Avant d’être à bout de souffle

Rolle, canton de Vaud (Suisse), le samedi 17 septembre 2022 - Mardi, quelques heures après que le Comité d’éthique ait ouvert la porte à une « aide active à mourir » en France, on apprenait la mort par suicide assisté de Jean-Luc Godard, le plus controversé des cinéastes de la nouvelle vague (controversé pour des motifs artistiques mais aussi pour ses déclarations maoïstes et antisémites rappelées le jour de sa mort par l’acteur Gérard Darmon).

« Aucune envie d’être trainé dans une brouette »

Dans une interview en 2014 accordée à Darius Rochebin, en marge du Festival de Cannes, le cinéaste franco-suisse faisait part de son intention d’y avoir recours : « si je suis trop malade, je n’ai aucune envie d’être traîné dans une brouette… Pas du tout ». Il s’inquiétait également du fait que la procédure reste « très difficile » à mettre en œuvre. « Je demande souvent à mon médecin, mon avocat, comme ça : “est-ce que si je viens vous demander des barbituriques, […] de la morphine, est-ce que vous m’en donnerez ?” Je n’ai eu encore aucune réponse favorable », regrettait ainsi le cinéaste dans une volute de havane.

Le réalisateur d’A bout de souffle et du Mépris, qui s’est éteint à l’âge de 91 ans, est finalement parvenu à aller au bout de sa conviction. « Il n’était pas malade, il était simplement épuisé. Il avait donc pris la décision d’en finir. C’était sa décision et c’était important pour lui que ça se sache » précise un proche de la famille à Libération. Une information qui tranche avec les propos du « conseiller de sa famille » à l’Agence France-Presse qui indique que « M. Godard a eu recours à l’assistance légale en Suisse d’un départ volontaire suite à de “multiples pathologies invalidantes” selon les termes du rapport médical ».

Rappelons qu’en Suisse, l’article 115 du code pénal stipule que « celui qui, poussé par un mobile égoïste, aura incité une personne au suicide, ou lui aura prêté assistance en vue du suicide, sera puni d’une peine privative de liberté de cinq ans au plus ou d’une peine pécuniaire ». Cette notion de « mobile égoïste » aura permis à des associations de s’engouffrer dans cette brèche juridique depuis les années 70. La pratique de l’assistance au suicide est désormais encadrée par des codes de déontologie médicale et est prise en charge par des associations qui ont accompagné près de 1 400 personnes dans la mort en 2021.

Quand Jean-Luc Godard gardait sur lui une lame de rasoir…

Assistée ou non, la question du suicide aura hanté la vie de Jean-Luc Godard. Jeune, le cinéaste conserve une lame de rasoir dans son portefeuille, et dans les années 60, il tente plusieurs fois de suicider « sous une forme un peu charlatanesque (…) Pour qu’on fasse attention à moi » dira-t-il plus tard.

Dans ses films, le thème du suicide est également souvent présent. En 1987, dans Soigne ta droite, il met dans les mains de Michel Galabru le livre Suicide, mode d’emploi et dans Notre musique (2004), il fera dire cette citation d’Albert Camus : « il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : le suicide »…

F.H.

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