Ségur : l’heure des comptes

Lancé fin mai, le Ségur de la santé piloté par l'ancienne dirigeante de la CFDT Nicole Notat doit concrétiser d'ici mi-juillet le « plan massif de revalorisation et d'investissement » promis par Emmanuel Macron en pleine épidémie de coronavirus.

6 milliards

Près d’un mois après son lancement, Olivier Véran a dévoilé mercredi l'enveloppe prévue pour les hausses de salaires des soignants (hors médecins qui feront l’objet d’une autre négociation) : six milliards d'euros, à partager entre hôpitaux et EHPAD publics, mais aussi pour partie avec le secteur privé.

Si les revalorisations à venir n’ont pas été détaillées, on sait que cette somme inclura une hausse de salaire net, des révisions de grille et une refonte des primes.

Selon un projet d'accord présenté lors d'une précédente réunion, ces augmentations concerneraient notamment les catégories soignantes (infirmiers, aides-soignants) et médico-techniques (techniciens de laboratoire, manipulateurs radio). Ce document, remis aux syndicats, prévoyait que l'augmentation générale des salaires dans le secteur public entre en vigueur « à compter du 1er juillet » pour tous les agents qu'ils soient titulaires ou contractuels.

On notera que cette enveloppe est loin d'être négligeable par rapport aux enveloppes sectorielles mises sur la table ces dernières années.

Récemment, la Fédération hospitalière de France (FHF) avait ainsi estimé à 5,5 milliards d'euros le montant nécessaire pour revaloriser les personnels des hôpitaux et rattraper le retard par rapport à la moyenne européenne (évalué entre 15 et 20 % pour les soignants, selon les professions).

Malgré cette somme qui apparaît comme historique, les syndicats ne masquent pas leur mécontentement.

Les médecins quittent la table

Avant même ces annonces, les syndicats de médecins ont quitté la table, mardi en guise de protestation contre l'absence de calendrier et de chiffrage concernant leurs rémunérations.

Ils réclament notamment une hausse immédiate de 300 euros net mensuel pour les internes et une forte revalorisation de leur grille de salaire, avec un minimum de 5 000 euros net en début de carrière et jusqu'à 10 000 euros en fin de carrière. Les praticiens hospitaliers en sauront davantage lors d'une nouvelle séance de discussion dédiée, demain.

« Très insatisfait »

Pour les syndicats de personnels non-médicaux, qui revendiquent au préalable une « revalorisation générale des salaires » d'au moins 300 euros net par mois dans les établissements publics, le compte n'y est pas (ils évaluent cette hausse à au moins 7 milliards). De plus, l'éventualité de devoir partager une partie de la somme avec le secteur privé, qui ne figurait pas dans le projet d'accord a défavorablement surpris plusieurs participants. Sur ce point, la méthode surprend également : « on nous a dit que les personnels soignants du privé seraient revalorisés dans le cadre du Ségur, via le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, au lieu de passer par la négociation de la convention collective » s'étonne Didier Birig (Force Ouvrière).

Le négociateur de la CGT, Patrick Bourdillon résume en se disant « très, très, très insatisfait ».

Quoi qu’il en soit, après le succès, malgré les débordements,  de leur journée d'action le 16 juin, plusieurs syndicats (CGT, FO, SUD, Unsa) et collectifs de soignants (Inter-Hôpitaux, Inter-Urgences) ont appelé à de nouveaux rassemblements le 30 juin.

Xavier Bataille

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