Maladie coronarienne, c’est surtout le poids à 20 ans qui compte(rait)…

L’obésité favorise la survenue de la maladie coronarienne, surtout quand elle est relativement précoce et ce facteur de risque perd de son pouvoir, l’âge venant. Quel est le rôle respectif de la prise de poids dans la pathogénie de cette maladie, ces dix à quinze kilos qui viennent s’ajouter, dans la plupart des cas, entre les premières années de l’âge adulte et le milieu de la vie ? La question peut se poser, devant les résultats d’une méta-analyse récente suggérant que pour cinq kilos de plus, le risque de maladie coronarienne se trouverait majoré de 18 %, mais cette hypothèse quantitative ne fait pas l’unanimité.

La situation est d’autant plus confuse que ces associations dépendent de la définition adoptée pour caractériser l’atteinte coronarienne, qu’il s’agisse des biomarqueurs tels le score calcique (ou l’épaisseur intima-média) ou des symptômes la traduisant. Les résultats des études d’observation s’avèrent quelque peu discordants selon la définition retenue, mais aussi les critères définissant l’obésité, notamment le poids corporel, l’indice de masse corporelle (IMC) ou encore le rapport tour de taille/tour de hanche.

Peu d’incidence de la prise de poids

Cet état des lieux fait tout l’intérêt d’une nouvelle étude de cohorte rétrospective suédoise, l’étude SCAPIS (Swedish CArdioPulmonary bioImage Study) dans laquelle ont été inclus 25 181 participants (âge moyen 57 ans ; femmes : 51 %). C’est le coroscanner qui a été utilisé pour caractériser la maladie coronarienne et la quantifier à l’aide du score SIS (segment involvement score). Le poids à l’âge de 20 ans a été déterminé à partir des déclarations de chacun et celui à l’âge moyen précisé lors de l’inclusion dans l’étude. La probabilité d’une athérosclérose coronarienne s’est avérée significativement et nettement élevée en cas de surpoids à l’âge de 20 ans ou encore à l’âge moyen (p<0,001 dans les deux cas de figure et dans les deux sexes). En revanche, la prise de poids entre ces deux tranches d’âge n’a eu qu’une faible incidence sur le risque de maladie coronarienne, la relation n’étant faiblement significative que dans le sexe masculin. 

Cette étude rétrospective qui porte sur plus de 25 000 participants d’âge moyen ne saurait faire toute la lumière sur les relations complexes concernant le poids et le risque de maladie coronarienne. Il se confirme qu’un surpoids ou a fortiori l’obésité sont délétères quand ils concernent un adulte qu’il soit jeune ou d’âge moyen. Cela vaut pour les deux sexes. En revanche, la prise de poids entre ces deux tranches d’âge n’aurait qu’une influence modeste, de surcroît uniquement décelable dans le sexe masculin. Il reste à confirmer de manière prospective ce qui s’apparente fort à une hypothèse.

Dr Philippe Tellier

Références
Bergström G et coll. : Body weight at age 20 and in midlife is more important than weight gain for coronary atherosclerosis: Results from SCAPIS Atherosclerosis.2023 ; publication avancée en ligne le 3 février. doi: 10.1016/j.atherosclerosis.2023.01.024.

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