Stage de sensibilisation au cannabis : les conseils partent-ils en fumée ?

Paris, le samedi 26 janvier 2013 – Institués par la loi sur la délinquance de mars 2007 et dûment créés par un décret d’octobre de la même année, les stages de sensibilisation aux dangers de l’usage du cannabis s’inspiraient de l’expérience acquise en matière de prévention routière. « On a pu faire baisser très sensiblement le nombre de tués et de blessés dans les accidents grâce à une politique volontariste. Elle s’appuie en particulier sur les stages que doivent effectuer les conducteurs pour regagner leurs points (…). A cette occasion des professionnels leur expliquent les dangers de la route. Dans la lutte contre la toxicomanie, c’est pareil. Nous faisons le pari de la pédagogie et de la fermeté », expliquait à l’époque le patron de la Mission interministérielle de la lutte contre les drogues et la toxicomanie (MILDT), Etienne Apaire.

Un chiffre « modeste »

Six ans après l’adoption de la loi, l’heure des bilans a sonné. L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) a récemment publié une évaluation de ces stages en s’appuyant sur les résultats d’une enquête menée auprès « des structures prestataires des stages et de leurs bénéficiaires ». Il apparaît tout d’abord que depuis l’entrée en vigueur de la loi, 18 000 à 19 000 personnes (un chiffre qui peut paraître « modeste » note l’OFDT) ont été condamnées à « effectuer un stage de sensibilisation ». Ces « stages » sont dans leur majorité mis en œuvre par des Centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA), les comités départementaux de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPA) ou des associations socio-judiciaires. Les « animateurs » de ces sessions sont d’une part des médecins, des psychologues et des infirmiers spécialisés en addictologie et d’autre part, concernant le volet judiciaire, des représentants du Parquet.

Des hommes jeunes et célibataires

Les stages sont loin de répondre à une organisation uniforme. Tout, de leur coût (l’écart va de 50 à 300 euros) à leur longueur (généralement de deux jours, mais les stages d’une journée concernent cependant 40 % des sessions proposées) en passant par leurs effectifs connaissent des variations en fonction des départements. Si ces séances de sensibilisation s’appuient le plus souvent sur les brochures proposées par les « sites d’information institutionnels », leurs contenus peuvent également varier. L’OFDT relève ainsi « qu’un tiers des stages n’intègrent pas de temps de présentation des outils d’auto-évaluation de la consommation des drogues ».
Concernant les personnes reçues lors de ces stages, « majoritairement des usagers occasionnels et non dépendants de cannabis » le rapport observe qu’elles correspondent bien au « public visé ». Néanmoins, il relève que 20 % des stagiaires environ sont « des usagés quotidiens de cannabis, fumeurs depuis plus de cinq ans et se considèrent comme dépendants » (…) ou encore que « plus d’un tiers des personnes astreintes à suivre un stage ont déjà été interpellées pour usage de stupéfiants, dont 12 % ont déjà été soumises à une injonction thérapeutique ». Autant de sujets qui ne semblent pas parfaitement correspondre à la « cible » de la loi. Au-delà de ce relatif « décalage », on retiendra que les stagiaires ont en moyenne 25 ans (on compte 3 % de mineurs, notamment parce que la moitié des cours d’appels n’offre pas de stages accessibles aux plus jeunes), qu’ils sont en très grande majorité des hommes (93 %) et célibataires (74 %).

C’était super, mais ça ne me fera pas changer

Que retiennent-ils de ces stages ces condamnés à s’informer ? Le plus souvent, ils sont satisfaits : 91 % déclarent avoir apprécié la qualité des intervenants, ils sont même plus de 60 % à se féliciter de ne pas avoir été confrontés à un discours moralisateur. Deux personnes sur trois considèrent que les stages sont « un bon dispositif » et ils sont 85 % à affirmer avoir « appris des choses ». En réalité, leurs connaissances précises demeurent plus floues qu’ils ne le pensent. Si les risques sanitaires paraissent « relativement bien maîtrisés à la fin du stage », il n’en est pas de même du « risque judiciaire ». Et surtout, les participants à ces sessions ne sont pas légions à avoir été convaincus de l’intérêt d’arrêter de fumer ! On constate par exemple que 60 % des « stagiaires » qui avaient admis avoir conduit sous l’emprise du cannabis avant leur condamnation ont recommencé malgré la « sensibilisation » aux dangers d’une telle pratique. En outre, si la moitié des participants indique vouloir réfléchir à une modification de « leur comportement de consommation », un tiers des stagiaires disent qu’ils ne changeront rien et ils ne sont qu’un sur cinq à se poser la question d’un arrêt définitif. Enfin, « moins de 10 % des stagiaires qui envisagent de diminuer ou d’arrêter leur consommation de cannabis prévoient de consulter un professionnel de santé pour les accompagner dans leur démarche ».

On pourrait faire mieux que ça ne mènerait pas forcément à grand-chose

Face à ce bilan plutôt mitigé, l’OFDT formule quelques propositions concernant l’harmonisation des stages ou encore leur plus grande accessibilité aux mineurs. Mais l’Observatoire, surtout, ne paraît plus parfaitement convaincu de l’utilité du dispositif. « Une partie des résultats de l’évaluation du dispositif conduit à mettre en doute l’efficacité du stage comme levier de motivation pour modifier le comportement d’usage : celui-ci reste aux yeux des stagiaires une sanction pénale avant tout ».

Aurélie Haroche

Référence
http://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/epfxiosb.pdf

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