers mois, dont seulement 9 dus au virus sauvage.

C’est une maladie qui causait près de 1 000 cas de paralysie par jour dans le monde et qui en cumule désormais moins de 600…par an. La poliomyélite, maladie infectieuse endémique dans le monde entier jusqu’au milieu du XXème siècle, a été quasiment éradiquée et ne subsiste plus que dans une poignée de pays en développement. Le fruit des efforts fournis par l’initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite (IMEP) pour diffuser le vaccin contre la polio à travers le monde. Depuis le lancement de ce programme par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en 1988, le nombre de cas a diminué de 99 % et la maladie a disparu dans les pays occidentaux (en France, le dernier cas autochtone remonte à 1989).

Mais comme dans toute course, les derniers mètres sont les plus durs et l’IMEP butte depuis quelques années sur les derniers bastions de la poliomyélite. Selon le dernier bilan de l’OMS, seulement 558 cas de poliomyélite ont été observés dans le monde entre octobre 2022 et octobre 2023. Parmi eux, seulement neuf cas sont dus à la souche sauvage de la polio, six en Afghanistan et trois au Pakistan, les deux seuls pays où la maladie est encore endémique.

La souche sauvage du virus quasiment éradiqué

Même dans ces deux pays, la circulation du virus est limitée aux zones montagneuses de la frontière. La persistance du virus s’y explique par l’extrême difficulté des professionnels de santé à se rendre dans ces zones reculées et d’y convaincre les populations de l’utilité du vaccin, quand ils ne sont pas directement pris pour cible dans des attentats. Ainsi, si 85 % des enfants pakistanais sont vaccinés, ils sont moins de 10 % à l’être dans la zone frontalière du Waziristan du Nord, essentiellement contrôlée par des groupes armés islamistes. Malgré cela, l’IMEP se montre confiante dans sa capacité à éradiquer définitivement la polio sauvage de ces pays. « Nous sommes à un cheveu d’y parvenir » commente Aidan O’Leary, directeur de l’IMEP, qui estime que la chaine de transmission du virus sauvage sera brisée « dans les mois qui viennent ».

Reste le problème plus épineux de l’éradication de la souche vaccinale de la polio, qui a donc causé 549 cas de poliomyélite dans le monde, quasiment tous en Afrique subsaharienne et les deux tiers en République Démocratique du Congo (366 cas). Pour rappel, les personnes vaccinées avec le virus oral, utilisé dans les pays en voie de développement, continuent à excréter du virus, contrairement à celles vaccinées avec le vaccin injectable à virus inactivé utilisé dans les pays occidentaux. Dans de rares cas, s’il trouve assez de personnes non vaccinées à contaminer, ce virus d’origine vaccinale peut muter génétiquement et de nouveau devenir dangereux, un phénomène appelé réversion.

Pas question pour autant semble-t-il de généraliser à court terme l’utilisation du vaccin injectable à virus inactivé dans les pays en voie de développement. Ce vaccin « est plus cher et le seuil pour le mettre en œuvre est plus élevé, parce qu’il vous faut un docteur ou une infirmière pour l’administrer » explique en effet le Pr Pierre Van Damme, spécialiste des vaccins et consultant pour l’OMS. A l’inverse, « dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, le vaccin oral est très simple à utiliser dans les programmes d’immunisation, il ne nécessite pas d’injection, il coûte peu et confère rapidement une bonne immunité générale ».

La solution contre la souche vaccinale ? Vacciner davantage

L’utilisation d’un vaccin oral plus stable et moins sujet à ce phénomène de réversion est un autre levier de lutte contre la poliomyélite. Depuis 2021, 600 millions de doses d’un vaccin oral nouvelle génération ont ainsi été utilisées, permettant la quasi-éradication de la maladie au Nigéria (31 cas en 2022-2023). Enfin, paradoxalement, la meilleure solution contre la souche vaccinale reste…la vaccination. En effet, le phénomène de réversion n’est possible que si le virus trouve des hôtes non vaccinés à infecter. Ainsi, en Amérique Latine, où le vaccin oral a également été utilisé, la maladie a pu être éradiquée grâce à une couverture vaccinale complète. De fait, les cas de poliomyélite par souche vaccinale surviennent principalement dans des zones de guerre (Nigéria, RDC, Yémen, Somalie…) où les agents de l’IMEP n’ont qu’un accès limité voire totalement inexistant aux populations locales.

L’an dernier, l’IMEP a estimé à 4,8 milliards d’euros l’investissement nécessaire pour éradiquer définitivement la poliomyélite. Le 11 octobre dernier, l’Union Européenne et la Fondation Bill & Melinda Gates ont ainsi annoncé verser 500 millions d’euros à ce programme de l’OMS. L’investissement peut sembler important pour une maladie qui touche moins de 600 personnes par an dans le monde. Mais rappelons que tant que le virus circulera et qu’il subsistera des personnes non vaccinées, le danger persistera, y compris dans les pays occidentaux. L’an dernier, des traces de poliovirus d’origine vaccinale ont ainsi été retrouvées dans les eaux usées au Royaume-Uni, obligeant notre voisin à lancer une campagne de vaccination de rappel de tous les enfants de 1 à 9 ans. Et le 21 juillet 2022, un homme américain de 20 non vacciné a contracté la poliomyélite : il est depuis partiellement paralysé.

Quentin Haroche

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