Au cœur de la peur

Paris, le samedi 20 novembre 2021 – L’inévitable jeu médiatique a peu à peu fait disparaître de nos médias occidentaux les images de l’Afghanistan retombant en quelques jours sous le joug des Talibans. Pourtant, les conséquences dramatiques de ce changement brutal continuent à unifier les cris d’alarmes de nombreuses associations. Parmi elles, la Chaîne de l’Espoir et l’un de ses plus importants porte-parole le Dr Eric Cheysson (ancien chef du service de chirurgie vasculaire et thoracique à l’hôpital René-Dubos de Pontoise [Val-d’Oise]). A l’occasion le samedi 6 novembre des premières Rencontres internationales de la chirurgie francophone (RICF) organisées à Paris par l’Académie nationale de chirurgie, le Eric Cheysson a en effet évoqué le sort dramatique de l’Hôpital français de la mère et de l’enfant à Kaboul. Selon l’Académie de chirurgie qui relaie le message du Dr Cheysson, l’établissement est « menacé de disparition depuis le changement de pouvoir ». En effet, alors que le personnel médical occidental a été évacué, les praticiens afghans qui ont été formés pendant des années (et qui constituaient 80 % du staff) vivent dans la peur, victimes d’intimidations régulières, en particulier les femmes. Certains songent à quitter l’établissement et le pays. Par ailleurs, les moyens matériels sont indigents avec le manque de tout et en particulier de carburant pour alimenter les générateurs électriques.

Peur viscérale

Ainsi, le French Doctor, Eric Cheysson, qui fut avec Bernard Kouchner, l’un des fondateurs de Médecins du Monde, ne cache pas son inquiétude. Cette peur « viscérale » qu’il a « ressentie pour la sécurité de [son] équipe au matin du dimanche 15 août » qu’il décrit à la Gazette du Val d’Oise ne l’a plus quittée. Elle concerne tant les personnels de l’établissement que les mères et enfants afghans qui ont été soignés pendant des années à l’hôpital de la Chaîne de l’Espoir.

Le plus haut taux de mortalité infantile du monde

L’idée de la création de cet établissement est née lors de la visite d’Eric Cheysson à Kaboul en 2001. « La ville venait d’être libérée du fait de la fuite des talibans. J’ai fait une première visite, j’ai vu tous les hôpitaux de Kaboul totalement détruits. La situation était dramatique : un enfant sur quatre n’atteignait pas l’âge de 5 ans. C’est le plus haut taux de mortalité infantile, et c’est ça qui nous a décidé à créer cet hôpital. Il y a eu un mouvement de générosité des Français dans leur ensemble, grâce notamment au « marrainage » de femmes comme Muriel Robin, Marine Jacquemin et aussi Claire Chazal » a-t-il raconté au site Terrafemina ainsi que dans son livre « Au cœur de l’Espoir ».

Robin des Bois

Peu à peu, malgré les difficultés, l’Hôpital s’impose comme un lieu de référence. C’est le premier établissement du pays, qui compte 960 salariés, dont 280 femmes, souvent formés au sein même de la structure. L’hôpital est surtout le seul à proposer des chirurgies complexes, en particulier cardiologiques, sous l’égide notamment de la Chaîne de l’Espoir qui s’est donnée pour mission d’opérer les enfants du monde entier. L’établissement fonctionne financièrement en appliquant ce que Eric Cheysson appelle la méthode Robin des Bois. « Lorsque quelqu’un vient avec son enfant, soit il est riche et il paie, soit il est pauvre et il ne paie pas, ou il paie un peu » explique-t-il simplement.

Suspension des opérations à cœur ouvert

Pendant, des années, malgré la situation géopolitique si complexe du pays, l’hôpital a pu fonctionner et opérer des milliers d’enfants. Le Dr Cheysson a notamment appris à contourner certaines difficultés culturelles, comme lorsque des pères refusent que leur femme s’éloigne trop longtemps de leur foyer pour demeurer auprès de leur enfant malade. Mais depuis le 15 août, l’établissement fonctionne au ralenti : aucune nouvelle intervention à cœur ouvert n’a notamment pu être réalisée. « Nous avons une liste d’attente de 210 enfants qui doivent être opérés à cœur ouvert dans les deux, trois ou quatre mois à venir. À défaut, l’issue leur serait fatale », déplore Eric Cheysson qui demande à être autorisé à réaliser des missions sur place pour pouvoir venir en aide aux enfants et soutenir son hôpital.

Aurélie Haroche

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