Pénurie de corticoïdes : les rhumatologues scandalisés

Paris, le jeudi 23 mai 2019 – C’est un exemple supplémentaire de l’écart qui peut exister entre les statistiques objectives qui offrent une vue d’ensemble d’une situation donnée et la perception du terrain qui invite à une observation plus individuelle de la situation. Les médicaments essentiels à base de prednisone (Cortancyl comprimés sécables et ses génériques) et de prednisolone (Solupred comprimés effervescents et comprimés orodispersibles et ses génériques) connaissent actuellement des ruptures d’approvisionnement, signalées par de nombreux praticiens et patients (alors que les corticoïdes injectables connaissent également des tensions d’approvisionnement).

L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a fait le point la semaine dernière sur la situation et s’est voulue rassurante : « A ce jour le risque de rupture d’approvisionnement à court terme est écarté » indique l’Agence du médicament. Cependant, confirmant l’existence de tensions, l’ANSM a établi un tableau de disponibilités régulièrement réactualisé. Cette classification distingue trois niveaux de stocks : ceux supérieurs à un mois, ceux suffisants pour une période de 15 jours à un mois et ceux inférieurs à quinze jours. Ce niveau critique ne concerne aujourd’hui que le Solupred en comprimé effervescent sécable 5 mg. Pour les autres dosages et autres galéniques, la situation est variable, ainsi que pour les traitements à base de prednisone.

L’ANSM jugée déconnectée

Ces chiffres ne sauraient signifier que la délivrance de l’ensemble des traitements n’est pas un parcours du combattant. « Certains patients sont obligés de faire dix pharmacies pour trouver leurs comprimés » se désole le docteur Berenbaum, rhumatologue à l'hôpital Sainte Antoine. Europe 1 a pour sa part réalisé un test qui l’a conduit dans vingt pharmacies avant de voir son ordonnance honorée ! De la même manière que les données statistiques de l’ANSM ne permettent pas une parfaite appréciation de la situation vécue par les patients, les recommandations de l’agence sont considérées comme "déconnectées" de la part de certains professionnels de santé. Dans l’attente de l’effet des mesures d’importation initiées par l’ANSM, l’agence a en effet invité les médecins « à limiter l’utilisation de ces spécialités aux situations où elles sont médicalement indispensables et sans alternatives ». Si en raison de leur efficacité, les corticoïdes ont effectivement tendance à être prescrits pour des affections où elles n’apparaissent pas indispensables, le docteur Berenbaum se montre cependant agacé par une telle préconisation : « La cortisone est le traitement de base pour de nombreux patients avec des maladies inflammatoires de toutes sortes, dont certaines peuvent être graves » rappelle-t-il. La maladie de Horton en est un exemple démonstratif !

Scandale

Peu convaincu par l’évaluation de la gravité de la pathologie réalisée par l’ANSM, guère plus par ses recommandations de traitement, le docteur Berenbaum reste réservé quant à ses explications étiologiques. Les pénuries, assure l’agence, sont aujourd’hui liées aux « retards pris dans la production », qui concernent notamment la fabrication. Cependant, le regard de Francis Berenbaum est plus critique et pessimiste : les trop faibles gains liés à ces spécialités expliqueraient selon lui le manque de réactivité des industriels. Exaspéré par cette situation, le SNMR (Le syndicat national des médecins rhumatologues) a initié une pétition dont l’objectif est de dénoncer auprès du ministre de la Santé et du Président de la République cette situation que de nombreux praticiens considèrent comme « scandaleuse » dans un pays comme le nôtre. La progression des pénuries de médicaments ces dernières années ne semble en effet pas avoir été suffisamment considérée comme une priorité des responsables de santé publique.

Aurélie Haroche

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