Etudes en visio, études sans frontières ?

Orléans, le samedi 26 février 2022 - Un partenariat et beaucoup de questions. L'annonce d'un projet d'ouverture d'une formation de médecine à Orléans, en partenariat avec une université croate de Zagreb a suscité la polémique au cours des derniers jours.

Certes, il n’est pas rare que des étudiants français fassent le choix de s’engager dans des études de médecine dans un pays de l’Union Européenne pour éviter la sélection drastique de la première année.

En droit, la directive CE/2005/36 relative à la reconnaissance des qualifications européennes a prévu un certain nombre de règles afin de garantir la reconnaissance automatique des qualifications professionnelles obtenues dans l’Espace économique européen (ainsi que la Suisse). Mais jusqu’alors, cette voie nécessitait pour l’étudiant français un certain investissement (et notamment la nécessité de passer plusieurs années hors de son pays d’origine et d’avoir la maitrise d’une langue étrangère).

Mais serait-il possible de faire des études de médecine à l’étranger… directement depuis son pays ?

Une reconnaissance automatique

Le 26 janvier dernier, le maire LR d'Orléans Serge Grouard, et son adjoint à la santé Florent Montillot, dévoilaient leur projet de créer à Orléans une antenne de la faculté de médecine de Zagreb, en Croatie. Il s'agit de permettre à des étudiants français de suivre, depuis Orléans, en distanciel et en anglais, les cours dispensés par l'université de Zagreb, à travers un module spécifique déjà existant et destiné aux étudiants étrangers.

L’objectif annoncé est de lutter contre la désertification médicale, puisque les étudiants sont amenés à faire leurs stages pratiques directement dans les établissements de santé à Orléans et dans sa région. L’initiative a soulevé la controverse dans la ville et dans la classe politique.

Premier motif d’inquiétude, le coût que représente l’inscription pour les étudiants. Car si l’université de Zagreb est bien publique, les frais d’inscriptions sont loin des standards français et s’élèveront entre 5000 et 10 000 euros par an. Un chiffrage qui a conduit les présidents d’université français à dénoncer une sélection qui ne s’opérerait plus sur les résultats, mais bien sur l’argent.

L’immunologie oubliée ?

Les présidents des universités d’Orléans et de Tours ont également fustigé dans un communiqué commun une formation qui « oublierait » certaines disciplines essentielles à la formation médicale et notamment l’immunologie.

Si ce point reste controversé (le quotidien La République du Centre souligne que la faculté de Zagreb n’enseignerait l’immunologie qu’en deuxième année, puis de manière transverse par la suite) il reste que cette question point n’est pas relevante du point de vue du droit français et européen.

En effet, dans l’Union Européenne, la reconnaissance des diplômes de médecine obtenue à l’étranger est automatique dans le reste de l’espace européen, et ceci indépendamment du contenu (et ou de la qualité) de la formation effectivement reçue.

Un futur modèle à développer ?

Interrogés par le site What’s up doc, le président de la Conférence des doyens des universités de médecine, le Dr Patrice Diot, n’envisage pas l’exercice de recours contre la décision de signature de partenariat par le maire d’Orléans.

A l’évidence, le partenariat est susceptible de constituer un moyen pour les municipalités de s’assurer de la présence à long terme d’étudiants en médecine sur un territoire donné. Reste pour ces derniers à pouvoir y mettre le prix.

Les études de médecine en France comptent parmi les moins chères d’Europe.

Charles Haroche

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