Suicide : le mystère demeure

Paris, le jeudi 11 juin 2020 - L’observatoire national du suicide publie son quatrième rapport. Un document qui pourrait répondre à l’antienne de Socrate : « ce que je sais c’est que je ne sais rien » !

Ainsi, si l’institution rapporte que le taux de décès par suicide a diminué entre 2000 et 2016 (la France compte environ 9 300 décès par suicide au cours de l’année 2016) elle rappelle qu’il « est difficile de dire dans quelle mesure les évolutions à la baisse observées attestent de la solidité des dispositifs de prévention du suicide mis en place depuis les années 2000 ». En effet « de nombreux autres facteurs ont pu jouer de façon concomitante, sans qu’il soit possible de démêler les effets des uns et des autres : la diffusion de la consommation d’antidépresseurs, l’amélioration de l’offre de soins en psychiatrie, le développement des associations de prévention du suicide et de leurs actions ».

Suicide et travail : un lien difficile à établir

Cette année, l’Observatoire réalise un focus sur les liens entre chômage, travail et suicide, qui se révèle particulièrement d’à-propos alors que la crise sanitaire a profondément perturbé nos habitudes de travail et devrait priver de leur emploi des centaines de milliers de personnes.

Là aussi, il rappelle que « malgré une prise en compte accrue de la santé mentale au travail par l’ensemble des acteurs, les suicides liés au travail ou au chômage sont difficiles à identifier et à dénombrer ».

D’autant qu’il n’existe pas actuellement de données nationales qui permettent de suivre l’évolution du nombre de suicides, par profession, sur le lieu de travail et a fortiori liés au travail ou au chômage.

A l’heure actuelle, pour savoir si les suicides sont plus fréquents dans une profession ou une entreprise donnée, on mesure les écarts de taux de suicide entre la population exerçant cette profession ou travaillant dans l’entreprise étudiée et la population générale française (méthode qui conduit d’ailleurs à révéler un taux de suicide élevé parmi les professionnels de santé).

Mais ce raisonnement est fragile insiste l’observatoire.

« La significativité des écarts de taux de suicide dépend d’effectifs souvent trop faibles dans les données par profession ou par entreprise. De plus, les personnes exerçant une profession spécifique ou travaillant dans une entreprise donnée peuvent présenter des caractéristiques très différentes de la population française considérée dans son ensemble. Elles s’en distinguent par le fait d’être en emploi et par un niveau d’instruction différent du niveau moyen ; elles sont plus âgées ou plus jeunes ; elles ont des trajectoires professionnelles particulières ; etc. Enfin, certaines professions ou entreprises sont plus masculines, d’autres plus féminines que la population générale en France. Trouver la population de référence adéquate pour établir la comparaison s’avère donc complexe. L’établissement statistique d’une surmortalité par suicide dans certaines professions ou certaines entreprises ne permet pas de déduire que ces suicides sont liés aux conditions de travail ou à des facteurs organisationnels ou relationnels dans les entreprises » note l’Observatoire, invitant donc à éviter les conclusions trop rapides.

L’œuf ou la poule ?

La surmortalité par suicide observée parmi les chômeurs ne permet pas non plus de déduire sans nuance une causalité entre chômage et suicide.

Les auteurs expliquent : « le chômage peut détériorer la santé mentale, mais une mauvaise santé mentale peut, à terme, limiter la participation au marché du travail, la recherche et l’obtention d’un emploi. L’objectif est alors de clarifier d’un point de vue statistique le sens de la causalité entre santé mentale et travail ou entre santé mentale et chômage. Plus probablement, les problèmes de santé mentale et les épisodes de chômage sont favorisés par un parcours de vie globalement défavorable et dépendent d’un contexte social plus large, ce qui rend plus complexe encore d’établir une relation de causalité ».

Sans doute, pour les mois à venir, l’Observatoire du suicide devrait se pencher sur l’éventuelle augmentation des suicides au lendemain de la crise sanitaire et en lien possible avec la crise économique.

X.B.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article