Santé des soignants : un bilan inquiétant et peu de solutions

Paris, le mercredi 11 octobre 2023 – Un rapport sur la santé des soignants, fruit de six mois de travail, a été remis au gouvernement et doit ouvrir la voie à une batterie de mesures.

Les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés. Malgré leur contact permanent avec le soin et la santé, les professionnels de santé sont ainsi loin d’être épargnés par les problèmes de santé et surtout ne sont pas forcément ceux qui y font le plus attention et respectent le mieux les conseils de santé publique qu’ils transmettent eux-mêmes.

Il semble même régner chez certains professionnels de santé, notamment les plus âgés, une sorte de tabou autour de leur propre état de santé, en particulier mentale. « On mesure la force du déni des soignants lorsqu’ils perdent pied » avait ainsi commenté Agnès Firmin-Le Bodo, ministre des Professionnels de santé, en avril dernier.

Petit à petit, la question de la santé des soignants est arrivée sur le devant de la scène, à la faveur de la crise sanitaire, qui a notamment mis en lumière le risque important d’épuisement professionnel et de troubles anxieux auxquels sont soumis les professionnels. En mars dernier, Agnès Firmin-Le Bodo a donc confié à deux médecins, le Dr Philippe Denormandie, chirurgien orthopédique à Garches et le Dr Marine Crest-Guilluy, généraliste à Marseille ainsi qu’à un infirmier, Alexis Bataille-Hembert, l’élaboration d’un rapport sur la santé des soignants. Rapport finalement remis à la ministre ce lundi après six mois de travail.

62 % des médecins déclarent avoir connu un épisode d’épuisement professionnel

Ce nouveau rapport sur la santé des soignants est le fruit d’une grande consultation nationale, au cours de laquelle près de 50 000 professionnels de santé ont pu faire part de leurs attentes et de leurs besoins. Les trois auteurs ont également multiplié les déplacements à travers la France pour observer les différentes « initiatives visant à améliorer la santé et le bien-être des professionnels de santé ». Le rapport s’appuie également sur trois études menées par la Drees (l’agence de statistiques du ministère de la Santé) portant respectivement sur la grossesse des soignantes, l’incidence et la mortalité des cancers chez les professionnels de santé et la question des addictions chez les soignants.

Sans surprise, le rapport conclut que les conditions de travail et la charge horaire qui pèsent sur les soignants (les médecins libéraux déclarent travailler 46 heures par semaine en moyenne et jusqu’à 53 heures pour les généralistes) pèsent lourdement sur leur santé mentale. Deux tiers des professionnels interrogés se sentent ainsi fatigués et 77 % disent ne pas dormir suffisamment.

Plus d’un quart d’entre eux attribuent une note de 9/10 à leurs niveaux de stress. Encore plus inquiétant, 61 % des infirmières et 62 % des médecins déclarent avoir connu au moins un épisode d’épuisement professionnel au cours de leur carrière. Plus de la moitié des soignants (60 %) déclarent souffrir de douleurs chroniques, taux qui, sans surprise, augmente avec l’âge. Cependant, les professionnels de santé fument moins (17 %) que la population générale (25 %), le pourcentage de fumeurs varie fortement selon le niveau de diplôme et la profession.

« Un professionnel de santé qui va bien est un professionnel de santé qui soigne bien »

Pour améliorer la santé des soignants, les rapporteurs avancent six axes de réflexion, comme la nécessité de sensibiliser et de former les professionnels de santé à la surveillance de leur propre santé ou l’amélioration de l’organisation de l’accès à une offre de prévention et de soins pour les soignants. Comme mesure concrète, les trois auteurs du rapport proposent notamment la mise en place d’un « bilan annuel » de l’état de santé des soignants et des étudiants en santé, une réorganisation de la médecine du travail, auxquels les soignants ont encore trop peu accès ou la mise en place d’une « plate-forme unique » regroupant diverses formes d’aides (psychologique, administrative, juridique) pour les soignants.

« Face à l’impact que peut avoir une mauvaise santé de nos professionnels sur leur qualité de vie mais aussi sur notre système de santé, il est important d’agir à tous les niveaux. Un professionnel de santé qui va bien est un professionnel de santé qui soigne bien ! » a déclaré ce lundi Agnès Firmin-Le Bodo. Le ministre de la Santé Aurélien Rousseau a de son côté rappelé que « la santé des professionnels de santé est au cœur des priorités du ministère de la Santé et de la Prévention, et contribue aux enjeux d’attractivité et de fidélisation au sein de notre système de santé ».

Les préconisations du rapport doivent désormais aboutir à une feuille de route ministérielle et à des mesures concrètes d’ici décembre, afin que ces déclarations de bonne volonté des ministres ne restent pas lettres mortes.

Quentin Haroche

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